Chapitre 75

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J'étais impatiente de quitter ce rafiot instable qui me donnait mal au cœur. Je n'avais pas pris souvent le bateau depuis ma naissance. Une fois petite, en colonie. Nous étions allées sur un lac faire du pédalo et de la voile, et déjà mon estomac avait été mis à rude épreuve.

Avec un peu de chance, l'autre bateau serait plus gros et surtout plus stable.

Tommy avait l'air beaucoup plus à l'aise et discutait avec Tiago. Pour l'instant, il lui posait beaucoup de questions sur sa vie et son école. Mon petit bonhomme avait six ans et commençait à apprendre la lecture qu'il semblait aimer. C'était adorable de les voir ainsi papoter, même si pour l'instant, je n'avais pas le droit de faire partie de leur conversation.

- Tu ne vas pas parler avec Tiago ? me demanda Andréa.

- Pour l'instant, il a encore peur de moi et c'est compréhensible.

- Pourquoi dis-tu ça ?

- Encore avant-hier, il était au milieu de garçon et d'homme. Et je crois que tu as dit qu'il avait déjà du mal à s'adapter à sa nouvelle famille. Alors il faut lui laisser le temps. Il semble adorer Tommy, c'est déjà un bon début. Regarde-les, comme ils sont proches, dis-je, alors que Tiago venait de s'asseoir sur les genoux de son père.

- Oui, dit comme ça, ça semble évident.

- Au fait, tu sais où nous allons ?

- Et bien Madame Arca ne m'a donné aucune précision sur le lieu. Le capitaine du bateau doit nous déposer, en un lieu que je ne connais pas et nous confier à un couple : les Lefèvre.

- Et sais-tu combien de temps nous devrons rester en mer, car j'ai de plus en plus la nausée ?

- Plusieurs jours, je pense, mais là encore, je n'ai pas plus de certitudes. En tout cas, nous arrivons au bateau, dit-elle en le pointant du doigt.

C'était un voilier de presque quinze mètres de long, blanc et magnifique. Il tanguait doucement au rythme des vagues et je compris que mon mal de cœur n'était pas près de me laisser tranquille. Andréa passa la première, suivie de Fabien, Charlotte et Octavio qui aida Edwina. Cette dernière semblait avoir de plus en plus de mal à se déplacer. Tommy prit Edmara pour me laisser seule avec les deux garçons qui ne pouvaient pas monter sans mon aide. Noé, qui n'était pas timide, me donna facilement la main, pour l'aider à sauter dans les bras de sa mère. Il restait donc Tiago, qui hésita quelques secondes et finit par accepter le soutien de mes bras.

Nous fûmes installés dans quatre cabines dont l'une fut pour Andréa et le capitaine du bateau. J'étais heureuse de partager la mienne avec Tiago, pour nous permettre de faire plus ample connaissance.

- Bonjour, dit le Capitaine. Il parait que vous avez le mal de mer ?

- Oui, je pense que je ne vais pas tarder à vomir.

- J'ai des cachets, enfin si vous le voulez ?

- Bien évidemment, en espérant qu'il fasse effet rapidement.

Il rapporta aussitôt un verre et une petite pastille blanche.

- Restez sur le pont à regarder l'horizon, en respirant profondément.

- Merci, Capitaine ou peut-être avez-vous un prénom.

- Cap'taine me va très bien.

- C'est donc comme ça que je vous appellerai.

Le cachet avait fini par faire effet et j'avais même un peu envie de manger. Tommy était avec notre enfant, sur les genoux, à regarder la mer sans un mot.

- Vous avez faim ? demandai-je.

- Moi oui, et toi Tiago ?

- Oui, très.

- Je pense que l'on doit pouvoir trouver quelque chose à manger sur ce bateau, alors suivez-moi.

Cap'taine, qui était encore sur le pont, nous accompagna dans la pièce de vie où se trouvaientt une cuisine et des placards bien remplis.

- Que veux-tu manger Tiago, demandai-je.

- Et bien, mon papa me prépare des sandwichs à la compote. J'aime bien.

Le pauvre n'avait pas complètement intégré l'effet définitif de cette nouvelle vie que nous allions découvrir et parlait encore de son père au présent. Mais le corriger, sur l'utilisation du passé dans sa phrase, était une mauvaise idée.

- Avec du pain de mie ? dis-je donc.

- Oui.

- Parfait alors, je vais nous en faire à tous les deux, si tu veux.

- À tous les trois, ajouta Tommy.

- Bien, espérons qu'il y a tout ce qu'il faut dans le placard.

Cap'taine confirma d'un signe de la tête et je pus ainsi préparer notre premier goûter familial. À la première bouchée, je me rendis compte que j'avais été trop généreuse en garniture et une énorme goutte finit sur mon pull. Mais ce n'était pas si grave, car Tiago rigola beaucoup, en voyant l'énorme tâche sur ma poitrine. Petit à petit, nous nous apprivoisions et j'adorais ça.

- Ah, je crois qu'Edmara vient de se réveiller, dit Tommy en se levant pour aller la chercher.

- C'est qui Edmara ? demanda Tiago.

- C'est un bébé et ta sœur aussi.

- C'est quoi une sœur ?

- Je t'expliquerais ça plus tard, pour l'instant, il est l'heure pour elle de manger.

Tiago était fasciné par ce spectacle qu'il voyait pour la première fois.

- Qu'est-ce qu'il fait ?

- Et bien, tu vois, elle boit le lait qui sort de ma poitrine.

- J'ai déjà vu des bébés et ce n'est pas comme ça qu'ils boivent.

- Je crois que tu vas découvrir plein de nouvelles choses, avec nous. Tu es curieux ?

- Oui, papa dit toujours que je pose trop de questions.

- Et bien moi, je ne te dirais jamais que tu poses trop de questions.

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