Contemporain

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 Allons bon, une exception pour ce soir, deux d'un coup.
 Je ne prépare pas du tout une excuse pour un prochain soir, non non non, où allez-vous chercher tout ça, haha.

 Bref.
 Je lisais à l'instant une histoire, et ça m'a rappelé quelque chose que je pensais en en lisant d'autres, sur ce site donc, sur Scribay... J'ai bien saisi quelque chose. Ce que j'avais contre ces textes pourtant bien écrits...

 Les poncifs : est-ce quelque chose de contemporain ? Ne s'agit-il pas précisément de la pensée commune, actuelle, contemporaine donc ?...

 Mais être contemporain est autre chose qu'être ce qui est contemporain, et à plus forte raison être poète, artiste, contemporain.
 Le soupçonneriez-vous ? je suis radicalement contemporain. Je ne conçois pas d'art qui ne soit pas radicalement nouveau. C'est pour moi une pure contradiction. Le nouveau ! rien d'autre que le nouveau ! Ca fait bien longtemps que je prône ainsi le nouveau, que j'ai cette idée...

 << Il faut être absolument moderne >>

 Mais, être nouveau, ce n'est pas être le contraire de ce qui est, par exemple. C'est encore s'en référer, ou plutôt, c'est encore se réduire à ce qui est déjà ; s'y réduire sous la forme même où c'était.
 Et, bien sûr, qu'ira faire le nouveau s'il n'a nulle place où habiter ? Il faut accueillir le nouveau en soi : il faut accueillir dans ce soi (de l'artiste puis du spectateur) qui est quelque chose qui est déjà, quoique en mouvement. L'accueil nécessite la continuité.
 En quelque sorte donc, le rôle de l'art est de révéler ce qui était caché, ce qui se tenait sous la réalité ; ce qui était existant mais non révélé, et aussi ce qui était possible. L'art déploie l'univers.

 L'artiste est cet être qui se constitue, qui se construit, qui se donne un sens. Jouer avec la langue, par exemple, c'est donner du sens à ce qu'on dit, c'est user des potentialités qui n'avaient encore jamais été exploitées d'une telle façon, quoiqu'elles aient été là tout ce temps... Le grammar policier peut être un fossoyeur ou un promoteur de la langue : son principe premier doit être la vie de la langue ; il doit toujours considérer le fait que la langue qu'il défend, qu'il soutient, est une langue vivante. Il doit tout analyser à l'aune de ce principe. Le vrai prescriptiviste - allons-y, je me revendique prescriptiviste : précisément parce que c'est le terme discrédité, et que je crois que pour démarrer une discussion avortée, il faut se prendre les balles perdues. C'est à peu près ce que dit Simone Weil à propos du déséquilibre entre deux camps, dont elle rejoint le plus faible, pour rétablir la balance.

 Du reste, j'ai assez bien expliqué cela précédemment dans ce Journal, par l'image du fleuve. L'artiste ne se laisse pas porter par son courant sans rien faire, il tâche de le remonter : pour le redescendre à nouveau, à sa façon. Une carcasse qui flotte le long du fleuve y est totalement indifférente : elle aurait tout aussi bien pu ne jamais exister, le fleuve serait resté le fleuve. Dès lors, il n'y a plus proprement de Création. Il n'y a de Création que pour celui qui a le sens de la Source. Et cependant, celui qui a le sens de la source, doit avoir le sens des berges du fleuve. Ou celui-ci se perd immédiatement. C'est comme Nietzsche refusant le laisser-aller, si vous voulez : précisément pour libérer les passions, il faut les tyranniser (je reprends ici le vocabulaire nietzschéen) ; il faut les sublimer.

 Je dois faire une sorte de digression ici, en fait pas tant que ça parce que je voulais d'abord en parler, mais ai développé plus que je n'y comptais à l'origine : j'ai encore quelque chose à dire sur mon poème Believe.

 Comme je l'ai expliqué, j'avais commencé en français mais n'ai trouvé l'inspiration qu'en anglais. Et je crois que ce n'est pas anodin. Faisant en effet retour sur mon expérience artistique, j'ai pris conscience que quelque chose s'était libéré, révélé, à travers ce poème et son écriture. Je me suis rendu compte dans l'exercice de ma liberté en anglais qu'il me manquait quelque chose en français. Parce que composer en anglais est plus difficile, que les moyens sont plus limités, j'ai dû en revenir à l'origine même, à l'effort qui m'était nécessaire d'abord pour composer en français, et ce tout en bénéficiant cependant d'une maturité acquise depuis. Autrement dit, je suis remonté à la source. Il en va similairement des haïkus, qui donnent également des moyens limités.
 Je crois que de cette très simple idée, j'ai une leçon encore à déployer. Peut-être vous en donnerai-je...des nouvelles !

 L'une des grandes idées qu'on semble entrevoir en ce début de millénaire est que l'ordre naît spontanément du chaos. Vous pouvez le relier à la notion d'émergence, aux questions liées la notion de complexité, au Jeu de la vie et aux machines de Turing, à l'entropie et à la néguentropie, à la question de l'ordre et du désordre, aux ordres spontanés (ex : Happy ending problem), à l'existentialisme, etc.
 Quelque chose comme ça.
 Je garde encore ma position volontariste. Maintenue timidement, mais jamais démontée. Je crois qu'il s'agit aussi de ça.

 "Soit". Voici en quelque sorte la phrase ultime ; la phrase divine. Car la seule qui sied à Dieu. Sans doute...
 Peut-être tout l'art consiste-t-il à remonter à la source pour pouvoir ensuite participer de ce Soit, pour participer du Dao...

 Quoi qu'il en soit, rien n'est plus absurde que de vivre hors de son temps. Le grand homme est celui qui étend son temps, qui le bouscule en l'excroissant, en le dirigeant, en le bousculant. Le petit se contente de tout voir à l'aune du prisme passéiste. À vrai dire, j'oserais même dire qu'on ne peut vivre que dans l'avenir, dans l'avenir qu'on rend présent ; qu'on ne peut être qu'un homme du futur. Il est tentant de mettre en parallèle le futuriste et le passéiste : mais en fait le futuriste qu'on peut discréditer est une autre forme de passéiste. Le vrai futuriste doit avoir le sens du futur, qui est pur nouveau ; il est donc absolument hors de la logique "parce que le progrès", "on est en 2017"...

 L'art, c'est révéler l'attente oubliée.

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