CHAPITRE XVIII - PARTIE I

9 minutes de lecture
  • Excellent mon canard, tu auras réussi au moins une chose à travers cet entraînement. Une partie sur cinq, c'est pas mal, je dois l'avouer, assène-t-elle marquant un silence par la suite.

Elle reprend de peur d'avoir créé une incompréhension:

  • C'est du pur sarcasme que j'applique, hein.

C'est un soulagement pour moi, la projection a été un franc succès et j'ai pu revenir gagnante de cette épreuve. Ce fut assez jouissif de ne plus à avoir subir le fameux suffisant sourire gravé sur la face de mon entraîneuse. Je profite de ma victoire, en accentuant l'absence de ma voix, pour lui donner une raison de plus d'être agacée.

Et c'est le cas, elle n'arrête pas pour autant ses remarques désagréables, mais elles sont moins salées qu'à son habitude. J'ai pu distinctement percer dans son attitude le doute semé, au vu des prestiges de la séance de projection, ayant été prévu aux litiges de mon échec. Lolita avait décidé que j'allais perdre et je n'assimilais pas les origines d'un pessimisme à mon égard aussi puissant. Dorénavant, je ne lui offrirai plus ne serait que le murmure d'une satisfaction moqueuse me concernant.

C'est ma dernière nuit dans ses horribles locaux. Demain, je vais enfin bénéficier d'un après-midi complet de repos, ce qui me paraît irréel. Cependant, le matin je dois effectuer une séance d'entraînement, mais aucune compagnie ne me sera imposée. Cela définit mes ultimes instants que je peux consacrer à évaluer mes capacités physiques. Ce n'est pas du temps perdu, puisque, je ne sais absolument pas si j'ai les moyens requis pour atteindre mes objectifs. Néanmoins on ne peut me blâmer tous les efforts que j'ai fournis pour y parvenir.

Mes doigts dessinent avec légèreté un souvenir auquel je m'attache avec une assiduité singulière. Mes courbes et mes lignes se suspendent dans les airs. On pourrait presque qualifier cela de magique., fantastique ou irréel. C'est fascinant, tout ce que l'homme a pu inventer, son évolution après la guerre de 100 est fulgurante, une des plus prestigieuses de l'histoire. Du jamais vu. J'ai découvert, à travers cette semaine, une multitude de nouveaux gadgets et attirails étonnants. Je me recule pour mieux contempler mes traits. C'est fou, mon imagination n'aurait pu s'étendre à pareille pratique autrefois. Mais aujourd'hui, tout est différent. Encré à ce monde, je m'empêche de négliger ce souvenir si charmant d'un bonheur cruel. Il existait, mais portait un attrait presque contraint à l'illusion.

Un jour, nous sommes allées Bewen et moi sur son île. Ce fut environ une année après que je me sois enfui avec Sébastien et Eneko, loin de lui et de sa folie débordante. J'avais inexplicablement accepté de le revoir en compagnie de notre fils. Je me suis convaincu d'un envisageable changement dans son comportement.

Un sortilège m'avait été lancé par cet homme et inexorablement je fus sous l'emprise de son pouvoir maléfique. Il n'y a rien que je puisse faire pour effacer les traces de cette malédiction, encore à ce jour je ne peux m'en débarrasser.

Il nous emmena sur la plage, lui faisant visiter la maison et promettant au passage à notre fils de le conduire ici quand bon lui semble. Une journée gravée dans ma mémoire, inscrite telle l'une des plus symboliques de mon rêve inassouvi. Il y avait les rêves de pouvoir, de dominances puis mes prières et louages ne s'adressant qu'à l'explosion de la liberté sagace de mon amour. Il me supplia cette journée, en exilant des paroles ravissantes:

Laisse-moi tout recommencer, fait moi confiance, des erreurs on en fait tous et je peux rendre les choses meilleures qu'auparavant.

Le soir, je suis rentrée auprès de Sébastien en pleur. Je n'ai jamais répondu à la proposition de Bewen, il n'en méritait tout bonnement pas. Ne pouvant considérer de lui offrir une seconde chance aussi aisée, il y a eu ses mots:

Tu vois c'est si simple pour toi.
Tu prends sans jamais rendre.
Tu te délectes de ce nectar que nous appelons communément amour.
Mais est-ce bien raisonnable de le nommer ainsi ?
Tu es sourd face aux mélodies perçantes de mes plaintes.
Que dois-je faire pour éteindre mes craintes ?
Que dois-je faire pour attirer ton désir à moi ?
Aurai-je le privilège de goûter les délices de ton émoi ?

Je, t'en pries, laisse moi me jouer de toi.
Oui, s'il te plaît, laisse tes gestes se guider au son de ma voix.
Ce n'est rien, car il ne reste plus grand-chose à perdre si ce n'est que toi en moi.
Est-ce la solution à nos problèmes ?
Sûrement pas.
Mais les issus sont maigres de nos temps.
Puissions-nous trouver un trou pour remplir nos coeurs arides.
Car jamais tu ne pourras l'assouvir de tes échecs.

Le dessin représente Bewen et Eneko main dans la main. C'est si beau et si cruel à la fois, une tension incompréhensible figure dans cette image, et je la symbolise. Avec ma main, j'efface de multiples coups cette utopie.

Je souhaitais juste le revoir une dernière fois avant de devoir entamer un nouveau chapitre de ma vie. Non que je veuille l'enterrer. Certaines erreurs sont sensées être commises une et non deux fois. L'avenir ne se révèle pas empli de bonheurs ni d'obstacles peu hauts, mais de murs et d'escalades, parfois à l'allure insurmontable.

Au final, je n'ai pas passé un entraînement très lucratif. Mais cela m'aura permis de mettre un peu d'ordre dans mon esprit, ce qui est, je pense, est plus important. Car si je veux tenir tête à la concurrence, le moral doit tout aussi être résistant que le reste.

Le repos dont j'ai pu disposer en après-midi fut si bénéfique à mon corps. On m'accorda de me balader entre la cantine, ma chambre et les douches en toute liberté. Une grande bouffé d'air frais, après le suivie constant de mes mouvements sous l'oeil robotique d'April.

J'ai donc usé de ces privilèges avec un bon sentiment, appréciant un excellent repas tout en regardant un film sur l'écran qu'abrite l'espace de nourriture. Bien que le choix est réduit, j'ai opté pour un classique qui n'était point mauvais en termes de divertissement.

Il est très tôt quand April vient me réveiller.

« Une longue journée nous attend Andorra. »

Elle me raconte que le trajet dure plus de 12 heures et m'informe qu'elle n'a pas la possibilité de m'en donner les détails. Tout ce dont je suis averti est:

« Le voyage sera périlleux. »

Effectivement, tous les candidats de The Tower sont rassemblés dans le même train dans des compartiments différents (encore heureux), car il est impossible d'effectuer plusieurs voyages séparés risquant d'attirer l'attention sur cette organisation qui n'a lieu d'être. Tout est établi pour feindre une discrétion impeccable. Sans doute ne fallait-il pas réveiller la curiosité des autres tributs qui ne connaissent point l'existence de ce jeu. Il subsiste en mon esprit encore une multitude de questions qui touchent le sujet. Je ne saurai pas par où commencer.

« Tu passeras tout le voyage avec Lolita et moi, je lui ai demandé de rester poli et agréable avec toi, je ne peux rien te promettre, mais j'ai fait du mieux que je pouvais pour lui dissuader d'apporter la vidéo...

  • Quel vidéo ? M'insurgé-je
  • Oh, oui j'imagine que tu n'as pas regardé les infos hier soir ?
  • Non, je n'en ai pas spécialement eu l'envie.
  • Ce n'est rien alors. Je n'aurais même pas dû t'en parler. Je suis vraiment maladroite parfois. Excuse-moi, cela ne se reproduira plus, rapplique-t-elle la désolation affligeant son visage.
  • Enfin, April, tu ne devrais pas constamment t'en vouloir pour des choses aussi ridicules, la conseillé-je.

La blonde esquisse un sourire plus timide, et rougi. Sa beauté est un crime flagrant. Mon admiration pour la RAD est intenable. Aujourd'hui, ses courbes épousent une longue robe blanche en matière cuirassée. J'envie terriblement son charme incassable. Si seulement, je pouvais retrouver cette étincelle, qui donne le tournis à tout est à n'importe qui.

Cela n'éclipse pas sa récente à l'évocation de la vidéo... Si Lolita se fait un malin plaisir de me montrer ces images, c'est qu'elles doivent forcément comporter un caractère blessant à mon égard. Et je sais qu'elle ne raterait pour rien au monde un moyen de me descendre encore plus bas que terre. Je verrai bien ce que mon entraîneuse m'a concocté pour assurer une atmosphère massacrante au court de ce voyage qui prévoyait d'être très très long en sa compagnie.

Nous prenons tout notre temps pour nous préparer. Une tension s'installe entre moi et la RAD, non malsain, mais, disons malheureux.

« Tu verras à la capitale, ils t'embelliront bien mieux que moi. Pour l'instant tu vas devoir te contenter de ma maladresse.

Je ne sais pas si elle dit cela pour me rassurer ou pour se dévaloriser. Enfin, cela ne fonctionne dans les deux cas.

  • Tu sors du lot, car tu possèdes la compréhension de ta nature. Tu perçois tes différences et cherches à les combler, quel qu'en soit le moyen. Mais tu ne devrais point. L'humanité est un bagage désoeuvré, de sentiments et d'émotions te rendent avare au mal, affamé du bien. L'équilibre s'affaisse. Je ne refuserai pas qu'on éteigne mon humanité, parfois.

Son sourire devint doucereux à l'entende de cette déclaration, terrassant un peu sa peine. April se penche vers moi, appuie un doigt sur ma joue et le retire avec délicatesse.

  • Il est difficile d'expliquer ce que je ressens, car pour être franche, il n'existe de mots assez étendus pour m'exprimer sur ce sentiment évasif. Sache que quand je te touche, cela me semble réel.

Son geste se répète, mais cette fois sur sa peau de porcelaine.

  • C'est incomparable, car je suis artificiel. »

Les minutes aiguisent mes sens. Assise sur une chaise, mon attente a débuté il y a déjà une bonne demi-heure. Mon tour n'a pas encore sonné. On m'a simplement indiqué de patienter ici, après que l'assistante de mon entraîneuse m'ait quitté.

Je porte un pantalon et une chemise sur laquelle est cousu mon prénom:

« Andorra »

Aucun nom de famille, pour rappel de notre insignifiance ?

La porte s'ouvre et un rayon de lumière se faufile dans l'entrebâillement. Je sursaute de ma chaise, étonnamment je ne suis pas stressé ni nerveux seulement impatiente d'en finir et de quitter cet endroit. C'est comme si je fuyais ma prison pour rejoindre les choses sérieuses.

Un jeune homme apparaît et me prie de le suivre. Nous traversons un petit pont qui donne sur un portail. Il l'ouvre à l'aide de son poignet et m'éclaire des dernières indications avant de passer les limites de ses murs pour de bon:

« Les quinze autres candidats sont aussi présents et effectueront les mêmes étapes que toi. C'est-à-dire, un: te placer dans la zone rectangulaire qui tu as été designer, juste devant nous. Deux: attendre que le train arrive. Trois: attendre que le signal soit donné. Quatre: monté dans le train. Et cela dans le calme et la plus grande discipline. »

J'effectue la première étape sans précipitations. Nous sommes disposés sur un long quai enterré dans un sous terrain, tels les métros de l'époque moderne à Paris, une ville française de l'Ancien Monde qui abritait un réseau très développé. Mes manuels m'indiquaient que cette ville avait joué un rôle assez important dans l'histoire de notre espèce. Les origines de Sébastien prenaient en partie racine à cette culture, alors il arrivait qu'il m'en parle plusieurs fois. Ce qui ne me déplaisait point.

Petit à petit, les participants accédèrent à leurs places respectives. C'est étrange à quelle vitesse la tension d'infiltre à notre insu et s'amplifie pour atteindre des tonalités exubérantes. Je serre mes mains par réflexe et bien sûr la chance ne me sourit pas à pleine dent contrairement à April.

Subitement, une silhouette surgit à ma gauche et ne manque pas d'instantanément me repérer. Sa courte chevelure carrée foncièrement brune ne m'offre pas une hésitation. Jade... Je ne m'attendais pas à la rencontrer aussi tôt dans l'aventure. Mon rythme cardiaque atteint des sommets quand son regard croise le mien.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire anosobsessions ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0