Chapitre 37

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En voyant Pascal approcher dans le parc Longchamp, Solène se leva de son banc, ravie de le revoir.

– Donc c’est vrai : tu restes éveillé même à 2h moins le quart du matin, toi, s’amusa-t-elle.

– Quoi ? T’en doutais ?

– Oui, je pensais que tu disais ça pour te la péter. Mais faut croire que je me suis gourée.

– Pour quelqu’un qui sait lire les gens… rit Pascal. Tu faiblis, Solène, tu faiblis.

Elle lui frappa l’épaule et les deux étudiants commencèrent à se promener au milieu de la verdure. Après sa déception avec Tristan, poussée par un besoin de réconfort et son bon souvenir de leur excursion à la basilique, elle l’avait contacté aussitôt rentrée dans son studio.

Pas à Patrice, cette fois.

– Tu serais d’accord pour m’apprendre les quelques bases de portugais que tu connais ? lui demanda-t-elle. Ça m’intéresse et j’ai besoin de me changer les idées.

– Bien sûr ! Mais, par contre, on n’ira pas bien loin, je te préviens. Tu ne sauras que te présenter, dire ce que t’aimes et demander ton chemin. Mon frangin aurait été beaucoup mieux qualifié pour te donner des cours. Et, encore une chose : à l’oreille, ça ressemble pas vraiment à l’espagnol.

Étonnée, Solène prit en compte ces petits avertissements et répéta les éléments lexicaux que le Portugais se mit à lui enseigner. Le cours particulier dura une vingtaine de minutes, au bout desquelles ils arrivèrent à l’autre bout du parc. Solène s’adossa à la barrière qui se dressait devant le promontoire dominant l’étage inférieur du lieu.

– T’as l’air vraiment fatiguée, nota le scientifique. C’est la psycho qui t’épuise autant ? Pourtant, le rythme est encore tranquille au deuxième semestre. C’est à la deuxième année de licence qu’on est censés en baver, normalement.

– Non, tout va bien, en psycho. Au contraire : c’est parfait. C’est même ça qui me sauve, en ce moment, vu ma vie privée.

– À ce point-là ?

Elle hocha la tête. Sans entrer plus que ça dans les détails, elle lui confessa être insatisfaite dans son couple qui battait de l’aile. Et son partenaire n’arrivait pas à lui donner envie de s’investir davantage dans la relation. Elle occulta également toute la partie concernant Nicolas, qui était pourtant la plus importante… mais que le jeune homme n’avait pas besoin de connaître.

– Alors, c’est pour ça que tu m’as contacté, comprit ce dernier. Je suis ton bouche-trou, c’est ça ?

– Non, pas du tout ! Faut pas le prendre comme ça. Disons plutôt que tu es mon bienfaiteur du moment.

– Ça va, je blague ! Mais merci, j’aime être « ton bienfaiteur ». Et ton pote anglais ? Padraeg, je crois… Il est occupé, en ce moment ? Je suis moins bien placé que lui pour te distraire, pourtant, faut dire ce qui est.

Elle haussa les épaules, hésitante.

– On n’est plus trop sur la même longueur d’onde avec Padraeg, ces derniers temps… Il est trop content que je sois avec Tristan et il veut tellement que ça marche entre nous qu’il s’occupe moins de ce que je peux penser. C’est l’impression qu’il me donne, en tout cas…

Pascal opina du chef, pensif, et évoqua ses autres amies, dont Éléonore. Mais elle lui confia ressentir également un conflit avec cette dernière. La voyageuse l’avait assurée de son soutien, mais ne comprenait pas pour autant les tourments dont elle souffrait. Les deux femmes ne se voyaient plus très souvent, depuis décembre. Sans oublier Natasha, que la brune fréquentait de plus en plus souvent, à son détriment.

Compatissant, Pascal la prit délicatement dans ses bras ; la germanophone se blottit contre lui et ferma les yeux. La sensation de ses mains passant sur son dos lui procura une chaleureuse sensation de bien-être. Un peu plus détendue, elle resserra son étreinte. Le baiser qu’il déposa sur sa joue la fit sourire. Le suivant, dans son cou, la fit frémir.

Elle poussa un profond soupir d’aise. C’était le premier moment de tendresse qu’on lui offrait depuis longtemps. Au contraire, elle sentait toujours dans les étreintes de Tristan une trop grosse part d’égoïsme. Il cherchait tellement son bonheur personnel que ça nuisait à leur communication. Ce n’était nullement le cas de l’adolescent, ici.

– Merci, Pascal… murmura-t-elle.

Elle redressa la tête et le regarda dans les yeux. Deux cercles gris nimbés de tendresse ainsi que d’une attirance qu’il ne cachait pas.

Qu’il n’avait jamais cachée.

– Il n’y a pas de quoi, répondit-il. Tu sais que je suis là pour toi.

– Oui, sourit-elle, je sais.

Il commença à s’approcher. De quelques millimètres.

Les yeux de la jeune femme allèrent de ses lèvres à ses iris. Elle ne bougea pas.

Attendit.

Alors que ses paupières se fermaient lentement, ses lèvres, vibrantes, accueillirent celles de Pascal avec une passion qui la surprit. Son cœur bondit et une chaleur délicieuse se répandit dans son corps. La psychologue appuya ses lèvres sur celles de Pascal et se colla un peu plus fort contre lui.

Leur baiser dura quelques secondes. Le jeune homme descendit sur sa joue, son menton. De manière automatique, elle dressa la tête pour lui offrir son cou, qu’il couvrit de baisers tous aussi tendres et ardents. Une démonstration de tendresse qui lui fit céder un long soupir d’extase.

Il lui mordilla même la peau, la faisant sourire, avant de redresser la tête pour la regarder derechef dans les yeux. Envoûtée, Solène récupéra un baiser sur ses lèvres.

– Je me sens bien avec toi… fit-elle.

– Moi aussi. Si tu veux, on peut aller chez moi pour être seuls, tous les deux. On sera plus tranquilles. Qu’est-ce que t’en dis ?

La jeune blonde baissa les yeux sur son torse, pensive. Une partie de son être, extatique, brûlait de le suivre pour prolonger ce moment passionnel.

Une partie seulement…

– J’en ai envie, confessa-t-elle finalement. Mais, je ne me sens pas prête… Désolée… Tu ne m’en veux pas, j’espère ?

– Mais non, t’inquiète pas. Te force pas, si t’as pas envie. Je veux pas te brusquer. Je suis pas un bourrin, plaisanta-t-il.

Solène rit et le remercia. Elle prit soin de lui expliquer qu’il lui apportait beaucoup de positif et qu’elle était sincèrement attachée à lui… mais avait besoin de prendre son temps. Le Portugais n’insista pas.

Sous le charme, la germanophone passa l’après-midi avec lui au parc, avant de le suivre jusqu’au pied de la tour du Fanal.

Regarder la mer en rêvant leur voyage au Brésil. L’une dans les bras de l’autre.

***

Ils y étaient restés tout le reste du temps, sans voir le temps passer ni le soleil tomber sur la mer. La nuit répandait son voile sur le firmament quand les jeunes amants gagnèrent le portail de la résidence.

Cette fois, pas un mot ne fut échangé. Pascal attira Solène à lui et appuya un baiser passionné sur ses lèvres, auquel Solène répondit volontiers. Dans leur passion, leurs lèvres s’ouvrirent pour laisser leurs langues se rencontrer et s’enlacer. La jeune femme, qui se régalait de ses caresses dans son dos, se collait contre lui aussi fort que possible. Puis Pascal interrompit leur baiser et plongea son regard dans le sien.

— Bonne nuit. Ne rêve pas trop de moi.

— T’inquiète…

Elle sourit, lui vola un baiser, se détacha de lui, ouvrit son portail. Au lieu de rejoindre sa résidence, elle se retourna.

— Tu vis où, au fait ? Ça ne va pas te faire loin ?

— Une petite trotte, mais ça va, je survivrai ! rit-il. Allez, rentre, que je puisse m’en aller.

Solène resta immobile quelques secondes, puis vint lui prendre la main.

— Viens chez moi. Tu ne vas quand même pas traverser toute la ville.

— Eh, Solène, t’en fais pas pour moi, vraiment, je peux…

— Chut ! C’est décidé. Tu diras à tes parents que tu dors chez une amie, ce qui est vrai.

Entre couloir et ascenseur, le chemin pour gagner sa chambre dura quelques minutes. Elle le fit entrer dans un petit appartement à peine plus petit que celui de Patrice, mais un peu plus ordonné.

La psychologue s’affaira aussitôt à transformer le canapé en lit, qu’elle lui désigna, avant de se rendre à la cuisine.

— Tu as faim ? demanda-t-elle. Qu’est-ce que tu veux ? J’ai du salé et du sucré, pour commencer…

— Solène, l’interrompit Pascal en la rejoignant, j’ai même pas d’affaires de rechange…

Elle se retourna pour lui faire face, appuyée sur l’évier.

— C’est pas grave. Tu peux garder ça, non ? fit-elle en passant la main sur son pull. Ça te tuera pas.

— Non, certes… mais bon…

Sa voix trembla sur ces derniers mots. Solène prit une inspiration et leva les yeux vers lui pendant que ses mains parcouraient ses hanches.

Il colla son front contre le sien en fermant les yeux. Les mains sur ses épaules, Solène fit de même, la poitrine brûlante.

— Je sais pas, Pascal… chuchota-t-elle. Tristan… je suis avec lui, tu sais…

Sans répondre, l’adolescent pressa ses lèvres contre les siennes. Hésitante, elle apprécia finalement l’instant.

Ce n’est qu’un baiser, après tout, ça ne fera de mal à personne, se rassura-t-elle.

Pendant ce temps, les mains de Pascal couraient sur son corps, faisant peu à peu vaciller sa volonté. Puis il descendit pour passer ses lèvres sur son cou. Envahie d’une chaleur envoûtante, elle se mordit la lèvre inférieure. Alors que sa raison lui enjoignait de repousser Pascal, sa main vint d’elle-même caresser les cheveux de celui-ci, pendant que son autre bras l’enlaçait.

Un baiser dans le cou… mais pas plus.

Alors qu’elle cherchait la force de le repousser, elle sentit ses lèvres remonter doucement vers son visage. À leur arrivée, elle se fit violence et détourna légèrement la tête. Les lèvres tentatrices taquinèrent alors sa joue, caressèrent la commissure des siennes, qui, guidées par une force irrésistible, rejoignirent elles-mêmes leurs semblables. Elle se risqua à frôler les lèvres de Pascal avec les siennes, pensant se limiter à ça…

Juste un dernier…

… avant de faiblir à nouveau.

Pendant ce dernier baiser, leurs langues valsèrent. L’étudiante entoura de ses bras le cou de Pascal pendant qu’il l’asseyait sur l’évier. Il repartit explorer son cou qu’il aimait tant, puis descendit sur sa poitrine, ce qui lui arracha un gémissement plus intense. Elle se cambra en arrière pour la lui offrir.

Avec son aide, le Portugais la débarrassa de son pantalon, puis défit le sien avant de la blottir fermement contre lui.

Puis, alors que leurs regards se connectaient, leurs corps s’unirent. Solène laissa échapper un nouveau gémissement. Ses yeux se fermèrent pour mieux savourer l’instant, pendant que ses mains venaient d’elles-mêmes presser le postérieur de Pascal pour le tirer vers elle.

Mécaniquement, sa tête se renversa et de sa bouche béante sa passion jaillit, plus puissante.

La saccade continua, plus forte, plus sèche. Solène se cambrait, le bras solide de Pascal la maintenait contre lui.

Finalement, dans un dernier effort, les deux amants unirent leur cri de bonheur tout en se serrant l’un contre l’autre, comme dans un fol espoir de s’unir physiquement. Ne faire qu’un.

L’euphorie passée, Solène laissa tomber sa tête sur le torse de Pascal, dans lequel elle sentait son cœur tambouriner furieusement. Un sourire étira ses lèvres pendant que son souffle revenait.

Elle finit par s’éloigner pour le regarder.

— Je suis désolée, tu vas croire des choses après ça… J’ai aimé. Beaucoup. Mais… Je ne peux pas te promettre grand-chose, tu sais…

— T’inquiète pas, je le sais, répondit Pascal en l’embrassant. Je comprends. Je m’en contenterai en t’attendant.

Profond soupir. Le courage lui manquait de lui faire comprendre qu’il devrait l’attendre longtemps. Après une nouvelle inspiration, elle glissa un œil du côté de sa chambre.

— En dédommagement, je t’invite à dormir dans mon lit, finalement. À part si ça te demande un trop gros effort…

— Écoute… puisque je suis là, pourquoi pas ?

Sa boutade la fit rire. Elle descendit de l’évier avec son aide et grimaça en sentant sa peau s’en décoller.

Tous deux se déshabillèrent, tous deux se couchèrent dans son lit. Tous deux enlacés.

Ils s’endormirent comme ça.

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