Chapitre 28

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― Allô, bonjour madame Claude, c'est madame Naïa Boudière. J'appelle pour annuler mon rendez-vous à l'institut de cette semaine. Mon état de santé ne s'est pas amélioré et je dois toujours être contagieuse.

― Bien Madame Boudière, mais ça fait un mois bientôt que vous n'avez pas eu de séances et il va falloir me fournir un certificat médical. Vous savez que le soulagement est obligatoire une fois par semaine. Pour l'instant, je n'ai pas fait remonter, à la Grande Mère, vos absences, mais je ne pourrais pas le faire éternellement. J'espère que vous comprenez que si j'ai un contrôle, je risque une amende, significative.

― Oui bien sûr, j'ai reculé le moment de prendre un rendez-vous avec mon médecin, pensant que cela allait s'arranger tout seul. Je l'appelle sans faute la semaine prochaine.

― Parfait, madame Boudière. Bonne journée.

― Bonne Journée.

J'étais obligé de mentir à l'institut du bien-être, sur mon état de santé, car depuis un mois, mon petit ventre rebondi aurait soulevé des interrogations. Ma grossesse devait rester cachée, mais bientôt, je partirai définitivement pour vivre dans notre nouvelle communauté. Tommy m'avait convaincu, en demandant des congés sans solde, pour rester avec moi définitivement. Heureusement, son patron n'avait pas exigé la raison de cette absence, car au fond, elle l'arrangeait. Dernièrement, les nouveaux projets, dans son entreprise, s'étaient faits rares et son boss avait sauté sur l'opportunité.

Cette journée était particulière pour moi. Ce soir, j'étais en vacances et je dirais adieu à mes élèves comme chaque année, mais aussi à ma vie et ce coup-ci, de façon définitive. Monter dans la voiture n'avait pas la même signification. Et c'est plein d'émotions que je prenais le volant. J'étais comme anesthésiée et je ne m'arrêtais à chaque feu que par automatisme. En passant la porte de ma classe, je dus retenir mes larmes, car j'aimais vraiment mon métier et mes élèves allaient me manquer, même si chaque année, je retrouvais de nouvelles têtes.

― Madame, j'ai apporté un jeu de société pour aujourd'hui.

― C'est très bien Agathe. Installe-toi sur cette table. Y a-t-il d'autres filles qui ont apporté des jeux ?

― Moi, j'ai apporté des cartes, dit Maya.

― Et bien, mets-toi ici, veux-tu ?

― Quelqu'un d'autre ? Et pour les autres, vous pouvez faire un Baccalauréat ou lire un livre si vous préférez.

Seule Nina décida de se mettre à la lecture, alors que ses camarades s'installaient sur les places libres.

La matinée passa vite et le temps étant magnifique l'après-midi fut consacré à des jeux d'extérieurs. Quand la sonnerie retentit, un sanglot me submergea. Agathe fut la première à le remarquer et vint m'embrasser, puis ce fut le tour Maude. Rapidement, toutes mes élèves m'entourèrent et je me mis accroupi pour les prendre toutes dans mes bras.

― Merci Madame, dit Nina.

― Merci, dit à son tour la discrète Louison.

Chaque élève prononça ce mot, comme un écho infini, qui m'emplit de gratitude. J'avais aimé chacune d'entre elles, à ma manière. J'avais adoré ce métier. Et je me laissais bercer par ce câlin géant, le faisant durer le plus longtemps possible. Mais chacune dut rejoindre la sortie, avec la joie d'être en vacances, pour deux mois. Un seul regret me traversa l'esprit. Je leur avais enseigné les mathématiques, le français et tant d'autres matières. Je les avais aidées à choisir un métier, je leur avais expliqué cette période si particulière qu'allait être la mise au monde d'un enfant, mais je ne leur avais rien dit de la réalité que l'on nous cachait. Mais le risque était trop grand et je ne pouvais leur dévoiler ce secret. Je les laissais donc dans l'ignorance, alors que j'aurais tant aimé le savoir à leur âge.

C'est avec cette culpabilité que je rentrais chez moi en larmes. J'aurais voulu que Tommy me serre dans ses bras, il me manquait chaque jour un peu plus. Mais à partir de demain, plus rien ne nous séparerait.

Mes valises étaient déjà prêtes depuis deux jours, car notre départ était prévu pour dix-huit heures. Nous devions passer la nuit à la cabane pour partir dès le lendemain matin, pour notre nouvelle communauté que nous avions décidé d'appeler Liberta.

― Oh ma chérie, que t'arrive-t-il ? demanda Edwina en rentrant du travail.

― Je crois que je déborde, dis-je en sanglotant. Il y a tellement d'émotions qui me submergent.

― Allez, viens là que je te fasse un câlin.

À son tour Chalotte rentra.

― Qu'est-ce qui vous arrive toutes les deux ?

― Naïa pleure.

― Et pourquoi ?

― Et bien, quitter, la maison, mon métier, mes élèves...

― J'ai toujours dit que c'était une mauvaise idée, rétorqua Charlotte.

― Oui, mais même si c'est dur de quitter tout ça, ça serait encore plus dur de rester.

― Si vous le dites ! marmonna Charlotte contrariée.

― Tu verras dans quelques semaines, quand nous serons installés, nous serons libres et heureux.

Je voyais bien que Charlotte avait besoin de plus de temps que nous, pour se faire à l'idée de notre nouvelle vie.

― Et puis pendant deux mois, tu vas continuer de vivre en partie ici. Ton déménagement définitif ne se fera qu'à la rentrée, repris-je.

― Oui, je sais, mais il va falloir que je mente à tout le monde et je n'aime pas ça.

― Oui, mais c'est nécessaire Charlotte, pour nous protéger tous.

― Pour te protéger toi, tu veux dire !

― Je ne peux pas te laisser dire ça, Charlotte, me défendit Edwina. Même si Naïa seule attend un bébé, j'espère qu'à notre tour nous aurons cette joie.

Malheureusement, je n'avais pas dit à Edwina que Charlotte était stérile et cette dernière remarque était clairement mal venue. Elle tourna donc les talons et nous laissa toutes deux à notre câlin.

― Qu'est-ce qui lui prend à Charlotte.

― C'est compliqué, je t'expliquerai ça ce soir.

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