Compte sur moi

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Six mois s’étaient écoulés depuis la première nuit de Stanislas De Beaubois avec Aude. Si son affaire avec Aliénor se lançait à merveille, le contexte autour de son nom était des plus durs. En effet son père avait officialisé le transfert de son siège social. En plus de cette annonce il avait été décidé de réduire les effectifs de cet endroit. Un salarié travaillant au sein du siège de Jean De Beaubois avait donc plus de chances d’être licencié que d’être membre du futur endroit. Tout d’abord il était demandé aux salariés s’ils souhaitaient être transférés à Londres. Ceux refusant furent classés parmi les futurs licenciés et ceux acceptant étaient soumis à un nombre de places limitée et pouvaient donc se voir signifier leurs licenciements .

Le climat social était donc exécrable autour de cette entreprise et il ne faisait pas bon s’appeler « De Beaubois » y compris pour Stanislas désormais éloigner de son père. Il s’était mis en retrait et aidait Aliénor dans l’ombre pour ne pas porter préjudice à la jeune femme. Bien sûr il y avait Aude qui le soutenait corps et âmes et cela Stanislas en était conscient à chaque jour qui passait.

Quand il allumait la télé, les journaux s’ouvraient sur les salariés manifestants au pied du building de son père. Quand il allait à sa boîte aux lettres, s’était pour ouvrir des enveloppes pleines de haine, d’insultes et de menaces de mort. Quand il sortait, le moins possible, c’était pour se voir insulté par ceux qui le reconnaissaient.

Il faut dire que l’univers des médias économiques s’était empressé de le rapprocher à son père. Pourtant dès le début, lui s’était opposé à cette décision. Il s’était éloigné de son père à cause de cela. Il avait simplement souhaité exister de son côté, sans rien demander à personne. Depuis sa démission, il n’avait pas parlé à son père, et en ces heures, il avait le sentiment que son père avait ruiné sa vie qu’il était parvenu à construire.

Ce jugement sur lui était injuste mais Stanislas n’avait aucune envie d’en débattre, il espérait que cela finirait par passer et peut-être qu’un jour, il pourrait tout dévoiler. En ce moment, seule la présence d’Aude et d’avoir des nouvelles d’Aliénor, qui lui rendait visite fréquemment suffisait à son bonheur.

Un soir Stanislas décida de passer du temps avec Aude. Il n’avait pu le faire depuis un moment et cela l’ennuyait fortement de ne pouvoir donner en retour ce que lui apportait la jeune femme. Il invita donc Aude dans un restaurant. Il avait préalablement réservé une bonne table voulant rester discret. Aude fut un peu surprise de l’invitation sachant que Stanislas sortait très peu ces derniers temps. Mais elle comprenait aussi qu’il étouffait à rester chez eux. Et puis une sortie lui changerait les idées après tout ! S’était-elle laissé convaincre.

Pour eux deux c’était donc une soirée spéciale. À cette occasion Stanislas avait revêtu un costume bleu marine avec une chemise blanche sans superflus. Aude, du haut de son mètre soixante dix, sa chevelure brune mi-longue et ses yeux ronds d'un bleu turquoise perçant et sa bouche fine, avait mis une robe de soirée noir faisant ressortir son teint blanc avec une paire de souliers assortie.

« Tu es prête ? » Se contenta de demander Stanislas au moment de partir.

« Oui, allons-y ! » répondit Aude

Au fond d’elle et sans le dire à Stanislas, elle était contente qu’il sorte ensemble et passe cette soirée. Depuis quelque temps, elle avait senti un Stanislas déprimé. Elle savait qu’il aurait voulu être plus actif et pouvoir être fière de sa réussite. Mais le tumulte autour de son père et son plan social en avait décidé autrement.

Les lumières de la résidence de Stanislas s’éteignirent et tous deux montèrent dans le range Rover stationné devant l’entrée. C’était une soirée d’été, le ciel était clair et le soleil encore présent maintenait une atmosphère chaude. Le véhicule s’élança en direction du centre-ville.

Une fois arrivés à destination et stationné, tous les deux entrèrent dans une bâtisse de pierre taillée, un lieu de caractère. Le sol était recouvert de tomettes hexagonales de couleur rouge, le plafond laissait entrevoir des poutres peintes de couleurs marron foncé tandis que le reste était blanc parsemé de temps à autre de lustres métalliques et le fond de la pièce laissait apparaître une grande cheminée qui devait servir l'hiver à égayer l'endroit. Quelques fenêtres en bois à gauche et à droite donnaient une vue sur l’extérieur.

Stanislas se présenta à l’accueil du restaurant mais n’eut pas besoin de se présenter auprès du chef de salle.

« Monsieur De Beaubois, soyez le bienvenu ! C’est un plaisir de vous revoir ! Je vous ai préparé une table tranquille, suivez-moi je vous prie ! »

Le chef de salle se dirigea au bout de la pièce jusqu’à une petite table ronde dressée et recouverte d’une nappe en tissu accompagné de chandelles allumées.

« Si vous voulez bien prendre place, Madame, Monsieur ! » conclut le responsable de salle en remettant des menus aux deux convives.

« Apportez-nous deux coupes de champagne ! » demanda aussitôt Stanislas sans même consulter Aude.

Rapidement un serveur amena les deux coupes.

« Aude, levons nos verres ! » proposa Stanislas.

« Bien sûr ! »

« Alors a toi ! Merci d’être là ! Je sais que c’est difficile en ce moment mais je suis heureux quand tu es près de moi ! »

« Je suis heureuse avec toi ! Tu n’as pas à culpabiliser ! Ce n’est pas de ta faute ! Tu as tout fait pour ne pas agir dans le même sens que ton père ! Tu lui as même parlé ! Mais tu peux te réjouir de ce que tu as fait pour moi comme pour Aliénor ! N’oublie pas de quoi tu es capable !

Les deux verres s’entrechoquèrent et chacun trempa ses lèvres dans le breuvage. Après cela tous deux commandèrent leurs menus et le repas se déroula sans encombre. Aude et Stanislas évoquèrent différents sujets . Le jeune homme évoquât entre autres son enfance et l’admiration qu’il avait eue étant jeune pour son père. Admiration qu’il avait reçu en retour de Jean De Beaubois. lui le fils unique, La plus grande fierté de son père juste au-dessus de sa réussite. Une époque où l'homme se donnait corps et âme pour faire grandir son entreprise. La faire grandir à tel point que l’entreprise était devenue une multinationale et que son père avait fini par opérer dans son bureau et était devenu loin du patron dirigeant son commerce et n’hésitant pas à aller sur le terrain.

Petit à petit, les strates s’étaient accumulées avec toujours Jean De Beaubois en haut de la pyramide. Un jour la société entra en bourse, enrichissant encore son créateur et dirigeant. Le jeune Stanislas, alors âgé de douze ans était en admiration de son père. Il le voyait par moments très peu mais c’est aussi à partir de cet âge qu’il eut la chance de voyager régulièrement avec son père. La stature de cet homme faisait qu’il vouvoyait désormais son père en s’adressant à lui.

Arrivé à l’adolescence, il avait vite obtenu son permis grâce au financement de son père. Il débutait le lycée et les études l’intéressait peu. Il avait fini par commencer à sortir avec des amis de bonne famille étant peu présent à son domicile tout comme son père. Ce n’est pas que Jean De Beaubois l’avait négligé, au contraire il avait pu obtenir tout ce dont il avait voulu. Et son père d’évoquer très jeune une succession de Stanislas à la tête de l’entreprise. Un avenir tout tracé donc pour Stanislas.

Il avait eu son bac sans mention, loin d’avoir été studieux. Suite à cela il avait choisi une école de commerce réputé. Jean De Beaubois prit en charge pour lui un petit appartement et lui octroyait une somme d’argent. De cette façon il espérait que Stanislas se concentre sur ses études. Mais Stanislas avait d’autres préoccupations, et loin de son père, il avait tout à loisir de sortir tous les soirs et de faire la fête. Il se mit néanmoins au fond de lui à étudier un minimum et sans être le meilleur, il ressortit diplômé de cette grande école.

Comme destiné, il avait rejoint le siège de Jean De Beaubois en qualité de directeur général adjoint. Il avait espéré quelque part que ça permettrait de passer plus de temps avec son père, mais ce ne fut pas le cas. De son enfance à sa vie d'adulte il avait vu son père se transformer. Du petit directeur d'agence immobilière instaurant un climat familial où très jeune Stanislas était un peu la mascotte, au grand PDG en haut de sa tour d’Ivoire perdant son humanité au point de se transformer en patron voyou.

« Tu te souviens de ta journée où tu es resté à attendre devant chez moi ? » Questionna Aude.

« Comment aurais-je pu oublier ? J’étais même pas sûr que tu m’ouvrirais! J’avais émis l'option de l’échec mais quand tu as fini par répondre et que tu as accepté de revenir, je crois que j’étais le plus heureux des hommes !» répondit Stanislas.

« Et tu n’as jamais voulu savoir pourquoi j'ai dit oui ce jour ? On n'a pas vraiment évoqué le sujet jusqu’à présent !»

« Et tu veux le faire là ?»

« C’est le moment idéal tant que l'on est dans l'optique de tout se dire !»

« Oui c’est vrai et c’est une belle soirée !»

« j'étais vexé contre toi , clairement, mais ce jour tu as fait l'effort de venir ! Il y eut un temps où tu ne l'aurais pas fait ! J’ai donc été surprise mais je ne voulais pas te voir ! Je t'ai écouté chaque fois que tu étais derrière ma porte, sans rien te répondre ! J’ai compris , tout du moins une partie de moi, que tu voulais changer ! Alors j'ai fini par ouvrir !»

« Aussi simple que ça ! Merci de ne pas m'avoir laissé dehors ! Rentrons !»

Stanislas régla la note et son bras s’était enlacé dans celui d'Aude. Cet instant auprès de la jeune femme, il ne l'aurait échangé pour rien au monde.

Stanislas et Aude étaient donc en route pour regagner leurs moyens de transport quand tout d'un coup, alors qu'ils étaient à peine sortie, une déflagration se fit entendre, un bruit plus fort qu'un pétard. Stanislas ne réalisa pas. Aude quant à elle, sentit Stanislas, agrippé à elle, s'effondrer subitement. Stanislas se retrouva étendu sur le sol. De sa chemise blanche, une touche rouge se forma , gorgeant le tissu. Aude réalisa que l'homme qu'elle aimait était désormais en situation d’urgence. Paniquant, elle s'adressa à Stanislas.

«Stanislas, réponds-moi ! Stanislas !»

Puis se ressaisissant, elle comprima la plaie d’où s’écoulait toujours plus de sang.

« Appeler une ambulance !» cria t'-elle. « Mon compagnon est blessé !»

Elle regarda le visage de Stanislas inanimé et éclata en sanglots. Elle prit son bras et constata un pouls , l'homme devait être simplement inconscient mais elle n'en savait trop rien.

« Stanislas, je t'aime, reste avec moi !(…) S'il te plaît fait un effort ! Fais-moi un signe, même si tu peux pas parler, fais-le je t'en supplie !»

L'attente lui parut une éternité, sanglotante , elle essaya de gifler Stanislas pour lui faire reprendre conscience. Mais ce fut sans succès et elle n'avait plus envie de lui porter des coups. Elle continua à s'adresser à lui , sans arrêt, lui rappelant qu'elle l'aimait, lui demandant de reprendre conscience.

Au lointain un bruit de sirène déchira la nuit. Le véhicule stoppa et des secouristes en descendirent. L'un d’eux entoura Aude et lui parla.

« Madame, ça va aller, on va s’en occuper ! Vous avez fait ce que vous pouviez, on va prendre le relais !»

« C’est…mon compagnon !» prononça Aude de triste voix en se relevant en état de choc.

Elle vit ses mains rouges du sang de Stanislas. Autour d’elle les secouristes évoquait la situation de Stanislas, mais elle était incapable d'entendre les mots. Ses oreilles entendaient, mais son cerveau ne décodait pas, comme brutalement arrêté par la situation. Pourquoi cela lui arrivait-elle ?

Stanislas fut intubé, perfusé et placé sur un brancard. Aude guidé par son instinct suivi le personnel médical et déclara fermement.

« Je l'accompagne, je ne le quitterais pas !»

Un brancardier aida Aude à monter et le véhicule s’élança sirène hurlante. Au bout d'un temps indéterminé le véhicule stoppa et l’équipage de l'ambulance ouvrit les portes arrière. Aude vit une enseigne lumineuse rouge indiquant les urgences. Rapidement le brancard fut sortie par les ambulanciers. Un urgentiste avisa le personnel hospitalier de la situation.

« ok les gars nous avons une blessure par balle ! c’est urgent, la victime est inanimée mais la respiration est présente ! Il a perdu pas mal de sang, il faut vérifier l’hémorragie ! Prévoyez une poche de sang.

«Transférons-le au bloc opératoire !» répondit un médecin.

« Madame, vous allez devoir patienter ici, vous ne pouvez pas aller plus loin ! Nous vous tiendrons au courant dès que possible !» dit une infirmière pour Aude.

« je veux pas le perdre !» prononça t'-elle les yeux rougis.

« On va s'occuper de lui ! Il est possible que ça demande du temps ! Vous avez fait ce qu’il vous était possible ! Vous pouvez rester un peu mais il vous faudra aussi vous reposer !»

La jeune femme s'installa dans la salle d'attente, et n'avait pas l'intention d'en partir. Et puis de toute façon, en de telles circonstances elle ne pourrait dormir. Au bout d’un quart d’heure elle pensa à contacter Aliénor, la jeune femme était son amie ainsi que l'amie de Stanislas, à ce titre elle avait sa place à venir la réconforter.

« Aliénor !» prononça Aude d'une voix larmoyante.« je suis désolé de te déranger ! Stanislas est (…) hospitalisé ! Il (…)a reçu une balle dans le ventre ! Et ( éclatant en sanglots) je sais pas trop s’il va aller bien ou pas !(…..) je suis aux urgences, j'attends !»

« Aude, c’est terrible ! Je te rejoins ! Tu sais, tu as eu raison de m'appeler !» se contenta de répondre Aliénor déboussolée par la nouvelle.

Il fallut environ trente minutes à Aliénor pour arriver à la salle d'attente et rejoindre son amie. À son arrivée, elle vit Aude assise se tenant le visage l'air perdu. Aliénor s'installa à côté d'elle.

«Ne t'inquiète pas, ça va aller ! Ils sont en train de s'occuper de lui !»

Aude releva la tête et la posa sur l’épaule de sa meilleure amie. Elle se sentait épaulée dans un moment où elle en avait besoin.

« Pourquoi Stanislas ?» demanda-t-elle.

« Je sais pas, Aude ! Je sais juste qu’il ne mérite pas ça ! Mais je crois qu'un jour nous saurons, lui aussi aura besoin de savoir ! Mais surtout, il aura besoin que nous l'épaulions plus que jamais !» répondit Aliénor.

« Quand on le soutient et qu'on le laisse agir, Stanislas est quelqu’un d’étonnant ! Et malheureusement il n'a pas eu souvent l'occasion de s'exprimer mais tous les deux on a vu un échantillon !»

« Oui ! Si on lui demandait il pourrait chambouler le monde !»

L'attente fut longue, l'horloge sur le mur de la salle d'attente égrainait inlassablement les minutes finissant par former des heures. Au cœur de la nuit seule les deux jeunes femmes étaient assises attendant un signe du personnel hospitalier. La pièce restait silencieuse, Aude et Aliénor n'avaient rien à ajouter.

Ce n’est qu'aux alentours de trois heures trente du matin que le silence fut rompu. Un médecin arrivât dans la pièce l'air totalement épuisé. L'allure de l'homme ne trahissait rien : ni bonne ni mauvaise nouvelle.

« Vous êtes les proches de M. De Beaubois ?» Voyant l'acquiescement des deux femmes, il poursuivit. « Il a eu une chance relative ! Je ne dirais pas qu'il est tiré d'affaire puisque ce n’est pas le cas, mais le projectile est passé près des organes vitaux sans les toucher ! À quelques centimètres près c'était la mort ! Nous sommes parvenus à extraire la balle ainsi qu’à stopper l'hémorragie. Pour l'heure nous l'avons mis en coma artificiel pour canaliser une éventuelle douleur. Il est prévu qu'il se réveille dans la matinée ! Évidemment il reste sous surveillance mais il respire sans assistance et son cœur ne s'est pas arrêté. J'oubliais ! Vu la perte logique de sang, nous lui en avons transfusé. Il n’y a rien d'autre à faire pour cette nuit, je pense que vous devriez aller vous reposer ! Demain matin nous en saurons plus ! À bientôt !»

Malgré cela Aude ne voulait pas rentrer chez elle, elle voulait juste rester là et savoir que Stanislas n’était pas loin. Aliénor de ce fait resta accompagner son amie. Les deux femmes quittèrent l'attente des urgences où elles n'avaient plus rien à y faire pour rejoindre le hall principal. Là, toutes les deux prirent une boisson chaude à un distributeur automatique puis s'installèrent sur un banc.

« ça te fait mal de ne pouvoir être à côté de lui pour le moment, je m'en doute, tu sais ! Tu le verras bientôt ! Et nous lui parlerons, nous serons près de lui, t’inquiète pas ! » Affirma Aliénor.

« Tu sais, Aliénor, tu as eu la chance de connaître un Stanislas métamorphosé mais au début et pendant longtemps il était différent. D'une certaine manière, il m'a déjà fait souffrir, ce qui est différent cette fois c’est qu'il n'y est pour rien, qu'il m'aime réellement et que c’est réciproque et qu’il ne supporterait pas de me voir dans cet état. Alors je crois qu’il faut revenir au début et que je te raconte l'histoire. Tu es une amie commune tu as le droit de savoir mais ce que je vais te dire n’est plus valable : Stanislas a changé parce qu’il l’a voulu et qu’il y était prêt ! J'avais besoin d'un travail et j'ai postulé pour un poste de secrétariat au sein du siège de Jean De Beaubois, son père. J’ai été reçu par un membre des ressources humaines. L'entretien a été correct mais néanmoins le poste était loin d’être acquis à ma sortie. Je te dirais même que par la suite, sans réponse je pensais que ce n'était pas pour moi ! Finalement alors que cela semblait perdu j'ai reçu un appel téléphonique ! Sauf que ce n’est pas le recruteur mais son père en personne ! Imagine mon étonnement ! je comprends aussi qu'il veut me proposer quelque chose de spécial et c’est ce qu’il m’expliquera par la suite lors de notre entretien dans son bureau cette fois ! J’étais impressionné d’être en face d'un grand PDG mais j’ai vu une personne à l’écoute ! Il m'a proposé de devenir l’assistante de Stanislas m’expliquant que cette fonction était difficile. Pas mal de personnes avaient occupé le poste avant de partir. Donc quelques jours plus tard, est venu le moment de démarrer le poste. Le premier jour Stanislas est arrivé à son bureau vers dix heures au lieu de huit heures. Il est passé par mon bureau pour rejoindre le sien sans dire un mot, sans un regard. Puis il m'a appelé dans son bureau. Je me suis présenté à lui précisant que j’étais sa nouvelle assistante. Visiblement aux vues de sa réaction, il n'en avait que faire ! En réponse, il m'a demandé un café et remis une pile de dossiers. J'ai compris sur les premiers jours qu'il était esseulé dans l'entreprise mais que c'était de sa faute puisqu’il s'en foutait de son travail. J'ai essayé de lui parler, je voulais me lier d'amitié avec lui. Parce que dans le fond pensais-je alors, il ne devait pas être si mauvais homme ! Et puis quitte à travailler ensemble, autant bien s'entendre ! J'ai essayé d'apporter des touches visuelles, de lui parler mais il n'en avait que faire ! Il avait une vie superficielle : son intérêt était alors de faire des fêtes tout le temps et d'enchaîner les conquêtes de son niveau de vie ou de leur montrer qu’il avait de l'argent. Moi il me méprisait ! J’étais celle qui devait faire son travail, lui amener son café et me taire. Du début où je l'appréciais, il a fini par me faire le détester ! Et c’est au bout de deux ans que j’ai dit stop avec les conséquences que tu connais ! Dans le fond au début quelques choses en moi me disait que je l'aimais mais ce sentiment naissant s'est refermé. Mais c'est parce qu’il a fait ce qu’il fallait qu’il a pu éclore. Et il aura fallu que je l'envoie promener pour cela !» répondit Aude.

« Pourquoi il a tout fait pour que tu reviennes ? Il aurait pu dire non et engager quelqu'un d’autre ! » Commenta Aliénor.

«Absolument ! Quand je suis parti je pensais ne plus le revoir et de toute façon je ne le souhaitais pas ! Mais c'est cette action qui a fait qu’il est notre ami et qu'il m'a fait pleurer une bonne partie de cette nuit ! Il m'a expliqué plus tard qu'il avait remarqué quelqu'un de différents : moi je l'ai pris pour ce qu'il était à mon arrivée. Alors que les autres voyaient le fils du patron. Je ne suis pas en train de te dire que Stanislas n'avait aucun tort, bien sûr qu’il était largement fautif par de nombreux égards. Je crois que c'est quand je suis parti qu'il s'est mis à m'aimer, ce qui est assez paradoxal !»

« s'il s'est changé tout seul, c’est toi qui lui as ouvert les yeux ! Et je sais que c’est pour cela qu’il tient à toi aujourd’hui ! Quand à moi tu sais ce que j'y dois et c’est un formidable amis ! En somme il veille sur nous deux, tu veilles sur lui et moi puisque tu es mon amie et moi je veille sur lui et toi ! Et c’est pour ça que dans un moment comme celui-ci je ne pouvais que te soutenir !»

« On est assis la toute les deux pour lui !» conclut Aude dans cette discussion.

Venait le temps du petit matin, le soleil estival se levait de bonne heure et dehors l'air était encore rafraîchi loin de la chaleur de la journée. Petit à petit le hall commençait à s'animer autour des deux femmes qui avait donc veillé toute la nuit. Les journaux du matin étaient déjà arrivés prêts à être lu dans la boutique qui donnait de la vie à ce hall un peu sinistre. Parmi ces titres de presse, un quotidien local avait eu le temps de placer un encart dans la rubrique faits divers :

« Dernière minute : un homme a été blessé par balles hier soir vers 23 h à la sortie d'un restaurant. L'homme, accompagné d’une femme a été rapidement pris en charge par les secours. D'après nos informations l'homme touché serait Stanislas De Beaubois fils du célèbre magnat de l'immobilier. Nous ignorons à l'heure actuelle les causes de cet acte ainsi que l’état de santé du blessé et aucun lien avec le plan social de l’entreprise De Beaubois n'est établi. Une enquête est dès à présent ouverte. D'autre informations dans nos prochaines éditions.»

Mais cet article, les deux femmes ignoraient son existence du fait de n'avoir pas été consulté la presse. Elles avaient fini par aller prendre un café, de toute évidence la journée s'annonçait cruciale et chargée en émotions.

La dernière goutte de sédatif était entrée dans ses veines. La perfusion de Stanislas était désormais vide. Bientôt les effets commenceraient à ce dissiper interrompant lentement le sommeil de l'homme. Avec son réveil une douleur dans le ventre se révélerait. Dans un premier temps Stanislas ne comprendrait pas l'origine de celle-ci. Puis il ouvrirait les yeux et tout s’éclairerait à ses yeux jusqu’à ce que l’équipe médicale lui propose de le soulager à l'aide de morphine. Alors instinctivement son corps deviendrait en partie engourdi bloquant les signaux de douleurs envoyées par le système nerveux. Avec ce réveil il retrouverait une notion du temps perdu. Depuis combien de temps était-il inanimé ? Il le saurait prochainement mais pour l’instant son réveil devait encore prendre du temps.

À 8 h tapantes Aude se présenta auprès du service hospitalier concerné. Là, un infirmier l’avertit qu'il fallait encore attendre pour en savoir plus sur l’état de santé de Stanislas. Ce n’est qu'une heure et demie plus tard qu'un médecin se tourna vers les deux femmes.

« Il vient de se réveiller ! Naturellement il est fatigué mais il paraît aller bien. Nous surveillons également le traumatisme subit. Je vous autorise à aller le voir cependant faites attention à ne pas le fatiguer davantage.» commenta le médecin avant de tourner les talons.

« Merci !» répondit Aliénor.

Les deux femmes poussèrent la porte de chambre. Aude vit Stanislas étendue sur son lit les yeux ouverts. Au moins était-il toujours éveillé se disait-elle, satisfait de pouvoir lui annoncer qu’elle était là, qu’elle ne l’avait pas laissé tomber. Toutes les deux s’approchèrent pour le saluer.

« Aude, tu es là ! Tu as une mine fatiguée tu sais ! Aliénor Tu vas bien ? » lança Stanislas.

« Regarde plutôt ta tête ! Je n’ai pas beaucoup dormi, figure-toi ! » lui répondit Aude.

« C’est plutôt à toi de nous dire comment tu vas ? » poursuivi Aliénor.

« J'ai un peu mal mais il paraît que c'est normal, ils m'ont donné de quoi la calmer et ça devrait aller ! »

« Et tu as des souvenirs d'hier soir ?» questionna Aude.

« Oui on a passé un super moment ensemble ! Enfin jusqu’à la sortie ! Après je me souviens pas ! J’ai senti quelques choses entrer dans mon corps de façon subite sans savoir quoi ! Je me suis sentie vaciller et j'ai perdu connaissance !»

« Stanislas, tu aurais pu être tué !» prononça Aliénor.

« Tu as raison, parfois la vie se joue à peu de choses ! Et elle peut être courte, surtout si on l’a raté. Alors il faut profiter de passer du temps avec les gens que l'on aime mais aussi leur dire ! Et Aliénor puisque tu es là je voudrais en profiter pour dire quelque chose à Aude !»

Aude s’avança.

« Je le disais la vie es trop courte pour être petite, et Aude, tu est la première à savoir que ma vie, je ne l’ai pas toujours prise en main. Mais il y a un truc dont je suis sur aujourd’hui et je profite de la présence d’Aliénor en témoin, c’est que je veux vivre avec toi et qu'il est temps que je t'épouse !» lança Stanislas en fixant le regard de la jeune femme.

« Tu veux m’épouser ?» demanda Aude totalement surprise et dépassée par toutes les émotions.

« Oui je viens de te le demander et ta meilleure amie peut en témoigner !» désignant Aliénor.

« Aude, tu devrais t'asseoir !» dit Aliénor s'adressant à son amie. « Tu sais Stanislas, elle a souffert cette nuit, elle a passé par beaucoup d’émotions sans dormir un instant.»

« Je comprends !» répondit Stanislas.

Une fois installée sur le siège Aude répondit.

« Stanislas, comme l’a dit Aliénor, je suis passé par beaucoup d’émotions ! Mais le détail qui m'a fait être là c'est mes sentiments envers toi ! Même si je ne m'attendais pas à une telle proposition, je ne peux que dire oui !»

Aliénor enlaça son amie, la félicitant, elle aussi était dans l’émotion pour ces deux personnes qui était un lien fort envers elle.

« Stanislas, tu devrais te reposer ! » lui affirma Aliénor.

« Tu as raison je vais essayer de dormir un peu, mais vous pouvez rester !»

Les deux femmes sortirent un instant dans le couloir pour bavarder entre elles.

« Tu sais je crois qu’il a eu peur de nous perdre, enfin surtout toi ! Il est possible qu’il ait vu de la peur en toi ! Mais il t'aime réellement et je crois qu’il aurait demandé ta main un jour. Tu le mérites.» commenta Aliénor.

« En espérant que ce n’est pas un effet des antidouleurs !» éclata de rire Aude.« Je suis désolé, je suis fatigué, je suis heureuse de sa demande même si je n'en reviens pas ! On retourne dans sa chambre ?»

« Oui essayons de nous reposer un peu !»

Les deux femmes s'installèrent sur un siège et silencieusement se préparaient à piquer un somme réparateur. Le silence de la pièce fut rompu en début d’après-midi, à ce moment une aide-soignante entra et s'adressa à Stanislas.

« Monsieur De Beaubois, votre père est ici pour vous rendre visite !» commenta la personne.

« Mon père ?» s’étonna Stanislas.« Comment sait-t-il que je suis là ? Dites-lui que je souhaite pas le voir !»

«Je ne sais pas comment il a su mais c'est ton père ! Il doit s'inquiéter !» intervint Aude.

« Je n’ai besoin que de toi et Aliénor ! Mon père n'a qu’à repartir voir ses actionnaires et préparer son exil fiscal !» dit fermement Stanislas.

« Si c’est ce que tu veux ! Reposes-toi !»

Aude décida de laisser Aliénor auprès de Stanislas et sorti dans le couloir. Elle voulait parler à Jean De Beaubois directement. Elle connaissait déjà l'homme et cette fois elle n’était plus là dans le rôle d’employée.

« Bonjour, Monsieur De Beaubois. Je suis désolé, j'ai essayé de le convaincre mais il ne veut pas vous voir ! Je veut quand même vous donner de ses nouvelles. Il va plutôt bien, il a échappé au pire. Il est fatigué. J'espère qu'un jour vous arriverez à vous parler !»

« Merci Aude !» visiblement Jean De Beaubois était touché. « veillez sur mon fils, il est inutile que je reste !»

Jean De Beaubois fit demi tour attristé, Aude observa l'homme s’éloigner. C’était un roc totalement déchu par son fils. La jeune femme pensait à quel point cela devait être dur pour cet homme de voir son fils le traiter durement. Bien sûr la réaction de Stanislas était justifiée , car c’est sans doute à cause de son père qu'il était couché sur un lit d'hôpital, mais elle pensait qu’il avait compris depuis quelque temps déjà que la vie n’était pas faite pour haïr, qu'on n'en avait pas le temps. Mais leur relation père-fils avait quelque chose de masculin : on se disait peu les choses et quand on le faisait c'était tranchant.

À la suite de cela, Aude regagna le chevet de Stanislas.

« Tu sais je crois qu’il faudra que tu parles avec ton père ! Je sais que tu n'es pas prêt à le faire dans l'immédiat mais fais le au moins pour toi !» annonça-t-elle.

« Peut-être oui, s’il ne trouve pas un moyen de mettre un intermédiaire entre nous !»

« Je crois qu’il sera heureux que tu lui annonces que son fils fera tout pour réussir sa vie ! Parce que c’est ce qu'un père veut pour son fils et le tien tout spécialement !»

« Tu as sans doute raison et quand viendra le moment j’irai lui parler. Mais quand le moment sera propice. J'irai parce que c’est toi qui me l’as demandé ! Affirma Stanislas.

« Tu connais mon parcours !» intervint Aliénor. « À 20 ans je suis parti de chez moi, je ne voulais plus voir ma famille ! Depuis je ne les ai jamais revu et je ne le souhaite pas ! Bien sûr avant que l’ont se connaissent j’étais dans l’échec total ! mais parfois quand même j'aimerais que mes parents soient fiers de ce que l'on a entrepris ensemble ! Et ton père qui a lui aussi entrepris un jour ne pourrait qu’être satisfait des valeurs laissées à son fils ! Après bien sûr peut-être qu’il n'est pas le père idéal mais il a fait ce qu’il pensait bon mais de toute façon rien n'est écrit !»

« Je sais personne n'est parfait et on ne choisit pas sa famille ! Aliénor pour moi, le fils unique, tu es comme une sœur !»

«c’est justement parce que tu es son seul fils que Jean De Beaubois tient à toi. Et même sans te le dire tu comptes le plus pour lui» conclut Aliénor.

La soirée s’avança et vers dix-neuf heures Stanislas interpellât Aude.

« Aude, tu as veillé sur moi, et j'apprécie beaucoup ta présence. Je crois que vu l'heure tu devrais rentrer te reposer ! Je suis entre de bonnes mains et tu pourras revenir demain !»

« Mais je suis bien avec toi !»

« Il faut que toi aussi tu te reposes ! Rentre avec Aliénor et reviens en forme !»

« Stanislas a raison !» Affirma Aliénor. « Il faut que tu te ménages, on a eu peur mais le pire est derrière si tu veux je reste avec toi !»

« je tiens à toi ! À tes côtés tout est différent !»

« Moi aussi je suis bien avec toi mais il faut vraiment que tu te reposes ! Il ne peut rien m'arriver ici !»

« Alors reposes toi bien toi aussi et compte sur ma présence demain !»

« J'y compte bien ! Passez une bonne soirée toute les deux !»

Ainsi les deux femmes s'en allèrent . Aliénor et Aude arrivèrent à la villa de Stanislas pour passer la soirée entre amies. Aude ne souhaitait pas rester seule dans cette grande maison, aussi avait-elle souhaité la présence d'Aliénor.

« La réaction de Stanislas envers son père était violente, tu ne trouves pas ?» interrogea Aliénor.

« Oui c'est évident mais il faut le comprendre il estimait Jean De Beaubois par-dessus tout et il s'est senti trahi. Je pense quand même que son père est un homme bien. J’espère qu'ils se reparleront un jour !»

Après le dîner, les deux femmes se retrouvèrent au salon. Aude contemplant le fauteuil vide de Stanislas, cela lui faisait bizarre d’être dans cette grande maison qui n’était pas à elle. Mais Stanislas lui avait dit depuis longtemps qu’elle était chez elle ici. Sauf qu’habituellement il était là ! Mais pas ce soir alors heureusement que sa meilleure amie était là.

Le téléphone d'Aude sonna, il était vingt et une heures et quarante cinq minutes. Elle fut surprise d'entendre une sonnerie à cette heure-ci.

« Monsieur De Beaubois a fait un arrêt cardiaque, nous ne sommes pas parvenus à le réanimer. Je suis chargé de vous informer que Stanislas De Beaubois est décédé.» annonça la voix.

Aude à ces mots se pétrifia, l'homme qu'elle aimait venait de la quitter et elle n'avait pu être à ses côtés. Aliénor, elle, vit Aude prendre un visage blanc, comme soudainement malade mais ne sachant pas encore la situation nouvelle.

Stanislas avait décidé de mourir loin d'elle, comme si le fait de s’être en allé en début de soirée avait permis le drame. Aude s'en voudrait à vie de ne pas être restée. Pourquoi n'avait-elle pas insisté ? Au moment où elle avait accepté la demande de mariage de l'amour de sa vie. Au moment où elle était une femme comblée, heureuse de vivre. Au lieu de cela, en une phrase à travers un téléphone, tout venait de s’écrouler.

« Aude, qu'est-ce qu'il y a ?» s'inquiéta Aliénor.

« C'est Stanislas !» Prononça t’-elle avant de verser de chaudes larmes.« Il est mort !»

Aliénor se jeta dans les bras d'Aude, qu'allait-elle ajouter de plus à la situation ? Rien, car les mots était superflu et que de toute façon elle ne les trouvait pas.

Dans l'heure suivante les médias économiques annoncèrent le départ à la retraite subit d'un des plus grands PDG : Jean De Beaubois venait de décider de passer la main à la tête du groupe qu'il avait bâti. Aucune raison n'avait été donnée à ce départ. Seul les spécialistes économiques spéculaient le plan social affectant l'entreprise sans savoir que la raison était toute autre.

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