Chapitre 6 - Ladine (4/4)

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Le reste du groupe suivit le mouvement. Shad termina sa bière d'une traite et tous se levèrent à l'unisson. Bergins sortit en premier du bar pour vérifier que les aristocrates étaient bien retournés dans la partie haute de la ville. Le soleil était maintenant complètement couché et la vie nocturne de Ladine avait commencé.

Les bars populaires se remplissaient et l'animation des rues était revenue. De nombreux musiciens amateurs avaient installé des scènes de fortune avec des amas de cartons et chantaient à pleine voix des chansons paillardes de leur composition.

Edward amena le groupe dans un hôtel qu'il connaissait bien, dissimulé dans une impasse. La décoration était glauque mais il avait confiance en son propriétaire : C'était un ami de son père. L'homme était un Taeil de même corpulence que Bergins. Son expression renfrognée le rendait presque antipathique, mais il avait un bon fond. Il esquissa un sourire paternel en voyant l'adolescent au comptoir.

— Edward, comme tu as grandis, quel plaisir de te revoir !

Son sourire s'effaça en voyant l'équipe dans le dos du garçon.

Que se passe-t-il ? Dit-il d'un air inquiet.

— Rien d'alarmant, s'exclama Edward en levant la main pour calmer le Taeil, comment vont les affaires Bobson ?

— Mal, répondit gravement l'homme en regardant ses mains, la plupart des gens sont esclaves maintenant, où ont quitté la ville. Plus personne ne fréquente mon hôtel, même si je baisse les prix. Les fins de mois sont les plus dures.

Les gens cherchent des bordels le temps d'une nuit, ils se fichent des honnêtes hôteliers qui ne proposent aucun autre service que la chambre.

— Cette ville est tombée bien bas, s'exclama Edward.

— Tu l'as dis. Mais je ne peux rien y faire. J'ai une famille à élever, et je ne peux les voir devenir esclaves. Ma femme attend un deuxième enfant.

— Un deuxième ? T'as pas perdu de temps, blagua le garçon.

— A vrai dire, je ne sais même pas s'il est de moi, répondit le Taeil d'un air maussade, elle passe plus de temps à travailler au bordel et à se faire sauter par de vieux aristocrates pervers qu'à être à la maison.

— Comment va Silverson ? Il a dû avoir grandi depuis mon départ.

— Oui, dit Bobson avec un sourire, il pousse petit à petit. Mais j'aurais aimé l'élever dans un environnement autre que celui-ci.

Le Taeil observa le groupe derrière le jeune homme et, après une pose, continua.

— Mais bon, c'est sympa de te voir de retour. En quoi puis-je vous être utile, à toi et tes amis ?

— Nous aurions besoin d'une chambre pour la nuit, dit Edward.

— Pas de problème, le coupa le Taeil en se retournant vers ses clés, de toute façon, ce n'est pas comme si la clientèle accourait ces temps-ci, se fit-il à lui-même.

Il prit une poignée de clés accrochées près du comptoir et commença à les distribuer.

— Voilà une chambre pour chacun, cadeau de la maison, fit-il en souriant.

Bergins leva la main soudainement.

— Merci pour votre générosité, mais cela me gêne de vous voir dans une telle situation. Laissez-moi payer pour les chambres.

— Payer ? S'exclama Bobson d'un air étonné, bon, si vous voulez, ça fera cinq Galaxites.

— C'est tout à fait normal, dit Bergins en tendant l'argent au Taeil avec un sourire, en espérant que cela puisse vous aider à vous en sortir.

Bobson prit les plaques scintillantes avec des mains tremblantes et les rangea dans sa caisse quasiment vide et poussiéreuse. Visiblement il ne l'ouvrait pas souvent. Le Taeil avait l'air d'être sur le point de fondre en larmes devant la générosité de l'Humain.

— C'est vrai que les prix sont super bas ici, souffla Shad à Edward, à Saon, pour une seule chambre, c'est au moins trois cent Galaxites la nuit !

— Le train de vie n'est pas du tout pareil ici, répondit le garçon, les gens à Ladine ne payent presque qu'avec des Solaires ou des Astères tellement les prix sont bas, sauf les aristocrates.

Le Taeil ouvrit une porte près du comptoir qui menait sur des escaliers. Il emmena le groupe à l'étage où se trouvait le couloir des chambres. L'hôtel avait un aspect lugubre malgré la propreté et l'ordre qui y régnaient. Le sol du couloir dans lequel ils venaient de pénétrer, ainsi que les escaliers qu'ils avaient emprunté, étaient composés de dalles de pierre, tandis que les portes des chambres et les murs étaient de bois à moitié rongés.

Le manque d'aération et de luminosité rendait l'air pesant et l'atmosphère macabre. Bobson s'arrêta devant chaque porte pour indiquer quels numéros correspondaient à quelles clés, ceux-ci n'étant pas inscrits dessus. Terminant avec Denita et un « Et voici pour la demoiselle ! » chaleureux, il tourna les talons et retourna à la réception. Une fois que les bruits de ses pas s'estompèrent, Edward s'exclama.

— Venez dans ma chambre, que l'on puisse discuter.

Tous s’exécutèrent et le groupe se retrouva à cinq dans une chambre minuscule, où bouger était difficile. Mais pour une seule personne, celle-ci n'était pas trop mal. Outre la décoration hideuse des murs, la chambre bénéficiait du strict nécessaire et d'une salle de bain privée. Edward trouvait donc le rapport qualité-prix très rentable.

Une fois que tout le monde fut bien installé, Edward prit la parole, et tous se rapprochèrent de lui.

— Avant toute chose, je préfère vous prévenir, pour pouvoir rentrer chez Sylfan, il vous faudra soit vous faire passer pour des marchands venant acheter de la marchandise, soit pour des esclaves cherchant à se faire engager. Dans les deux cas, une fois à l'intérieur, ce sera très compliqué. Vous serez fouillés dès votre arrivée, vous n'aurez pas le droit d'avoir vos armes sur vous. Il vous faudra être très prudent.

Ensuite, continua le garçon, l'entrepôt des vaisseaux se situe au sous-sol, dans un hangar. Je ne sais pas si les ComDev pourront passer...

— Ils le peuvent, coupa Bergins, ils ont été faits pour couvrir de grandes distances et une bonne profondeur.

— Parfait, dans ce cas, une fois que vous aurez réussi à rentrer dans la résidence et à vous débarrasser des gardes, je vous guiderais.

— Très bien, dit Bergins avant de tourner son regard vers Denita, qu'en penses-tu ?

— Nos choix sont assez limités, dit la Swatrozi après un moment de réflexion, vu la description que fait Edward de cet homme, cela m'a l'air d'être un aristocrate cupide.

— Précisément, commenta l'adolescent, seul le langage de l'argent l'intéresse. Plus vous êtes riches et plus vous avez de chances d'attirer son attention.

— Dans ce cas, reprit Denita, je pense qu'il serait plus judicieux de venir en tant que marchand et d'utiliser sa cupidité pour le traîner dans nos filets.

— Vous avez de l'espoir, s'exclama Edward en rigolant, Sylfan est un des aristocrates les plus riches, si ce n'est le plus riche, de la ville. En dessous de la Galaxite, ce n'est même pas la peine d'aller voir, et même des Galaxites ne suffiraient pas à le faire flancher.

— Je pense que ceci pourrait suffire à l'intéresser.

Denita sourit et sortit un Unis de sa poche qu'elle montra à tout le monde. Tous restèrent subjugués par la monnaie.

Contrairement aux plaques argentées des Galaxites, les Unis étaient des pierres précieuses en forme de diamants, d'un bleu profond et scintillant. Un Unis valant mille Galaxites, il était extrêmement rare d'en voir, surtout sur Mosmo Era. C'était la première fois qu'Edward en voyait un.

Shad se leva d'un bond et s'exclama.

— Depuis quand tu as ça sur toi ?

— C'est une des seules choses que j'ai réussi à sauver du crash de notre vaisseau, répondit la Swatrozi, je me suis dis que ça pouvait toujours servir. »

L'adolescent était fasciné par la présence de l'Unis, lui qui avait toujours vécu dans la pauvreté et la misère, mais il ne dit rien. Il se contenta de conclure.

— Et bien, si vous êtes tous d'accord sur ce mode opératoire, alors c'est entendu.

Tous acquiescèrent, même Dicey qui ne s'était pas manifesté, et chacun retourna dans sa chambre. Lorsque Bergins ferma la porte derrière lui, Edward s'allongea sur son lit et s'étira. Il était non seulement heureux de retrouver le confort d'une vraie chambre et non d'une grotte humide, mais en plus, il appréhendait avec impatience le lendemain, et son règlement de comptes avec Sylfan.

Il avait hâte.

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