Souviens-moi

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Le choc avait résonné en elle comme une décharge électrique. Cette voix au téléphone qui lui avait annoncé que l’homme qu’elle aimait avait choisi de mourir loin d’elle. Comme si le fait de s’éloigner en début de soirée avait ouvert les portes au drame de sa vie. Pourtant Stanislas De Beaubois l’avait supplié de rentrer, qu'il ne risquait plus rien dans cette chambre d’hôpital. Elle avait finit par le croire et était rentrée avec sa meilleure amie Aliénor. Elles avaient passé un bon dîner ensemble avant que le téléphone ne retentisse. La voix à l’autre bout avait été direct avec elle. Aude c’était alors pétrifié devant Aliénor qui ne comprenait pas encore ce qu’il venait de ce dire. L’homme qui la rendait heureuse était mort. Celui là même qui, quelques heures auparavant et de manière surprenante, lui avait demandé sa main. De la plus comblée des femmes, elle était maintenant la plus malheureuse. Elle se disait que la vie était ainsi faite : quand d'un coup nous nous élevons, nous finissons par retomber. Et cette chute est souvent douloureuse pour finir plus bas qu’initialement.

Comment allait-elle vivre maintenant ? Elle avait péniblement réussi à annoncer la nouvelle à Aliénor mais en disant cela son esprit s’était brutalement embué : elle ne pouvait y croire. Et pourtant… c’est bien cela qu'elle avait entendu. Lentement ses larmes sortirent de ses yeux rougis, s’écoulant lentement le long de sa joue. Aliénor la fit s'asseoir, les pensées en elle fusaient sans pour autant s’exprimer par la parole. Dans cette maison régnait un silence lourd presque absolue. Cette grande maison maintenant orpheline de son propriétaire. Stanislas, avait été pour elle une personne atypique : d'abord dans leurs relations de travail puis comme celui auquel elle avait choisi de donner sa confiance.

Elle avait peu dormi depuis la soirée cauchemardesque de la veille où, en sortant d'un magnifique dîner, Stanislas avait mystérieusement reçu une balle en pleine poitrine. Un projectile qui était clairement destiné à l'homme. Pourtant ce n'était pas ça qui l'avait tué, en tout cas pas directement. Pourquoi les médecins n'avaient-ils rien vu venir ? Tôt ou tard, il lui faudrait des réponses.

Son corps maintenant, frissonnait, elle se sentait si petite dans une maison si grande, trop grande. En silence, elle se leva et s’en allât dans sa chambre, où plutôt celle de Stanislas, mais depuis quelques temps celle-ci ne faisait qu'un. Elle aurait pu de son chagrin ouvrir une bouteille d'un spiritueux quelconque, mais pas ici. Elle se sentait plus que jamais étrangère en ce lieu. Pourtant Stanislas lui avait toujours dit que désormais elle était chez elle partageant avec plaisir sa villa et son quotidien. Pourquoi lui ? Tant de questions se bousculaient sans trouver de réponses.

Après un long moment de sanglots, elle songea à sa meilleure amie. Elle était toujours présente dans la villa et devait avoir tristement occupé une chambre voisine. Elle aussi était abattue. Aude quitta la chambre et sans même se donner la peine de frapper, entra. Aliénor était assise sur le lit se tenant le visage. Aude s'installa près d'elle et après un court silence intervint.

« Qu'est-ce que l'on va faire sans lui ?»

Aliénor releva la tête et se tourna vers son amie.

« Je sais pas, Aude ! Pas encore !»

« Lui aurait sans doute souhaité que l'on continue tout ce que l'on a fait !»

« Alors on continuera, pour lui, pour nous !»

« Je sais pas si j'en aurais la force ! Je veux pas l'oublier ! Je ne peux pas !»

« Moi aussi je ne sais pas si j'y arriverai mais je sais une chose : nous sommes amies et nous nous épaulerons si l'une ou l’autre en as besoin ! Stanislas vivra à jamais gravé dans nos têtes, son corps n’est plus la physiquement, mais son esprit sera toujours là pour nous accompagner. En te disant cela je n'en doute pas un instant !»

« Est-ce les moments difficiles que tu as traversée qui te rendes si forte ?» demanda Aude.

« Face à la mort, face à la disparition d'un être cher, nous sommes tous faibles. Je dois beaucoup à Stanislas. Peut-être qu'avec ce que j'ai traversée j'ai dû devenir plus combative. Mais sa perte me choque terriblement.»

« Je l'aimais, je l'aimerais toujours ! Merci d’être là !»

« J'ai perdu mon meilleur ami et tu sais que je lui dois tout !je suis triste, très triste, mais dois-je pour autant en oublier ma meilleure amie ?»

« Je te laisse pour ce soir ! Notre dernière nuit ici j'imagine ! La plus terribles ! »

Aude rentra dans sa chambre, et pensivement allongea ses jambes sur le lit. Elle coupa la lumière gardant les yeux ouverts dans le noir. Elle savait qu’elle ne pourrait pas dormir. Son esprit pensait en boucle. Toujours les mêmes idées se formaient.

Absorbée par ses pensées et contrairement à ce qu'elle pensait, vint un moment dans cette longue nuit où son corps épuisé tomba de sommeil. Aude ne s'en rendît pas compte.

De son imaginaire, apparu Stanislas. Elle ne reconnaissait pas le lieu mais son amour perdu était devant ses yeux et s’apprêtait à s’adresser à elle. Son inconscient engagea une conversation :

« Aude, je suis désolé ! Je t’abandonne ! Je t’aime, profondément. Je voulais rester avec toi mais mon corps a lâché ! Tu devras vivre sans moi, ce sera dur au début mais je suis convaincu que tu y arriveras ! »

« Pourquoi tu t’en vas ? Qu'ai-je donc fait ? »

« Rien ! Aude, c'est le cours de la vie et ni toi ni moi ne pouvons le contrôler. Alors tu vas choisir de vivre, de te battre ! Fais-le pour moi !»

« En suis-je capable ? Je ne sais pas, j'ai peur de l'avenir pour l'instant, peur de t'oublier ! »

« Aude, quand tu te sentiras pas bien tu n'auras qu’à te souvenir de moi ! Car pour moi, à présent, c'est ton for intérieur qui me fera vivre. Mais chaque fois que tu riras c’est la vie qui triomphera ! Chaque fois que ton cœur parlera, je te guiderai. Chaque moment de pleurs, je serais là pour sécher tes larmes tout juste sortante de tes yeux. Et chaque fois , sans exception, où tu voudras que je sois dans ta tête, je serai là. Il te reste tant de choses à faire et à vivre !»

Toujours pris dans son rêve, à ses mots des larmes apparurent aux yeux de Stanislas ainsi que les siens.

« Tu me promet de ne pas me quitter ?»

« Oui je te promets d’être là quand tu le voudras ! Mais tu es seule décisionnaire ! C’est à toi qu'il revient de me faire vivre comme bon te semble ! Et pour ce qui est de vivre, Aude, tu n'as pas le choix ! Alors vas-y ! Je t'en supplie !»

Alors, son esprit ressentit le bruit d'une déflagration et une balle de munition se logea vers elle. C'est ainsi que son rêve pris fin, l'impact de la balle brisant immédiatement l'image et laissant place à un écran noir.

Le soleil, déjà haut, baignait aux travers des grandes fenêtres, le thermomètre avoisinait vingt cinq degrés. Aude, désorientée, ouvrât les yeux. Elle avait une impression de gueule de bois, pourtant elle n'avait rien bu ? Puis. Elle se remémora la soirée de la veille. L'espace d'un instant elle se demandât si elle n'avait pas fait un mauvais rêve, elle ne savait plus. Enfin elle réalisa que tout était vrai : Stanislas était mort !

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