28 - Le fouet de la vérité

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Résumé des chapitres précédents – 1 à 27 :

Soupçonnant son ex mari Paul de l’avoir agressée, Diana Artz se remémore le comportement étrange de celui-ci. Elle reçoit la visite d’une gendarme qui enquête sur la mort de Nicole Dunham. En l’accompagnant, elle apprend que Nicole était jalouse de Grace Rockwell, laquelle courait après son fiancé et se fournissait en cannabis auprès de Blur. En revanche, Grace n’est pas au courant d’une vidéo dévoilant son homosexualité qu’aurait possédée l’étudiante assassinée. Parallèlement, la doyenne de la fac dit s’être disputée avec Grace pendant la fête. Le gardien confirme avoir vu le scooter de Grace quitter la propriété et la doyenne la suivre dans la nuit. A propos de nuit, Paul rend visite un soir à Diana, et celle-ci, qui ne sait plus où elle en est, se réconcilie charnellement avec lui. Olivia et Diana vont à la grotte où a été retrouvée Nicole. Le corps était disposé en fœtus dans une crevasse tapissée de pétales. Un professeur leur apprend que ce rite était pratiqué par les sociétés de la fin de la préhistoire. Grâce au téléphone de Nicole, Olivia a accès à la fameuse vidéo mettant en scène Grace avec une inconnue. En revanche, ce téléphone n’est donc d’aucun secours pour suivre le parcours de Nicole juste avant sa mort. Le scooter de Grace ne présente pas de trace d’accident.


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Je ne trouvai pas de dérivatif, et je mangeai tout en me plongeant au contraire, via la tablette et Internet, dans l’histoire de Wolverine. Mon ventre pétillait. Dans le jardin, j’aspirais la brise à grands flots, et je sentais au fond de moi comme un appel. Que m’arrivait-il, ces jours-ci ? C’était comme si une main invisible m’avait jeté un sort. Je mis le visage de Paul sur la figure du héros de comics. Je rêvai subrepticement à ses étreintes. Repensant au ton énigmatique d’Emile, je fis une recherche sur Wonder Woman, et je découvris que son créateur avait eu une vie originale, bien que décevante car scabreuse au possible. Inventeur du détecteur de mensonge, le docteur Marston avait en effet vécu un mariage à trois, avec deux concubines elles-mêmes lesbiennes et fort amoureuses. A trois, ils avaient eu quatre enfants, ce qui faisait sept personnes sous le même toit. Amateurs de bondage, de sexe peu commun, de fouet, de fétichisme, refusant la tyrannie des normes conventionnelles, l’une de ces femmes était dominatrice, l’autre soumise, et le docteur Marston, Hyde à sa façon, se situait entre les deux. Une telle existence était-elle enviable ? Le créateur de Wonder Woman devait être par certains moments déchiré, mais c’était sa vérité, ancrée en lui, la vérité profonde de son être. Emile Rateuge avait glissé dans la conversation qu’il valait mieux que Sabine, son ex-femme, ne connût pas toute cette histoire. Elle était trop pure. Il avait sans doute raison. Je ne voulais pas moi-même de cela, mais avais-je le choix ? Wonder Woman cachait bien son jeu, la jolie. Elle se dévergondait pour le bien de l’humanité, notre héroïne, bisexuelle et féministe comme ça l’arrangeait, mensongère faiseuse de vérité, reine des apparences, et, selon son créateur qui ne manquait pas de toupet, tout cela au nom de l’obéissance aux lois. Ô Paix, que d’hypocrisie on commet en ton nom ! Que ce fut à propos du sexe ou de la politique, certains militaient bien pour la servitude volontaire. Etais-je comme le docteur Marston, l’inventeur de Wonder Woman ? Mon être allait-il se révéler aussi ambigu dans cette histoire où le cas de Paul ressurgissait de façon si inattendue. L’espèce de joie indicible et nerveuse, incontrôlable de l’autre soir, dans le vrai chemin du plaisir, l’appelais-je encore au fond de moi ? Paul avait été mon mari, cela me donnait-il le droit de tout me permettre ? Beaucoup de femmes le pensaient, en tous cas, avec leur propre mari. Je songeais à Wonder Woman qui ne craignait pas d’aller jusqu’à l’os, jusqu’à la franchise avec elle-même, avec ses amis, ses ennemis. Elle était une exploratrice de la psyché hors-pair. Je fermais les yeux. J’étais à genoux, en lordose, et Paul était tout à moi, et moi tout à lui. J’entrevoyais comme une lumière dans ma tête : la flamme de notre amour passé.

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