Se préparer, c'est déjà réussir (2)

5 minutes de lecture

 L’air s’est rafraîchi et il fait déjà nuit. Une a une, les filles du club sortent et me remarquent. Elle me prennent pour un voyeur et me lâchent des regards de dégoût. Comme par hasard, il a fallu que Nakashima soit la dernière à sortir… Lorsqu’elle quitte enfin la salle, en prenant bien garde à la fermer à clé derrière elle, elle sursaute en me remarquant.

  • OUAH !! Tu m’as fait peur ! On dirait un fantôme !
  • Je vais prendre ça comme un compliment…

Ses cheveux sont attachés en queue de cheval. Mais leur couleur rose n’est plus, ils sont maintenant châtain.

  • T’as l’air plus naturelle qu’avant sans ta teinture…
  • C’est censé être un compliment ? Idiot ! Bon, tu veux quoi ?
  • J’ai un truc à te demander.
  • Quoi ? Ne me dis pas que c’est une déclaration d’amour…
  • Et puis quoi encore, ne prends pas tes rêves pour une réalité.
  • Mes rêves ?! Qui voudrait sortir avec un gars comme toi ?!
  • Bref, j’ai autre chose à faire que de discuter, tu sais ou est Yuki ?
  • Euh… Elle doit être dans sa chambre, pourquoi ?
  • Tu peux l’appeler et lui dire de venir ? J’ai un truc à vous demander à toutes les deux.
  • Euh… Oui, je vais juste rendre la clé dans la salle des profs et je l’appelle.
  • Merci.

Elle s’exécute donc. Après l’avoir convaincue en lui promettant de lui payer le dîner, Fuyuno est finalement venue nous rejoindre dans un petit parc de la Cité Étudiante. Elle affiche une mine fatiguée et des cernes, mais ce n’est pas nouveau : elle est comme ça depuis la rentrée. Je leur explique tout en leur faisant promettre de ne rien dire pour ne pas laisser fuiter d’information. Elles restent longtemps perplexes quant à ma demande mais elles acceptent finalement, car elle me sont toutes les deux redevables : Nakashima a revu son grand-père, et Fuyuno n’a pas eu à révéler sa peur du noir grâce à moi.

  • D’accord, on veut bien t’aider, mais à une condition ! lance Nakshima.
  • Laquelle ?
  • Tu viens dîner avec nous !
  • Hein ? Pourquoi je ferais ça ?
  • Il y aura Kuroshiro, et je suis timide… explique-t-elle en rougissant.
  • Alors n’y va pas.
  • Mais je l’ai invité !
  • Alors réfléchis avant d’inviter quelqu’un…
  • Bref, dans tous les cas t’as pas le choix, tu viens !
  • Ouais, ouais…

Nous sommes donc allés dans un restaurant familial de la Cité. Kuroshiro a eu l’air content de nous voir. Pendant tout le repas, les deux tourtereaux n’ont fait que parler sans s’arrêter, ce qui n'a pas manqué de me donner un mal de crâne horrible. Cependant, le sourire de Kuroshiro n’en était pas un vrai. Je ne sais pas ce qu’il pensait vraiment intérieurement, mais en tout cas il n’était pas réellement joyeux, j'ai pu le déceler dans ses yeux. Après un repas copieux, nous sommes retournés dans nos chambres en nous promettant de nous retrouver le lendemain au gymnase.


***


 Il ne reste plus que deux jours avant le festival. Les répétitions se déroulent à peu près comme celles d’hier. Koe-chan a l’air satisfaite de ses danseuses. Comme je l’avais prévu, Fuyuno sait vraiment presque tout faire, et Nakashima a déjà fait de la danse dans sa jeunesse. Le pianiste, lui, a toujours du mal, mais il fait de son mieux.

 La veille du festival arrive et tout le monde est presque prêt. Jusqu’ici, les chansons étaient répétées séparément et de manière fragmentées. Aujourd’hui, en fin de journée, nous procédons à une simulation réelle du concert, mais sans microphone, pour éviter qu’un lycéen passant par là nous entende. Je suis là en tant que juge. J’ai un carnet à la main et je dois noter tous les points d’amélioration à apporter. Le pseudo-concert commence. Koe-chan chante merveilleusement bien, et les deux danseuses s’en sortent sans difficulté. Cependant, le pianiste est lent et fait trop de fausses notes. Il n'arrive toujours pas à suivre le rythme des autres. Des gouttes de sueur sont visibles sur son front et il affiche un regard désespéré. Lorsque la représentation est terminée, on me demande mon avis.

  • Toi, là, le pianiste, tu as déjà touché à un piano dans ta vie ? accusé-je.
  • Arrête, le pauvre, ce n’est pas de sa faute ! le défend Nakashima.

Le « pianiste » se lève et, tout en continuant à regarder timidement le sol, il serre les dents.

  • Euh… En fait, les membres du Comité qui étaient chargés de me recruter ont fait ça à la va-vite… Je n’ai jamais fait de piano… Moi mon domaine c’est le xylophone !
  • Il y a un club de xylophone au lycée…. Paye ton club minable… pensé-je à voix haute.
  • Pourquoi tu ne nous as rien dit ?! s’agace Hinokuni.
  • Eh bien… Je ne voulais pas vous ralentir encore plus…
  • Les Deuxièmes Années, quelle bande d’enfoirés… pensé-je une nouvelle fois à voix haute.

En plus de ne rien faire pendant la réunion, ils font mal le peu de travail qu’on leur donne…Quoi qu'il en soit, j'en viens à prendre une décision.

  • Bon… d’accord, tu peux partir d’ici, monsieur le xylophoniste...
  • Quoi ?! s’exclame Koe-chan, et on va faire comment alors ?
  • Il va pas nous servir à grand-chose de toute façon…

Le musicien accepte sans broncher.

  • D-D’accord, désolé…

Lorsqu’il passe à côté de moi, je pose ma main sur mon épaule, puis, sans le regarder, je lui adresse quelques mots.

  • T’inquiète pas, personne ne t’en veut, ici, c’est pas de ta faute.
  • D’accord, merci…

Il quitte donc la salle en nous souhaitant bon courage. Hinokuni me regarde avec un sourire narquois.

  • Hmm... ? T’es étonnamment aimable…
  • Ferme-la, lui il l’a mérité, il a fait de son mieux.
  • Mais comment on fait, du coup ? s’interroge Nakashima.
  • On a pas le choix, réponds-je, je vais le faire.
  • Hein ?! T’as déjà fait du piano ?!
  • Oui, quand j’étais jeune, bref, on s’en fiche, donnez moi juste les partitions et on s’arrête là.
  • Mais… On ne répète pas ? s’inquiète la chanteuse.
  • Ne t’inquiète pas, j’ai mémorisé ton rythme, je saurais m’adapter, j’ai juste à lire les partitions ce soir et ce sera bon pour demain. Vaut mieux qu'on s'arrête là pour être en forme demain.
  • Je vois, alors c’est bon, conclut Fuyuno.
  • Oui ! On te laisse faire ! ajoute Nakashima.
  • Mais… Vous ne vous inquiétez pas ?! s’étonne Koe-chan.
  • Tu verras, il fait des miracles, lui chuchote Nakashima.

C’est ainsi que nous sommes tous rentrés pour nous reposer. Demain sera probablement une journée difficile, et nous avons besoin d’énergie. Comme prévu, je lis et je mémorise les partitions. Elle sont simples et la musique est lente. Après une analyse profonde des notes et du rythme, c'est le cerveau exténué que je rejoins mon (seul) ami le lit.

Annotations

Vous aimez lire Yamatori Kei ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0