CHAPITRE XIV - PARTIE II

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Les taux se resserrent. La pression se tord dans mes entrailles. Cependant, ils auront bon s'acharner, ces psychologues de pacotilles ne découvriront jamais l'intégralité de ma personnalité. Et s'ils me percent à jour, ils ne me choisiront pas.

Je comprends qu'ils cherchent des esprits à manipuler aisément. J'ai fait une erreur en révélant le contour de mes intentions, heureusement, je n'ai pas soumis plus de détails. Les quatre inspecteurs s'en sauraient servis contre moi à leur guise. Il faut que je me montre ouverte et souple à leur épreuve, sinon je peux dire au revoir à « The Tower ».

  • Est-ce que votre réputation porte une importance légitime dans vos valeurs ? Ajoute la femme.
  • À quoi bon me préoccuper des avis d'autrui ? Les gens me jugent sur la personne qu'ils croient voir alors qu'en vérité ce n'est qu'un déguisement cousu par mes soins. Il est très simple de se vêtir d'une peau créée de toute pièce. Donc bonne ou mauvaise réputation n'impact pas.
  • J'en conclus que vous ne rejetez pas le mensonge s'il est nécessaire ?

C'est le brun qui a prononcé cette phrase. Visiblement, je commence à titiller sa curiosité, ce qui n'est pas le cas de l'un de ses collègues qui n'a pas dédaigné ouvrir la bouche depuis le début de la session. Cet homme aux cheveux argenté me scrute depuis le fond de son siège, ne prenant note sur son calepin comme le font les autres avec avidité à chaque mouvement de mes lèvres.

  • Évidemment que non. Celui qui ose dire le contraire incarne le plus grand menteur que l'histoire n'est jamais portée.
  • Pour vous, la paix est synonyme de...? Interroge la femme.

Je dois retenir ma langue pour ne pas balancer avec un ton strident le mot illusion. Sur ce coup, il va falloir que je sois réfléchie. Une profonde inspiration agrippe la cadence de mon corps et je réunis mes mains pour prendre la pose.

  • Foi. Oui, la foi, je répète. C'est la nouvelle religion de notre peuple. C'est en elle que nous devons dédier le moindre de nos songes. C'est à elle que nous devons ce que nous possédons, aujourd'hui. Jadis, ils considéraient ce pouvoir comme faiblesse. Cependant, nous avons su y remédier et témoigner au monde passé qu'il y avait en vérité une force inestimable en cette conception. Je n'ai pas fait le bon choix en m'opposant à la loi. Néanmoins, je peux congédier mes erreurs et travailler à devenir meilleure. Je n'ai le pouvoir de les effacer, mais elles me sont instructives pour l'avenir, les rendre utiles à notre communauté.
  • Mais ne parliez-vous pas de vengeance, tout à l'heure ?
  • Une vengeance sur la vie, Monsieur et Madame. Il existe une multitude de façons de l'embrasser. J'ai choisi des aspects estimables, rassurez-vous.
  • Eh bien, c'est ce que nous verrons Andorra. Car on peut dire qu'il y a une seule chose qui ne risque pas de vous manquer, c'est du charme et de l'audace, déclare le jeune homme brun.
  • Pour ma part, je ne vous poserai qu'une unique question, Madame Andorra Rousseau.

Le paria de la conversation s'accapare, enfin, de la suffisance de traité avec moi. Ses pupilles noires et dures n'émanent aucune bonté d'âme. Enfaîte, il paraît qu'aucune ne gît en son enveloppe charnelle.

  • Qu'avez-vous à nous apporté ? interroge-t-il froidement.
  • Je saurai être une arme dévastatrice. Donnez-moi une raison de me battre et je m'y affairai jusqu'au bout, pour la capitale. En réalité, j'ai l'air insondable, seulement, je suis plus transparente qu'on ne le croit, pour vous. Voilà en quoi réside mon pouvoir.
  • Très bien, Madame Rousseau.

Dorénavant, chacun pose son intention sur sa tablette. Le silence s'en suit sans qu'un l'ombre d'une note ne perturbe ce calme désemparant. Je ne sais pas si j'ai eu du succès, mais ma poésie semble avoir opéré. L'unique but de celle-ci étant de les convaincre.

Les deux hommes et la femme échangent un regard. Ils ont mis leurs notes finales. Je dois réussir. Les talons claquent sur le sol et se positionnent face à moi et ses congénères.

  • La clôture de la troisième et dernière épreuve est déclarée. La sélection est terminée pour vous, membre 7. La note de 75,7 % vous a été attribuée, merci pour votre collaboration, à présent, nous vous invitons à attendre le résultat final qui vous sera délivré dans la soirée, lui-même.
  • De la mort nous revivrons, du soleil nous renaîtrons, de notre force nous nous battrons, que la paix s'imprègne de vos êtres et prospère jusqu'à votre dernier souffle, citent-ils à l'unisson.

Un frisson électrique envahit les muscles crispés de mon corps. C'est comme si je venais personnellement de serrer la main au diable. Il me semble avoir signé un pacte irréversible à cause du lot de paroles mensongères que j'ai déversées.

Retour dans ma cellule, sans compter sur mon éternel champ de vision immaculé de blanc. Des heures sont passées depuis que je me suis entretenue avec les psychologues. Je me demande bien ce que les jurys foutent. Je constate qu'ils prennent tout leur temps pour délibérer. Putain, ils pourraient au moins, nous rendre le service de nous transmettre les résultats public assez rapidement pour étouffer ce supplice.

On m'a prévenu que je ne verrai plus mon guide. Heureusement que je m'en moque, je n'avais pas grand-chose à lui dire, ne m'ayant pas été d'un grand secours avec ses aires dominatrices et ses vaines paroles. Il aurait pu être plus clair avec moi. Cependant, je ne lui en veux pas, il n'a pas eu une onde néfaste sur mon comportement. Il m'arrive de penser à cette phrase, si vague...

« Andorra ne vous laisser pas dévorer par ce qui n'est plus. Après les nuages, votre regard rencontrera des pages de convoitises. Là est votre combat. C'est le seul conseil que j'ai à vous donné pour aujourd'hui. Et d'ailleurs pour le reste de votre existence. »

De quelle sorte pouvait-il affirmer de tel propos, sans ne me connaître la moindre page de mon existence ? En quoi mon futur pouvait-il le concerner ? Je ne comprends pas, aujourd'hui, davantage ses intentions et son intérêt à mon égard, qu'hier. Il n'était que mon simple guide.

Le moment crucial se présente sur la pointe des pieds... Ai-je été à la hauteur de leurs attentes ? Eux, les protagonistes de la paix véritable sur le noble continent de Koram. Eux, les vaillants créateurs d'un jeu fondé à rendre la liberté ardemment désirée par un prisonnier. Eux, les dirigeants désintéressés distribuant les secondes chances.

Je n'y crois pas. Et personne n'y croit. Qui placerait une confiance aveugle en eux ? Tout ou moins, je l'espère, car il ne faut pas sous-estimer la bêtise humaine. Elle n'est pas incapable de nous démontrer ses ressources toujours plus croissantes. Néanmoins, c'est le seul moyen que j'ai trouvé pour assouvir mon besoin démangeant de vengeance. Je n'aurais pu respirer plus longtemps à Elario en sachant que l'enflure qui a tué mon fils s'en sortirait indemne. Mon fils. Inimaginable, impensable.

Ha, Bewen, les moments affolants me ramènent constamment à lui. Je l'ai aimé sans le vouloir. Je n'avais jamais souhaité nourrir des sentiments aussi titanesques à mon frère adoptif. Mais qui suis-je pour remédier aux raisons d'un coeur épris par un autre ? Sans doute personne ou un soldat qui a farouchement échoué à sa bataille. L'amour que je lui portais, était sans limites, ne s'attardant ni à la loi, ne s'écorchant ni à la fois. Aujourd'hui, je désigne une définition similaire à ma haine.

Soudain, j'entends un clic faire échos entre les murs de la pièce normalement inondés par l'absence de bruits. Les résultats ? Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?

Mon pouls s'accélère, j'entremêle mes mains pour contenir la pression qui monte furieusement en moi. La suite des évènements se révélera fatidique. Il est vrai que je n'ai pas excellé dans toutes les épreuves, mais je suis sûr d'être assez bon pour participer à The Tower...

  • Parmi les milliers de détenues d'Elario, vous êtes 32 à avoir été sélectionné. Vous avez eu l'honneur de passer trois différentes épreuves pour prouver le mérite de votre place dans le jeu. Cette édition des sélections « The Tower » est désormais terminée. Nous allons annoncer la liste des personnes qui auront la chance de participer, exactement 8 filles et 8 garçons. 16 joueurs. Malheureusement pour tous les autres, vous serez gentiment prié d'attendre la venue des gardes, l'étape suivante vous sera révélée à ce moment-là. J'appelle donc chez les hommes: Rhett Uzumi, Leander Hunt, Holden-jay Iris, Enoch Ryder, Nicolas Stenfeld, Rime Gwen, Jayce Stazzio et enfin Sawyer Bea.

Mon cerveau ne percute pas, comment est-ce possible ? Jayce ? Jayce ! Non , non... Comment en est-on arrivé là ? Je ne peux y croire. Ma respiration se saccade, éreinter par une horde d'angoisses. La suite est déjà lancée. Cela ne m'accorde le temps d'un répit pour rétablir l'entremêlement de mon esprit.

  • Maintenant suite à nos demoiselles: Hazel Lugonet, Eira Sage, Mars Annavastor...

Andorra Rousseau, je vous en prie, je vous en supplie. L'attente est vraiment insoutenable. Il reste exactement cinq places.

  • Nesrin Belle...

Quatre places.

  • Saku Kusomo...

Trois places.

  • Ivory Wade...

Deux places.

  • Rain Davis...

Une place...

  • Jade Stazzio

Un gong sonne la fin de l'appel.

  • Félicitation à tous nos heureux participants ! De la mort nous revivrons, du soleil nous renaîtrons, de notre force nous nous battrons, que la paix s'imprègne de vos êtres et prospère jusqu'à votre dernier souffle.

Le micro s'éteint et il ne reste plus que moi, un silence brûlant ainsi que ma défaite cuisante. Je ne peux à peine articuler le bras tant je suis pétrifié. J'ai échoué... Je ne contrôle plus les gestes de mon corps, les tremblements m'assaillent. Que va-t-il advenir de moi à présent ? Des jumeaux ? Ils vont gagner et je vais mourir. C'est tout ce que je mérite, non ? Non. Je ne mérite pas de finir d'une manière aussi déplorable, c'est or de question. Pourtant, tout laisse à croire que je vis mes dernières heures, voir minutes.

Un tumulte de pas s'approche. Une escouade entière se poste devant le mur de glace qui m'enferme. Que dois-je faire ? Hé bien, rien. Le temps d'une probable réaction s'envole et les soldats sont d'une vitesse impressionnante et je ne saurais les égaler en force. J'ai beau user de tous les cris et mouvements de violence contre eux, je ne vois pas une seule solution assez coriace pour m'extirper de ce merdier.

Le groupe d'hommes armés me transporte, à travers les longs couloirs blancs, l'un des derniers souvenirs qui ballotteront mes nuits en enfer. Séquestré entre quatre murs où l'obscurité étourdissante m'engloutit, je m'effondre à genoux, rencontrant le sol froid. Mes paupières se closent. Les prières me sauront vaine, il ne me sert à rien de hurler ou de fondre en larme. Ainsi, je me remémore les instants, les saveurs, les images, les textures, les mélodies et les parfums offerts par le souffle nommé existence, malgré moi, malgré tout.

« Tel un être similaire de mon espèce, l'humanité, je n'aurai fait preuve d'une immense pureté, je n'aurai évité l'erreur et n'aurai tout consacré pour faire de cette planète un endroit meilleur. Malgré cela, je souhaiterai encore soigner ce que j'aurai pu taire et effacer ce que j'aurai pu inscrire. » songé-je.

En cet instant précis, mon seul soulagement est les retrouvailles avec mon fils. J'espère au moins que l'on me souscrira à l'aubaine de rejoindre celui-ci. Je supplie ciel et terre de m'entendre, ma plainte, ma dernière prière, mon caprice ultime.

Une immense lumière jaillit de la porte. C'est l'heure de dire adieux à cette terre maudite. Plus rien ne semble avoir de valeur, seul mon désir importe. Inconsciemment, je me retrouve assise sur une chaise les poignets ligotés. Je plonge mon regard vide sur l'assistance. Ils ne sont que deux, pas d'armes justes des blouses blanches sur leur dos. Au moins, je ne mourrai pas de la main d'un homme que j'abhorre.

  • Ne vous inquiétez pas ça ne sera pas douloureux, rassure la femme sans compatissance éloquente sur son visage. Aucune dernière parole ? Bon sachez que personne ne pourra témoigner de votre existence, vous serez effacé. Vous n'aurez jamais mis les pieds sur Koram.

Pourquoi cela ne m'étonne point ? Après tout, je pense que c'est mieux ainsi. Je crois que c'est peut-être le plus beau cadeau que l'on pourrait m'octroyer. Gommer ma trace. J'emporterai avec moi la douleur régie ici-bas.

  • Dès que le signal sera donné, cette chaise programmée pour éteindre votre puce enverra une pulsion électrique, mettant fin à vos jours. De la mort nous revivrons, du soleil nous renaîtrons, de notre force nous nous battrons, que la paix s'imprègne de vos êtres et prospère jusqu'à votre dernier souffle, chantonnent les deux larbins pour liquider leurs besognes au plus vite.

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