CHAPITRE XVII - PARTIE II

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Oui, un putain de requin était sur le point de me dévorer. Courant me réfugier je ne sais où, j'emprunte n'importe quelle direction tant que celle-ci me permet de ne me faire arracher le bras ou la jambe. La force de l'eau me ralentit considérablement, mais toujours aucune forme de stresse ne nais en moi.

Une sensation étrange comparable au néant s'étale sans que je puisse y changer la moindre ligne. Soudain, je tombe sur la fin, cette mer ou je ne sais comment nommer cet endroit est plat. L'eau s'affale dans le vide, rien qui ne puisse subsister en un être autour de moi, seuls un horizon bleu et un océan à perte de vue. Je rebrousse chemin à l'allure la plus rapide qu'il m'est possible et ne me préoccupe pas du requin qui est à mes trousses. Comment vais-je pouvoir l'éviter ? Je n'ai pas un unique endroit ou me réfugier, pas une corde à laquelle je peux me surprendre ors du liquide.

Le bassin commence sérieusement à s'agiter près de moi. Il se rapproche. Le poisson carnivore finira avec certitude par planter ses crocs dans ma chair. Ce songe rompt la surface lisse de la bulle contenant mes émotions évanouies en moi. Je suis aussitôt angoissée et incapable de structurer mes pensées correctement. Tournant la tête de tous les sens, alarmé par l'attaque imminente, j'aperçois mon assaillant à quelques mètres de moi. La fatalité, c'est le seul mot qui me vient à l'esprit, à l'instant. Il est trop tard, beaucoup trop tard.

  • Alors, mon canard, tu as peur des requins à ce que je vois ? Me questionne Lolita un sourire rayonnant sur le visage.

Haletante, les genoux affalés au sol, il me faut une minute pour me remettre de mon expérience et reprendre mes repères. Je dois secouer mes souvenirs pour me remémorer les derniers événements. J'essaye de me relever, mais je remarque très vite l'ampleur de mon épuisement colossal.

  • Moi, je l'adore, l'océan est mon meilleur ami, en particulier ce spécimen. Il me fascine de toutes les manières possibles, c'est l'une de mes plus grandes obsessions et je suis moi-même étonnée de ne t'en avoir jamais parlé, rajoute-t-elle tout en s'appuyant sur la table de contrôle.

April vient à ma rescousse et m'aide à me soutenir. Je tremble telle une feuille morte, incapable de me tenir droite sur mes deux pieds. Remerciant la Rad du regard, je ne pose en revanche pas mes yeux sur mon affreuse entraîneuse.

Les projections sont très corsées, elles te boufferont une quantité d'énergie colossale. Car tout est une question de gestion. Et tant que tu n'auras pas trouvé l'astuce pour avancer sans dériver sur le chemin, tu n'y arriveras pas. Dans le jeu cela te sera fatal, m'informe-t-elle d'un sérieux crispant. Demain nous verrons si tu es capable de faire mieux. Ce qui est probablement peine perdue, tente-t-elle de me convaincre. Enfin, ne soyons pas si pessimistes ! Après tout, je veux comprendre que tu gardes tes infimes bribes d'énergie pour autre chose. N'oublions pas que tu jouis de tes derniers jours sur terre. Pourquoi se débattre ? achève-t-elle par un clin d'oeil.

Je pense qu'il n'existe pas de mot assez fort pour décrire la rage qui palpite agressivement en moi. Un ouragan d'animosité me démange, comment maintenir son calme avec une femme qui vous répète sans arrêt que vous allez mourir ? C'est mon entraîneuse, elle est censée m'encourager et m'aider à m'améliorer pour avoir une chance de gagner le jeu, seulement d'entrée elle songe à mettre en oeuvre le contraire. Lolita me dégoûte. Si c'est une méthode de à sa sauce, je peux assurer sans borne que celle-ci est pitoyable.

Mon troisième réveil d'entraînement au vu de cette semaine avant les jeux est assez rude. Des courbatures lancinent toutes mes articulations et je suis incapable de nommer une surface de mon corps qui ne me fasse pas souffrir. Le programme de ce matin se compose d'un dernier entraînement avec Lolita ainsi qu'en après-midi, une projection pour terminer en beauté. Je me réjouis d'en finir avec ces séries de pompes épicées, après je pourrai mener mes séances à ma guise.

Je prends mon petit déjeuner en compagnie d'April, son sourire étant la chose la plus joyeuse dans cette atmosphère si blanche et lisse. À pars la blonde et mon affreuse antagoniste, il ne met permis de prendre contacte avec personne d'autre. Que ce soit physique ou relationnel. Avec toutes ses activités, je ne me suis réellement autoriser à penser à quoi ce soit. Il est vrai que le manque de drogue ou simplement de tabac me tracasse, je n'ai cependant pas d'alternatives diverses que de rester sagement à ma place. L'unique point positif de cet entraînement aura été son office de cure.

Tant de sujets me hantent à la nuit tombée. C'est la récurrence perpétuelle de mes démons et obsessions qui se déferlent en moi à la moindre accalmie que mon esprit s'évertue à enlacer. Ils se dressent avec arrogance et disent non aux saveurs du répit. Et je ne peux leur décerner la faute, au contraire il est de ma complète responsabilité de les repousser. Seulement, je suis trop faible, incapable de leur barrer le passage. C'est avec facilité que je leur laisse une ouverture à la torture. Il y a eux, il y a moi avec eux, mais pas de moi sans eux. Un cercle infernal.

April ne m'a naturellement pas proposé de me coiffer. J'ai donc choisi la simplicité, une queue de cheval haute. Aujourd'hui, malgré la douleur, je suis déterminée à prouver ma force à Lolita. Ce combat, je le mène en l'honneur de mon fils. L'opportunité de m'attester que la considération d'un avenir n'est pas une impossibilité. À peine, mes pieds ont frôlé le seuil de la porte que mon entraîneuse se précipite sur moi et me traîne au milieu des quatre murs blancs.

  • Assez jouer. Je veux savoir en quoi ça t'avance de ne pas me parler ? demande-t-elle presque soucieuse.

Elle parle d'arrêt et pourtant c'est elle qui ouvre les festivités avec une question pareil. Il est clair qu'elle se fout de moi. Elle cherche désespérément à me faire réagir pour que je perde la partie. Son but est de me démunir de toutes les ressources que je possède pour ensuite m'enterrer avant même que la cloche de départ sonne.

Et puis merde. Il est temps que je dégourdisse ma grande gueule.

  • Alors, tu as décidé de dire adieu à l'ironie ? Je dénonce la défiante du regard.
  • OH, JE N'Y CROIS PAS. TU OSES ENFIN ME PARLER ! C'EST UN MIRACLE! hurle-t-elle avec une hystérie nouvelle sautant sur ses jambes. Tu sais j'en suis même arriver à douter que tu sois muet, bon maintenant, je veux tout savoir mon canard, ma tenue du jour te plaît ?

Lolita se dandine sur elle-même me montrant sa petite robe noire dénudant parfaitement sa poitrine généreuse ainsi que sa mini veste rouge reluisante. Par contre rien ne pouvait détrôner ses fameuses botes et son collier coquillage en ras du cou.

J'esquive sa question et me permets de réadapter mon arme fatale préférée: le silence.

  • Tu ne vas pas recommencer à bouder aussi tôt ? Hein ? Hein? Allez quoi ! s'insurge-t-elle.

La jeune femme tourne lentement autour de moi, essayant de m'intimider dans ce geste préconisant la dissection profonde de mon âme souillée.

  • Tu sais mon canard, la conversation est un art qui correctement manipuler peut faire des miracles. Si tu avais l'obligeance de t'en servir tu aurais peut-être tes chances dans le jeu, mais déjà minimes tu les rends carrément nulles.

Si seulement, elle savait que cet art m'est ancré dans la peau telle un sixième sens, elle la fermerait. Ma langue est bien plus habile que le reste de mon corps. D'ailleurs, je ne veux épuiser mon venin, donc je n'userais pas une seconde fois ma salive à son encontre.

Premièrement, elle me demande de courir trente longues minutes sans relâche. Deuxièmement, Lolita prépare soigneusement un parcours grâce à sa tablette que je dois l'effectuer plus d'une dizaine de fois, touchant le bout de quelques obstacles. Troisièmement, de la tire et des combats rapprochés avec des Rads mécaniques d'entraînement similaires à ceux que j'ai dû affronter lors de la première épreuve de sélection. Je m'en sors péniblement bien, mais au moins je peux achever les exercices ce qui n'était pas le cas des deux dernières séances.

À la fin, j'ai le droit à une petite pause et je me débarrasse de toute ma sueur sous une bonne douche rafraîchissante. Ce qui est sans doute le meilleur moment de toutes mes journées. Je peux disposer de quelques minutes paisibles sans les innombrables remarques de l'horrifique noiraude. Un instant pour moi, ce qui est rare. Je me surprends à vouloir reconquérir ma beauté effacée par les supplices.

  • C'est ici que s'arrêtent nos séances d'entraînement mutuelles. Je te rappelle...! Eh bien non je ne te rappelle rien du tout. J'espère que tu as écouté ce que je t'ai conseillé hier, lors de ton échec cuisant. Il te suffit de bien te concentrer, signale Lolita les bras croisés.

Tout est une question de gestion... Il me faut élucider cette affaire.

De mes souvenirs, je ne ressentais aucune émotion tangible, lors du départ de la précédente séance. Tout à commencer à dériver à partir du moment ou celle-ci se sont réveillées ou le danger ne fut plus illusion, mais réalité. Projeté ors de cet espace, certaines liaisons nerveuses de mon cerveau se coupent, celle susceptible de corrompre ma survie, un automatisme d'auto protection se crée, éradiquant peur, bonheur, tristesse et joie par exemple.

En conclusion, si je veux réussir à avancer sans osciller à la chute, il va falloir contenir mon flot d'émotions contradictoire. Le code intrinsèquement lié à mon humanité. Pénible comme technique à gérer. Mais c'est la meilleure théorie que je parviens à ficeler.

J'espère sincèrement développer une solution correcte et concrète à mon problème. Je ne vois pas ce que cela pourrait être d'autre. Se munir de sentiments est un gain d'énergie énorme dans un système pareil cela doit être démesuré. Il me suffit alors de garder le lien de mon esprit à mes émotions inerte pour ne pas finir démembré par un requin...

Cette fois c'est April qui prend les commandes de l'exercice, pendant que sa maîtresse se prélasse sur le canapé à côté, fumant sa millième cigarette depuis ce matin.

Je hochai la tête pour donner le signal de départ. C'est exactement le même cas: eau, mer, bassin, requin, course, poursuite. Évidemment, je ne ressens pas une goutte d'exaltation ou de peur me transpercer. C'est la première chose dont je m'empare immédiatement du contrôle. Bercer mon esprit d'un calme intangible et d'une paix intégrale. Je serre les manettes avec précautions et fermeté, le moindre faux mouvement peut littéralement tout faire basculer.

Alors que je me rapproche à vive allure du bord, j'inaugure l'agitation de mes méninges. Il faut que je trouve une solution pour me sortir de là. Il faut que je réussisse au moins cette partie de mon entraînement. Sinon comment vais-je pouvoir survivre dans la tour ? Qu'adviendrait-il de moi ? Hein ?

Mon cerveau commence à bouillonner, je ne dois en aucun cas perdre le contrôle. Mon regard s'égare dans l'immensité bleutée de mon environnement. Et puis je sonde avec attention cette jetée ou l'eau tombée sans se soucier de sa destination. Chacune de ses molécules s'élance avec fluidité dans cette descente. Elle ne perçoit pas le danger ronflant en dessous d'elle, en même temps à quel péril peut-elle se confronter puisqu'il n'y a rien en dessous. Rien.

Évidemment, que craindre avec ferveur à pars le requin ? Il n'y a pas d'autre option, car c'est la solution.

Une seconde de plus ne suffit à me convaincre davantage, je prends mon élan et j'accompagne l'eau dans son plongeon suicidaire.

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