Chapitre 15

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La porte s'ouvre en grand, une trentaine de touristes bodybuildés s'élancent en braillant. On dirait une armée de spartiates.

Fallait s'y attendre. On improvise.

- Repliez-vous ! J'ordonne à mes troupes.

Je fonce me planquer derrière une petite cabane, suivi de Lucy et quelques bouseux. Les autres, pris par surprise, s'éparpillent.

Ils sont paniqués.

La masse de touristes se jette sur eux. C’est un véritable carnage. La marée humaine défonce tout sur son passage.

Accroupi contre la cabane, je vois voler des corps, des têtes, des organes tourbillonnent dans les airs.

Un type de notre groupe rampe vers nous, il est sacrement amoché. Sa main agrippe le sol, il se traine.

Il va nous faire repérer ce con.

D'un plat du pied, je lui balance de la terre dans les yeux et lui mets des petits coups de batte sur ses mains pour le faire partir.

- Aie ! Mais tu fais quoi ? Je...

Il n'a pas le temps de finir sa phrase, qu'il se fait tirer en arrière. Il agonise puis plus rien.

Lucy se lève pour intervenir. Je l'attrape par le bras pour la retenir.

- Reste-là !

Je me tourne vers les types qui nous ont suivis.

- Vous trois, chopez-les par là ! Et les deux autres, prenez-les par surprise sur la gauche.

Ils se regardent, n'ont pas l'air trop emballé.

- Pensez à vos femmes, putain ! Bande de lâches ! Je les pousse un par un.

- Allez ! Je dis doucement en poussant le dernier, vraiment pas motivé.

Je les comprends. Ils se sont fait déchiqueter en deux secondes. Au moins, ça occupe un peu nos touristes affamés.

Je fais signe à Lucy de rentrer dans la cabane. Discrètement, sous les hurlements de douleur de nos compères, on pénètre à l'intérieur.

Cool, c’est rempli d’outillage. Je pose Ed sur un établi. J’ouvre un pot.

Il est rempli de colle. Je trempe ma batte dedans et la fourre ensuite dans un seau plein de vis, de clous et de boulons.

- Ah ouais, t’assure ! Et moi ? On ne peut pas me customiser aussi ? me dit Ed.

- J’ai d’autres projets pour toi.

Je l’attrape, glisse ma main à l’intérieur de son crâne.

- Vas-y, claque des dents pour voir !

Je donne un direct du droit dans le vide, tandis qu’Ed joue de la mâchoire.

Terriblement efficace.

Dehors, le brouhaha continue. Des cris, mêlés à des rires et des bruits sourds de corps qui tombent.

- Ils sont en train de se faire décimer, faut qu’on sorte. Lucy ? C’est bon pour toi ?

Lucy se refait une beauté. Elle sort son rouge à lèvres et se remet une couche.

- C’est pas trop le moment, là !

Elle tient un masque de soudeur, lui file un énorme baiser laissant une trace sexy et l’enfile.

- Ouais, c’est sympa, mais t’es sûre que ça va suffire ? je lui demande en faisant claquer mon poing-tête-de-mort.

Elle farfouille dans tout le bordel. Elle bloque sur un truc. Me fixe et sourit. Qu’est-ce qu’elle a trouvé ?

Je sursaute.

On tape à la porte. Ou plutôt, on bourrine la porte.

Fait chier, ils nous ont trouvés. Ça fait un de ces boucans !

Je sursaute encore.

Un bruit de moteur. Je me retourne vers Lucy.

Elle a trouvé son bonheur. Elle fait rugir le moteur de sa débroussailleuse, tout en la faisant virevolter de gauche à droite.

- Oh, fais gaffe, je lui dis, elle a failli me scalper.

- T’inquiète, je gère !

- Faudrait peut-être commencer à se décider, me dit Ed .

C’est marrant de parler à sa main, je comprends maintenant le kiff de Bill et Kermit

- Bon, ben plan B.

- Et c’est quoi déjà le plan B ? me demande Lucy derrière son gros masque vitré.

- Plan B, défonce tout ce que tu peux trouver.

Ça marche aussi avec plan C, plan D. Par contre le plan E, c’est une petite variante.

Plan E, massacre tout ce que tu peux, mais c’est qu’en cas de situation de crise.

- Honneur aux dames, je lui dis en ouvrant violemment la porte.

Lucy pointe sa débroussailleuse devant elle et cisaille un tas de chair.

L’entrée de la cabane, bouchée par les touristes, commence à se dégager. Elle cherche pas à comprendre, fait zigzaguer son engin. La cabane est parsemée de lambeaux de chair qui viennent se coller contre les murs remplis d’outils.

Bon, à moi de jouer.

J’envoie un coup de batte et enchaine par un coup d’épaule.

Ils s’éclatent par terre. Je les enjambe et fais attention de ne pas glisser. Lucy fait de même.

On se retrouve dans l’allée principale. En face, il en reste au moins une quinzaine.

- Couvre-moi !

Je me jette sur eux. Lucy couvre mes arrières en faisant danser sa déchiqueteuse.

Je file un revers dans une tronche, tends mon bras en direction d’une autre. Ed s’en donne à cœur joie, il chope une gorge et la mâchouille de toutes ses forces.

Efficace, le combo.

En dix coups de batte, elle est redevenue aussi lisse qu’au début. Tous mes clous, vis et boulons ont fini sur leurs gueules à moitié enfoncées.

Mais ils sont où tous ? On ne va jamais s’en sortir à deux. Le temps que je formule cette magnifique phrase dans ma tête, je me retrouve plaqué à terre sous une mêlée.

C’est comme au rugby mais sans ballon et avec le droit de m’éclater le nez à coup de genoux et me croquer la poitrine à pleines dents.

J’essaie de les repousser mais ils sont trop nombreux, je tends mon bras vers le haut.

Ed sort sa tête et hurle.

- Lucy ! Vite.

Je n’y vois rien sous cette marée humaine. J’entends Lucy qui s’active et taille dans la chair.

- Le bras ! Elle hurle.

- Quoi le bras ?!

- Baisse ton bras ! Vite ! me dit Ed paniqué.

Je le baisse aussitôt et passe à quelques centimètres des lames tournoyantes.

Je me relève.

Elle a bien bossé. Les corps se relèvent aussi. Ils tâtonnent un peu, ils ne sont plus vraiment dans leur état initial. Même en kit, ils continuent d’avancer vers nous. C’est vrai qu’ils sont plutôt coriaces.

Lucy tente de les garder à distance. Ça marche quelques minutes jusqu'à ce que ses lames s’arrêtent de tourner. Panne sèche.

Pas de bol. On recule, les corps avancent. Ils sont trop nombreux. Les touristes qui bouchaient l’entrée de la cabane, les rejoignent.

Ils sont presque une trentaine à se trainer jusqu'à nous. Lucy enlève son masque de soudeur. Je sens la peur dans ses yeux. Ils ne sont qu’à quelques mètres. L’un d’eux, qui a toujours sa tête sur les épaules, est tout à coup interpelé par quelque chose.

Un autre se retourne. Puis un autre et encore un.

Bientôt, tous se retrouvent en sens inverse.

- Qu’est-ce qu’il se passe ? dit Lucy.

- Tends ton bras, j’aurai une meilleure vue, me demande Ed.

Je le lève et le fais pivoter comme le périscope d’un sous-marin.

- Tu vois quelque chose ?

Ed hésite un peu puis bloque droit devant.

S’il avait encore de la peau et des lèvres, il nous aurait fait part de son plus beau sourire.

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