Partie 2

5 minutes de lecture

Aaaaaaaaah, je sens que ça va se gâter, pas vous ?

Frollo quitte son antre et part dans la nuit. Hohoho ! Non pas vers la chapelle, mais vers la prison ... OMG ! Voilà qui promet d'être terriblement intéressant :D

J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira mes choux <3

Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser un petit com' pour m'encourager ! Ca marche vraiment ! ^^

***

Sans un mot, l'homme se releva et marcha vers la porte. Qu'il ouvrit lentement.

Son regard noir balaya les gardes postés là, observant leur surprise à peine voilée et leurs faces méfiantes.

Dans un silence assourdissant, Frollo claqua la porte derrière lui et s'enfonça au cœur d'un couloir dans un mouvement de cape étudié.

Longeant les murs sans émettre un son, le grand homme vampirisait sa conduite, évitant les torches, semblant glisser sur les marches. Seule sa soutane effleurait les surfaces dans un doux frottement, accompagnant son porteur d'un murmure feutré. Le dédale de sa gargantuesque demeure le mena au sous-sol, infesté de rats et de bestioles grimpantes.

Quelques soldats jouaient là aux cartes en lapant des chopines débordant de mousse, la mine pourtant basse et le teint crayeux. Leurs yeux fatigués se levèrent à l'approche du prêtre, étonnés par sa présence en de tels lieux et à une telle heure de la nuit.

Mais le grand homme faisait partie du Haut Clergé, tous pouvoirs lui étaient attribués. Dont celui de se promener deux heures avant l'aube au sein même des cachots du Grand Palais.

Les militaires se redressèrent donc et, sous le regard incandescent de Frollo, ouvrirent la grande porte de chêne en s'arc-boutant sur les battants.

Le corridor sans fin, plongé dans la pénombre, apparut et le prêtre prit une torche avant de tendre une main veineuse vers le nez du capitaine. Un trousseau de lourdes clés pesa alors contre sa paume et Frollo referma son poing dessus, comme s'il avait souhaité les broyer.

Levant haut sa lampe enflammée, il révéla des portes de cellules à n'en plus finir. Son souffle s'accéléra un moment mais il se reprit et se retourna pour donner une dernière consigne :

_ Je désire être seul. Toute âme me dérangeant, peu importe la raison, fera un aller simple pour la potence. M'avez vous compris, capitaine ?

Sa voix avait retrouvé sa froideur d'antan, aussi basse qu'une orgue, aussi profonde qu'une caverne. Tout son visage avait revêtu le masque blafard de sa condition, émacié et cerné par les années. Le capitaine hocha la tête en silence, pétrifié par la mine gelée de son supérieur et le ton froid employé.

Reculant d'un pas, il fit signe aux deux geôliers dans l'entrée de sortir pour laisser le personnage vêtu de noir, seul, au milieu des cachots. Frollo hocha la tête sans se départir de son rictus apathique et regarda la porte se refermer sur ses arrières. Le fracas des verrous et de la  clé résonna entre les murs humides.

Le prêtre écouta les soldats s'éloigner et attendit le silence. Lorsqu'il fut certain de leur départ, il se retourna avec un air grave et tendit sa torche devant lui, lueur tremblotante et crépitante dans l'obscurité. Il ignorait où il se rendait mais il s'avança dans l'allée sans se démonter, sa lourde cape voltigeant tranquillement contre ses mollets.

Au fur et à mesure de sa recherche, il percevait des gémissements et des grattements. De toute évidence des bougres, rêvant de leur pendaison, la corde rêche contre leur gorge plaintive.

"Leurs pieds dans le vide, tressautant pour accueillir la mort"

Frollo sourit brièvement à cette idée. Ces racailles de quartiers n'avaient que ce qu'elles méritaient. Tout Paris ne s'en sentirait que mieux. C'était grâce à lui qu'ils étaient là. Son œuvre. Tous des charlatans, des voleurs, des infidèles.

Des bohémiens.

Le prêtre atteignit alors le fond du couloir, bien qu'il eut pensé qu'il n'y en avait pas.

La porte de la geôle qui lui faisait face était distante des autres, isolée ; ordinairement utilisée pour les individus les plus dangereux, les fous furieux ...

Cependant, Frollo était certain que, cette fois-ci, le prisonnier qu'elle renfermait n'appartenait pas à cette catégorie. Ce qui n'était pas moins dangereux pour lui. Il le savait.

S'approchant, l'homme sentit son cœur bondir dans sa poitrine. Que faisait-il là ? À quoi tout cela menait il ? Qu'était-il venu trouver ici, si ce n'étaient des réponses ?

À trois pas de la porte, le doute le rongea et il s'arrêta de marcher.

Sa main, parcourue de spasmes angoissés, remonta à hauteur de son regard.

Tremblant et hésitant, Frollo toucha ses lèvres fines et fut parcouru d'un frisson divin. Tout son corps tendu par la course retrouva les émotions brûlantes qu'il avait éprouvées devant sa cheminée auparavant.

Sa chair parut se liquéfier sous le choc des sensations. Et pendant qu'un torrent de flammes semblait avoir envahi ses veines, une bouffée de chaleur lui souffla le visage. Son poing, osseux, se serra davantage sur la torche qu'il brandissait. Délaissant sa bouche, il plongea ses phalanges dans une poche et en sortit une ribambelle de clés en cuivre attachées par un anneau.

Une sorte de frénésie l'habitait maintenant.

Une promesse l'attendait et il était sur le point de l'obtenir.

Tout cela le rendait d'apparence placide. Mais ses entrailles profondes bouillonnaient plus qu'un tourbillon de braises, une tempête de feu, un ouragan de l'enfer.

Lorsqu'il trouva la bonne clé, il la pinça entre ses longs doigts et la glissa dans la serrure.

Le mouvement de son poignet déverrouilla la porte et il remit le trousseau dans les plis de sa soutane. Sa main trouva le loquet et il s'apprêta à l'actionner.

« Mon Dieu »

Lui seul pourrait l'arrêter.

Lui seul pourrait suspendre son geste et le faire revenir sur ses pas, reprendre le droit chemin, guidé par la piété et l'abstinence.

Car le Seigneur des Cieux saura. Il saura pour son acte abominable. Une trahison si puissante qu'elle l'enverra de manière certaine dans le feu de l'enfer à son trépas.

Auprès d'elle.

« Oui ... »

Après tout, il pourrait la rejoindre là-bas, dans ce brasier plus chaud que le feu lui-même. Lui passer la corde au cou, la voir mourir à ses côtés. Puis mourir ensuite, et la rejoindre dans l'Au-delà. Passer l'éternité à brûler pour elle, à la regarder se tordre dans les flammes, dans ses bras. La voir se consumer pour lui, avec lui. Oui ... Peut-être désormais, peut-être pourrait-il aviser les choses de cette façon. Vivre un enfer sur terre sans sa présence aimante, puis le paradis et l'éternité loin de son corps : plutôt mourir ensemble et passer l'éternité contre son sein brûlant.

Qu'elle l'aime sur Terre lui semblait un bonheur exclu qu'il ne pouvait envisager. Tous les arguments s'opposaient à cette idylle folle. Mais la voir tomber au plus bas, et la rejoindre dans le mal qu'elle incarnait lui sembla soudain une perspective beaucoup plus attrayante, plus excitante même.

Il jouirait de la tuer de ses mains, de voir la lueur quitter ses yeux luisants, verts comme les feuilles de houx. Il se tuerait ensuite avec la même lame et périrait en la gardant pour lui tout seul.

Elle serait sienne pour toujours.

Il serait maître de son destin, aurait tout contrôle sur sa vie.

Et sa mort ...

[...]

Le loquet se souleva doucement et Frollo poussa la porte qui grinça en tournant sur ses gonds.

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