CHAPITRE II - PARTIE II

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J-16 avant l'envol de l'espoir noir. 

Il est sept heures tapantes du matin et une alarme stridente sonne sur mon bracelet. Je me réveil très facilement de mon sommeil léger. Je frotte mes yeux encore endormis et me lève de mon lit. J'arrête l'alarme qui provient de mon gadget électronique et active l'option "programme". Une image s'échappe de ma montre et s'affiche devant moi. Comme chaque matin depuis 183 jours exactement, je découvre un nouvel emploi du temps de moins en moins palpitant. 

7:30-9:00/ ouverture de la cantine.

9:00- 11:30/ libre, intérieur et extérieure.

11:30- 12:00/ rendez-vous chez la conseillère. 

12:00-13:30/ ouverture de la cantine.

13:30-15:00/ entrainement.

15:00-17:00/ libre, intérieur. 

17:00-18:30/ ouverture de la cantine. 

 18:30-7:30/ cellule 

Géniale ! Encore une merveilleuse journée enfermée dans ce trou à rat. Aucune visite n'est indiquée sur mon planning. Aujourd'hui est consacré à la réjouissance des prisonniers d'Elario. Celle où sa famille et ses amies voyagent pour lui donner tout courage pour surmonter le calvaire à traverser. Il n'en saura rien de moi. Je ne peux cacher ma déception.

Depuis six mois, maintenant, je m'attends à cette fameuse visite qui me remontra un tant soit peu le moral, raclant les baffons. Je suis persuadée que j'aurai beau espérer pendant un an, huit mois où trois ans personne ne viendra jamais m'aider. J'ai bien peur qu'à l'extérieur, je ne sois plus qu'un mauvais esprit. J'ai échoué, ma valeur aux yeux des autres s'est eteiente.

Ma fringale passée, je me rue vers la cantine manger un petit déjeuner avant que le buffet soit cambriolé, priant pour me remplir un minimum mon estomac dégarni. Assise à une table reculée des autres détenues que je ne porte pas dans mon cœur, seuls deux  minuscules bouts de pain étoffent mon assiette emplie par le vide. Ceci est loin d'assouvir ma faim, je m'autorise donc à examiner mon enveloppe.

Je soulève mon maigre t-shirt offrant une ample vue sur mes côtes. Mon corps se constitue de petites brindilles prêtent à se briser sous n'importe quel vent trop violent. Mon teint habituellement caramel, a brutalement blanchit sous la lumière terme des néons.

Bientôt, le jour n'aura plus la faculté de me faire apparaitre sous ses doux rayons et je ne serai plus qu'un fantôme. Il arrivera cette instant fatidique où je me serai complètement effacé de ce monde fade. Je serai incapable de m'apercevoir dans un miroir. 

La file pour parvenir à la douche fut plus longue que prévu et je n'eux que quelques minutes devant moi pour me rafraîchir et me laver avant de rencontrer ma conseillère.

Faux sourire, faux bonheur, faux conseils tout est erroné  chez elle, telle la vie qui coule dans nos veines. Elle se dit là pour tous les résidents de la prison, prête à faire n'importe quoi pour nous voir heureux.

Daris, ma conseillère, vit définitivement dans un monde parallèle au notre, au mien. Devant elle, ma bouche se ferme, mes traits s'endurcissent et l'envie de lui mettre ma main au visage est maladive. Cependant, je contrôle ma colère ne voulant rallonger ma peine déjà assez lourde à porter. 

14h48. L'entrainement touche bientôt à sa fin. L'ensemble de mes membres tremblent. L'absence de nourriture ne m'aide pas à tenir lors de ses sécessions draconiennes qui m'affaiblissent me laissant très peu de force pour  la fin de la journée. Je déteste ces entraînements censés soi-disant nous gardé en " forme", ce qui est un grand mot vu les instructions que nous nous devons effectuer.

Ma tête me lance, ma gorge ressemble à un dessert, je m'impatiente à l'arrivée de la prochaine période.

Jayce et sa soeur s'exercent un peu plus loin. Leur force mentale et physique sont incroyable, je n'ai jamais rencontré des gens aussi solides qu'eux. Des véritables guerriers, créés pour protéger ce qui reste de l'humanité.

Avant d'être séquestrés à Elario, les deux jumeaux étaient soldats en service pour l'armée de l'aire nationale de Koram, AANK.  Toujours là l'un pour l'autre, unis par un lien indestructible, chacun complétant son prochain à la perfection.

Jade balance sa jambe avec une force admirable sur son frère, mais lui, riposte avec agilité contre l'attaque de la brune. Elle lui lance un second coup très rapide avec son bras à fin de le surprendre. Jayce  esquive ce dernier avec facilité en attrapant celui-ci, il tente à travers cette prise de la mettre à terre. Rien à faire,  sa soeur jumelle tient sur ses pieds, déterminés à le faire tomber en premier.

Ils ne s'arrêteront que lorsque l'un deux aura toucher le sol et ne saura plus en mesure de se relever. Des coups acharnés et précis fusent des deux camps. Je m'extasie devant leur prestation dévoilant une démonstration de force, à fin de décourager les quelques prisonniers qui auraient une  envie de se confronter à ces deux-là. On n'arrive à peine à suivre la cadence de leur combat.

Moi à côté d'eux, je suis lamentable, incapable de me défendre seule, contrairement à Jade qui ne se laisse point faire. Un fracas s'ébruite dans la salle, ce qui signe la fin de la session d'entraînement. Jade est à califourchon  sur son frère plaqué au sol par la puissance des mains de celle-ci. Un mince sourire s'affiche sur son visage tandis qu'elle l'aide à se relever. 

« La prochaine fois, c'est toi, qui te retrouveras sur ce tapis ! déclare Jayce haletant. 

  • Ouais, ouais, je suis et je serai toujours la plus forte de nous deux, affirme-t-elle prouvant sa grande assurance.
  • Si ça te fait plaisir de croire en une telle connerie, pourquoi pas. Mais la désillusion risque de te heurter un jour au l'autre quand je te battrai. » 

Elle rigole de bon coeur et lance une tape sur le torse de son frère. Tout en se rendant dans la direction des vestiaires, Jade me salue accompagné d'un large sourire.

Son frère jumeau quand à lui reste immobile face à moi, hésitant à m'éviter. Je salue Jade à mon tour, sans faire  attention à Jayce, avant de voir la jeune femme lui murmurer quelque chose à l'oreille. Il la regarde consterner. Elle insiste en fessant un geste invitant apparemment à me rejoindre. Il ne bouge pas d'un pouce.

Finit d'attendre les bras croisés, une pointe vexée, je tourne les talons pour gagner les vestiaires. J'entreprends un pas rapide pour m'échapper de cette situation qui instaure le malaise. Mais des pas bien plus vifs rattrapent les miens. Une main de béton m'attire sensiblement le bras m'emmenant loin des oreilles indiscrètes.

Les excuses évoquent, pour lui comme moi, une incontestable faiblesse. N'osant opposer nos regards, le silence s'installe de longues minutes entre nous. Les bras croisés, je reste muette face à lui, après tout je ne possède de paroles concrètes à  lui céder.

Impatiente, ayant déjà tourné les talons, le prisonnier brise l'absence de mot. Dos à lui, seuls ces mots pénètrent mes oreilles. 

« Je ne changerai absolument rien à ce que je t'ai dit l'autre fois. D'ailleurs Jade porte un avis similaire. Je ne m'excuserai jamais à ce sujet. Je ne m'excuserai jamais de vouloir te protéger. Je ne m'excuserai jamais te vouloir saine et sauve, loin de n'importe quel danger. Je ne m'excuserai jamais de vouloir ton bonheur. Alors, tu peux me haïr, me détester et me crier dessus autant que tu le souhaites, si ça te chante. Je ne pourrai rien changer à la peur ancrée que je possède concernant tes dires et tes actes, déclara-t-il sur un ton des plus sincères. 

J'essaye de faire abstraction de ses paroles poignantes, avançant mes pieds encore une fois sur le chemin de la sortie. Mais il me surprend une seconde fois. 

  • Je suis désolée. Oui, par contre, je suis désolée de ce qui t'est arrivé, et de la façon dont j'ai réagi. Ton comportement envers moi, ces temps sont dus à tes mauvaises expériences, je le sais.

Ma gorge se noue instantanément, mon coeur arrête littéralement de battre. Aurait-il lit mes lettres ? Serait-il alors au courant de quelque chose ?

  • Et mes actes, Anda, n'ont fait qu'empirer le mal qui t'habite. J'essayerai à l'avenir de me tenir correctement avec toi. Mais, je t'en prie, ne m'en veux pas de posséder des sentiments pour toi. Cette implosion, je ne peux l'arrêter, tu ne peux exiger le pardon à mon amour. Et crois-moi quand je sais à quel point cela t'engendre douleur, je fais tout pour que cela ne s'amplifie. Mais il persiste une égoïste part de moi-même qui ne demande qu'à t'aimer davantage...»

Les fragments acérés de mon coeur se ravivent une ultime fois pour me poignarder. Un chagrin s'éveille pour lui et pour moi. Car je ne pourrai, ne serait-ce un infime instant, me permettre de l'aimer. Et moi aussi je ne peux rien n'y changer.

Les larmes s'accumulent inconsciemment  le long de mon visage. Si seulement, il savait pourquoi. Il me faut du temps pour m'y faire. Une forte contradiction se bouscule dans mon estomac. Malgré la peur qui me ronge de l'approcher à nouveau, d'aimer à nouveau, une envie déchirante de le sentir contre moi me démange.

Je reprends mes esprits déterminés à ne pas perdre mes moyens face à lui. Du revers de la main, j'essuie les quelques larmes qui ont réussi à trépasser le portail pour mouiller mon visage.

Voulant à tout prix rester digne, je relève la tête et ne laisse mon regard vaciller vers lui. Un après l'autre, je pose mes pieds sur le sol qui semble s'effondrer. Non, ce n'est pas aujourd'hui que je tomberai.

Il m'est difficile de nier ce qui se déroule devant mes yeux. Ces étincelles éteintes s'obstinant à s'enflammer auprès du soldat emprisonné. 

16h16. Les couloirs sont vides. Personne n'a pris le risque de s'y aventurer. Je déambule sans savoir où poser mon corps lasse. Je balance mes bras tels des roues et ne me préoccupe pas de leur trajectoire.

Il n'y a plus que moi, une vue floue et une paix intérieure éphémère. Après l'entraînement, je me suis  effondrée. C'en était trop et il n'y a qu'une chose qui me calme dans ce genre de situation. Plus la journée avançait, plus mon appétit déroutant augmentait. J'ai craqué et fait taire cette faim, pour l'instant.

Ma tête tourne de plus belle, j'essaye de m'accrocher au mur, à chaque fois, que je risque de m'étaler sur le sol. Tous mes membres sont engourdis.

Parfois, je regrette, je regrette tout. Ce que j'ai fait, ne ferait jamais ou aurait dû faire. Mais pour une fois, je suis certaine que les quantités de drogues ingurgitées étaient la seule issue à ce calvaire incessant, invitant à la maladie.

Je me laisse guider par mes pas. Alors que le bout du couloir se révèle peu à peu, trois jeunes femmes arrivent dans ma direction. Elles passent, à côté de moi. Leur discussion m'échappe, mais quelques mots traversent malgré tout mon oreille. 

« Bientôt... J'espère ne pas être choisi d'ici là...commence la prisonnière collée entre ses deux amies. 

  • On n'a cas rester à notre place.... rien de plus simple, déclare celle à sa gauche. 
  • Moi je veux participer !... Devenir célèbre... 
  • Ne raconte p... Ce jeu et ce jour sont maudits ! Son nom ne le cache pourtant pas ! L'envol de l'espoir n... "

Ce nom m'interloque, il me dit quelque part chose, mais je ne sais quoi. Je suis beaucoup trop défoncée pour me concentrer sur quoi se soit.

Je fais volte-face, prends mes jambes à mon cou et me lance à leur poursuite. Mon épaule percute l'une des trois criminelles sans que je n'y fasse attention.

Les trois femmes s'arrêtent nettes devant moi, me regardent de haut en bas avant de stagner sur mon visage. Interloquées par mon action si brutale qui a failli les faire tomber à terre. 

« Désolé... vraiment, quoi je suis vraiment...trop désolé, vraiment ! J'affirme assommée par toutes les substances prises auparavant.

  • Euuuh... Ouais si tu le dis, avance la plus petite d'entre elles. 

Elles me contournent désirant poursuivre leur route. Cependant, je les bloque à nouveau, j'ai encore une chose à leur demander...

  • Sérieux, tu veux quoi ? commence une prisonnière visiblement irritée par mon insolence.
  • Tu ne vois pas que tu nous déranges là ! continu une autre furieuse. 
  • Je veux... Oui ! Je veux savoir... Saaa...voir ! C'est quoi, le jour de l'envol de l'espoir noir ?

Interdites, les trois prisonniers s'interrogent, à tour de rôle, par un regard qui en dit long. Aucune d'elle ne semble réclamer à m'informer sur le sujet. Mais persistante, je repose ma question.

  • Bon, venez les filles on s'en va. Elle est complètement défoncée.

Soudainement, sans que je contrôle mes gestes, j'attrape violemment le bras de l'inconnu à ma droite. Exerçant une forte pression, celle-ci se retourne un regard noir ancré sur le visage. Elle n'essaye même pas de se démordre de l'attache que je pratique sur elle. Réduisant la distance entre nous deux, je sens son souffle chaud  balayer le mien. 

  • Après m'avoir touché, fais-moi confiance, tu ne toucheras plus jamais rien de tes doigts, salope. »

Son poing me frappe telle la foudre, au ventre, au visage, au bras... d'une rapidité qui ne m'avertit en rien. Et je tombe inlassablement dans ce trou qu'on appelle le néant.

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