Chapitre 2

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Trois jours que cet accident s'est passé. Trois jours que MANTICORE13 ne m'a pas envoyé de message. Trois jours que Lisandrin m'évite comme la peste. Dès que je l'approche, elle trouve un moyen de filer. Toujours. Peu importe la foule, l'heure, mes stratégies infaillibles pour la coincer, ma princesse prend la poudre d'escampette dès qu'elle me voit. Malheureusement pour moi, ça a le don de… disons de m'agacer. Dire qu'il y a quelques mois encore, c'est moi qui la fuyais.

Sûrement qu'elle ne l'a pas remarqué. Je veux dire, ce n'est pas comme si j'étais le mec le plus en vue du gymnase. C'est bien le contraire d'ailleurs. Je suis le sosie de l'Homme invisible. Ni vu ni connu, je me balade en véritable fantôme dans les couloirs. Évidemment, j'ai bien réussi à me faire quelques amis, mais ces mecs en chemise et cravate n'étaient certainement pas ma seule motivation pour rester ici. Non, certainement pas. Mon seul rayon de soleil ici, c'est Lisandrin. Apparue un beau matin devant moi, son sourire de déesse sur les lèvres, je n'ai pas eu d'autre choix que de l'aimer à la premier rencontre. Je n'étais alors qu'un froussard ; impossible de soutenir son regard sans que mes jambes ne me portent à mille lieux de là. Cela m'a pris des semaines, des mois avant d'enfin réunir un peu de courage et de m'avancer vers elle. Seulement, il était trop tard : il était déjà dans sa vie. Ma princesse rayonnante n'était plus que l'ombre d'elle-même.

Il m'a fallu plusieurs tentatives avant de me rendre compte que c'était impossible de lui rendre le sourire. Non pas qu'il ne reviendrait jamais sur ses fines lèvres. La raison de cet échec est plutôt mon inexpérience dans le remontage de moral. Alors, je me suis mis en tête de réussir à rendre heureuse une personne qui m'était inconnue. Rapidement, sur un forum quelconque, j'ai trouvé MANTICORE13 qui exposait un problème intriguant : son ombre voulait sa mort. Évidemment, j'ai tout de suite penser à une grosse arnaque. Qui avalerait ça après tout ? Par curiosité, j'ai ouvert la discussion et regardé tous les messages postés. Seule MANTICORE13 avait écrit ; seules des demandes à l'aide se sont affichées. Par pitié ou par pure compassion, je lui ai répondu. Une action en entraînant une autre, on s'est rapproché. Malheureusement, même avec cette explication abracadabrante sur les raisons pour que son ombre soit un lion et de son courage pour y faire face, l'état de Lisandrin ne s'est toujours pas amélioré.

Je soupire et m'aventure dans les couloirs, mon regard se perdant dans la foule à la recherche d'un bonnet rose délavé. Vaine recherche. Je l'ai repéré à l'entrée du gymnase, sortant autant du bâtiment que de ma vue. Moi, frustré ? Je n'ai jamais entendu de telles sornettes. À peine ai-je le temps de m'imaginer la poursuivre à travers cette foule d'étudiants que, déjà, ce rêve se fait fracasser par le nombre de personnes me barrant la route. Alors, serrant les dents, je tente de m'aventurer en dehors du bâtiment en un temps record, jouant parfois un peu des coudes. La chance doit être avec moi car, avant même que je ne le remarque, j'ai mis un pied dehors. Le vent frais de ce début de printemps me fouette le visage. Immédiatement, je cherche Lisandrin et son fidèle bonnet rose. Je la vois ! Au bout de la rue, juste après le feu. Je me précipite à sa suite. Cette fois, je ne la laisserai pas filer ! Alertée par le bruit de mes pas, Lisandrin se retourne. Ses yeux s'écarquillent juste avant qu'elle ne se mette à courir elle aussi. Les rues défilent à vive allure, usant de plus en plus de mon souffle. Pourtant, ma princesse ne semble pas vouloir ralentir. Si… ça continue… comme ça, je vais… Soudain, Lisandrin s'engage dans une allée menant à une maison. Sans doute la sienne. Elle déverrouille la serrure en moins de deux et me claque la porte au nez. Faiblement, éreinté comme jamais, je toque à la porte. Aucune réponse. Je me plie en deux, essayant de reprendre mon souffle désespérément. Dire que je pensais que ma princesse n'était pas très sportive… Une fois mon cœur calmé, je retente ma chance et frappe à la porte.

– S'il te plaît, ouvre-moi.

Aucune réponse. Je tambourine contre la porte encore quelques secondes avant d'abandonner, soupirant de plus belle.

– Tu ne pourras pas m'éviter indéfiniment, tu le sais ça ?

Toujours rien. De brèves secondes passent avant qu'un vague choc contre la porte me parvienne. Sans doute s'est-elle adossée contre le battant en bois. J'en fais de même, mais dehors, sur la dalle de béton servant d'entrée, observant les alentours pour tuer le temps. Les oiseaux gazouillent, les gens passent, personne ne se demande ce que fait ce garçon assis sous le porche de cette maison. Je suis seul et pourtant, je sais qu'elle me prête une oreille attentive. Seulement, pour la première fois depuis des mois, les mots se coincent dans ma gorge. Pas la moindre idée ne me vient pour engager la conversation.

– Comment as-tu su que c'était moi MANTICORE13 ?

Je sursaute en entendant sa voix, sa douce voix pour la première fois. J'avale difficilement ma salive avant de répondre :

– Je l'ai deviné quand ce casier a failli t'écraser dans le gymnase.

Silence. Il se prolonge, encore et toujours, d'une manière absurde et infinie. Peu importe, tant qu'elle reste juste là, derrière cette porte, ça me va. J'attendrai le temps qu'il faudra. Plusieurs fois déjà, j'ai eu ma chance pour lui redonner le sourire, mais, comme un idiot, je les ai laissées filer entre mes doigts. Pas cette fois, c'est hors de question ! Lisandrin, peu importe si tu refuses mon aide, je resterai là jusqu'à que tu m'ouvres cette porte.

Il t'a encore fait des misères ces derniers jours ?

Ma princesse ne répond pas tout de suite. Comme d'habitude, elle pèse ses mots avant de parler. C'était pareil lors de nos conversations : moi qui attendais impatiemment qu'elle tape sa réponse, mes doigts s'accrochant à l'écran de manière excessive, et elle qui effaçait à tout va les quelques lettres à peine inscrites dans la bulle.

– Non.

Quelques secondes passent avant que l'information arrive jusqu'à mon cerveau.

– Quoi !?

Je me retourne brusquement. Je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs. Je veux dire, ce n'est pas comme si elle était juste derrière moi. Il y a, comme qui dirait, une porte entre nous deux.

– Comment ça se fait ?

– J-je ne sais… pas vraiment.

Les engrenages de mon cerveau se remettent en marche. Pourquoi ferait-il ça ? Parce que… Parce qu'il… L'évidence me coupe le souffle. Pour frapper un grand cri. Comme pour répondre à cette révélation, un cri retentit à l'intérieur de la maison. Je me relève d'un coup et fais face à la maison. Du verre qui se brise. La porte qui s'ouvre. Une personne qui sort. Une personne me percute. Je retrouve, tant bien que mal, mon équilibre, Lisandrin agrippant mon T-shirt comme si sa vie en dépendait. Je prends de grandes inspirations, le temps de digérer toutes ces informations. Donc, une fille se colle à moi après avoir fuit, sans doute, le fruit de son imagination. Mon attention se fixe sur une Lisandrin terrifiée. Je tapote maladroitement son dos.

– Ç-ça va aller.

Mon regard dérive vers l'intérieur de la maison. Tout me semble en ordre. Alors, ce bruit… Mon attention se fixe sur des morceaux de verre au sol et… un club de golf ? Qu'est-ce que… ?! Des sanglots me parviennent. Je regarde Lisandrin pleurer, pleurer comme il y a trois jours.

– Je veux que ça s'arrête. Je veux que ça s'arrête…

Elle niche son visage contre mon torse, les larmes ne s'arrêtant pas de tomber sur son magnifique visage. Suivant mon instinct, je les essuie du bout des doigts, relevant par la même occasion le visage de ma bien-aimée, mes yeux profondément ancrés dans les siens.

– Si tu veux, je peux t'y aider.

Lisandrin s'éloigne brusquement de moi, mais ne brise pas le contact visuel pour autant. Le choc passé, elle essuie elle-même les quelques perles encore accrochées à ses cils.

– T-tu ferais ça p-pour moi ? Mais on ne se connaît même pas !

– C'est vrai, mais ça ne change pas mes sentiments pour toi.

– Quels sentiments ?

Un sourire s'étire sur mes lèvres. Doucement, je me rapproche d'elle. Lisandrin ne recule pas, mais se crispe légèrement.

– Ai-je vraiment besoin de te le dire ?

Avec hésitation, elle fait un signe négatif de la tête, triturant les manches trop longues de son sweat.

– T-tu ne mens pas, hein ?

Je prends délicatement sa main dans la mienne et y dépose un baiser.

– C'est la stricte vérité : je ferai tout pour toi, ma princesse.

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