Chapitre 3

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On rentre discrètement chez Lauren pour ne pas la réveiller, je ne sais pas comment elle réagirait en me voyant le visage en sang avec une tête coupée dans mon sac à dos.

- On est où ?

Et qui continue de parler…

On monte dans la chambre de Garret, un petit débrief s’impose.

Je pose la tête sur son bureau. Lucy nous rejoint avec une bouteille de whisky et du soda.

Je me sers un verre. Faut bien reprendre des forces.

- Je peux avoir un verre, moi aussi ? me demande la tête.

Je dirige la lampe de bureau vers lui. Il cligne des yeux. Ambiance garde à vue.

- Tu réponds aux questions et après tu bois.

Corey et Garret s’installent sur le lit. Lucy se tient à mes côtés.

L’interrogatoire peut commencer.

- Bon, t’es un démon ?

- Non.

Je savais bien que les démons ça n’existaient pas.

- Bon, t’es pas trop humain alors c’est quoi ton truc ? T’es un zombie ?

- Non plus.

J’ai l’impression de jouer à devine-tête.

- Tu veux pas développer un peu plus là, on va pas y passer la nuit.

- Disons que je suis un esprit venu visiter les vivants.

Je me ressers, la nuit va être longue…

- Ok, donc le type qu’on a découpé, c’était pas ton corps mais c’était qui alors ?

- Un membre de la communauté « Les fils d’Ibis ».

- Ibis ? Comme l’oiseau sacré ?

- Non non, comme les hôtels.

J’avale de travers.

- Les hôtels Ibis ? C’est quoi le rapport ?

- C’est l’idée de Philéas, un esprit très ancien et puissant qui est revenu sur terre depuis pas mal d’années.

Je crois que je préférais les délinquants sexuels mutants créés par le gouvernement.

Je m’assois par terre.

- Vas-y explique-nous. T’as deux minutes.

- Bon, il se racle la gorge, Philéas, après un séjour chez les vivants, a eu l’idée de créer…comment dire… une agence de tourisme d’outre-tombe, en proposant aux esprits défunts de revenir sur terre pour profiter des plaisirs charnels, chose inexistante chez nous.

Lucy lui demande.

- Tu veux dire que c’est comme une agence de voyage pour morts ?

- Plutôt ex-vivants, il la coupe.

- Bref, qui proposerait un séjour sur terre comme on proposerait un séjour dans un club à l’étranger ?

- C’est ça, avec bien sûr une formule all-inclusive.

- All-inclusive ? Mais y’a quoi dans votre formule ?

- Ben, conso à volonté.

Je me relève, j’ai mal au cul par terre.

- Et c’est quoi votre communauté c’est un club Med ? Y’a un bar, une boîte et tout ?

- Ah non, chez « Les fils d’Ibis » y’a juste de quoi se reposer. Les consos à volonté, c’est à Meat River.

Je lui demande un peu hésitant car j’ai bien peur de connaitre la réponse.

- Et vous consommez quoi exactement ?

- Tout ce que peut nous proposer le monde charnel. Manger. Baiser. Tuer.

Et des fois, on se fait un Ping Pong mais y’a que des mauvais perdants.

C’est super tordu. Les mecs viennent de l’enfer pour nous consommer.

- Mais je ne comprends pas. Vous êtes des esprits ? Et vous le payez avec quoi le Philéas ? Il y gagne quoi, lui ?

- De la puissance… à chaque passage, un touriste d’outre-tombe lui laisse une partie de son essence. Il a commencé par faire venir un ou deux touristes, puis dix, aujourd’hui il est assez puissant pour ouvrir un passage pour une quarantaine.

Je peux boire un peu ?

Je lui sers un whisky et lui tiens le verre pour qu’il puisse boire.

Il se siffle le verre cul sec, tout ressort par sa gorge et s’étale sur le bureau.

Fallait s’en douter. Je regarde Lucy qui me fait bien comprendre que je suis trop con et s’en va dans la cuisine.

Corey le questionne à son tour.

- J’ai lu quelque part que lorsque l’on perdait un membre on le sentait toujours. T’as pas les pieds qui te grattent ?

- Ben non, tu les as réduits en cendre, par contre j’ai la main qui me chatouille.

- Tu t’appelle comment ?

-Edouard.

- Waouh cool, Ed the head ! Ça pète, c’est comme la mascotte d’Iron Maiden sur leurs pochettes.

- C’est Eddy the Dead, la mascotte de Maiden, je le reprends sèchement, et ça pète pas du tout, c’est juste une tête sur un bureau qui ne sait même pas boire.

Lucy revient avec un bol, prend Edouard, le pose dedans, verse du whisky dans le bol et lui file une paille.

- Voilà Edouard, open bar.

Putain, trop puissant, le gars peut picoler à l’infini.

Revenons aux choses sérieuses.

- Bon ok. Vous venez de…là haut, ou…d’en bas et vous louez un corps à Philéas, mais pour combien de temps ?

- Ben, tant que l’on ne se fait pas dérouiller. Il y a environ un passage tous les quinze jours, certains se font plomber dès leur arrivée et d’autres comme moi, arrivons à en profiter un peu plus.

Garret réagit à son tour.

- C’est surement les frères Simmons qui les tirent comme des lapins.

- Oh ! Je le reprends.

- Pardon, je veux dire, qui les tirent comme du gibier. Finalement ils sont plutôt cool ces chasseurs.

Mouais.

- Mais ils recrutent comment leurs membres ? demande Lucy

- Ce sont essentiellement des vagabonds et marginaux qu’un rabatteur ramasse sur la route. « Les fils d’Ibis » leur proposent le gite et le couvert ainsi qu’un art de vivre.

- Ouais et ils deviennent des bagnoles de location. On devrait y faire un tour, je dis fièrement.

Corey et Garret se sont endormis.

Lucy lève le verre d’Edouard.

- Le bar est fermé.

Elle attrape la tête, la fourre dans mon sac et me l’envoie.

- Prends ton doudou, vous allez dormir tous les deux en bas sur le canap’, demain on a du boulot.

Ouais, j’ai compris le message. No zob in job.

Moi qui comptais passer un moment sympa et tranquille à la campagne…

***

Au même moment, pas très loin.

Un type inspecte les bois. Il allume sa torche, éclaire les environs.

Il éparpille un tas de cendre avec son pied et grogne.

Un bruit l’interpelle.

Il s’avance, pointe sa torche devant lui et écarte les feuillages.

Il sourit.

Se baisse et attrape un bras qui s’agite dans tous les sens.

Il retourne à sa caisse. Jette sa clope par terre et l’écrase avec son pied.

Ce serait dommage de foutre le feu dans un si paisible endroit.

Il sort un couteau, tranche la main, la fout dans un sac et jette le bras à l’arrière de son 4x4.

Le bras se mélange à un amas de chair vivante et grouillante.

Des troncs, des jambes et des têtes enfoncées s’agitent.

Le type démarre.

La chasse a été bonne.

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