Embuscade

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 Le lendemain matin, au réveil, une douce odeur flotte dans la chambre. Sur ma table de chevet trône un petit déjeuner. Aleksandra est assise sur une chaise en souriant, elle me prends la main et me fait signe de déguster mon repas.

 Ensuite, nous devions partir en direction de Toula et nous rendre à Moskva. Ian s'arrêterait sans doute vers la frontière la plus occidentale de la Russie pour se trouver une nouvelle vie, ce que j'espérais pour lui. De notre côté, nous allions encore continuer à traverser l'Europe, ou ce qu'il en reste, pour nous rendre aux frontières d'Europa et nous faire inscrire aux tests d'aptitudes... Et si nous échouions, notre voyage serait vain.

  Je mange avec plaisir le petit déjeuner de ma soeur en appréciant son intention. Ensuite, nous préparions nos bagages. Nos armes aussi, non pas sans se rendre dans une armurerie pour nous approvisionner en munitions, puis dans une épicerie pour nous prendre des rations. Nous devions à nouveau prendre un bus, nous amenant à notre prochaine destination. Il est à peine midi quand ce dernier arrive en laissant descendre plusieurs personnes. Nous présentâmes tous trois nos tickets pour Toula au chauffeur.

 Pendant plusieurs jours, nous avons traversés la Russie du Sud jusqu'au Nord, jusque Moskva, capitale de notre pays depuis bien longtemps. Elle devait être bien plus belle avant, autre chose que cette ville de tours de béton gris qui tiennent à peine debout. Pourtant, elle se reconstruit encore, plus d'un siècle après la fin de la guerre. Ça prends du temps que de rebatir une nation, un monde... il y a de nouveaux quartiers, neufs et modernes, mais chers. Les gens comme ma soeur et moi n'avions pas de quoi nous payer ne serait-ce que cinq minutes d'une chambre d'hôtel dans ces quartiers. De toute façon, nous n'étions pas là pour ça, nous étions là pour trouver un passeur. Et ils ne se trouvent pas dans les quartiers modernes, mais dans ceux qui sont insalubres.

  • Nous devons vraiment passer par les tours Lina ?
  • Les passeurs ne se trouvent pas dans les quartiers neufs, fis-je sans détourner le regard de la rue délabrée face à nous. Ian prit la parole.
  • Je n'ai pas d'argent pour les passeurs moi, je pense que je vais m'arrêter ici et chercher à travailler dans la nouvelle ville.

 J'allais répondre à Ian en lui souhaitant bonne chance, je ne pouvais pas payer les passeurs pour lui. Mais avant que je ne puisse ouvrir la bouche, une détonation se fit entendre. Ian écarquilla les yeux un bref instant, avant de tomber au sol face à moi, bouche bée. Il avait une balle dans la tête... Des bandits. Je pris ma soeur par la taille pour la faire bouger dans une petite ruelle à notre droite, dans la rue nous étions exposées au tirs. Je pouvais entendre les bandits hurler des ordres aux un et aux autres... Attrapez-les, tuez-les ! Sans trembler, je donne une arme à Aleksandra en lui faisant signe de la tête. Elle sait ce qu'elle va devoir faire. Je me place sur l'angle de la ruelle pour surveiller la progression de nos attaquants, pendant ce temps elle couvre nos arrières. Elle vérifie aussi qu'il n'y est personne au-dessus de nous, par les fenêtres. Quelle galère, à peine arrivées et déjà piégées par des crapules avec presque aucune chance de nous en sortir tant ils étaient nombreux, et bien plus expérimentés.

  • Lina, si on ne s'en sort pas je veux que tu saches que tu as été la meilleure soeur que j'ai pu avoir.
  • Merci Alek', mais je t'ai promis que nous arriverons à Europa, alors tu ne vas pas me sortir les grands adieux maintenant s'il te plaît !

 La meilleure soeur du monde. Mais comment tenir une telle promesse... et comment tenir celle de mon père, de la protéger ? Alors que je ne suis pas capable de le faire pour moi-même J'aurais du voir venir cette attaque, c'était trop tranquille. Une rue comme ça, même dans une ville morte, est toujours un minimum active. Prise dans mes pensées, je ne fis pas attention à l'homme qui courait vers notre couverture. Surprise lorsqu'il fit face à moi, je n'eu pas le temps de réagir avant de recevoir un coup de crosse. Aleksandra se chargea de lui en se retournant. Ce bref instant où elle ne surveillait plus nos arrières fut de trop, car deux bandits se ruèrent vers elle. Mais avant même qu'ils ne puissent faire du mal à ma soeur, ils tombèrent au sol criblès de balles, baignant dans le sang. Levant les yeux quelques instants, je vis un autre homme donner des ordres... Massacrez-moi ces rats les gars, allez allez on se bouge ! Je m'effondre, assomée, épuisée.


*** 

 Où me suis-je réveillée ? Une chambre vide, un simple matelas sur le sol. Et l'homme de tout à l'heure qui se tient debout en regardant par la fenêtre.

  • Qui êtes-vous ?
  • Oh, fit l'homme en se retournant, vous allez mieux ?
  • Qui êtes vous... répété-je alors.
  • Je m'appelle Lev. Mes gars et moi-même vous avons sauvées de quelques uns de ces chiens de voleurs. Et de violeurs quand il s'agit de femmes.
  • Où est ma soeur ?

 Il me fixe un instant avant de reprendre la parole.

  • Elle va bien ne t'en fais pas. Vous n'êtes pas d'ici, vous voyagez ?
  • Je veux la voir, fis-je séchemment, sans répondre à sa question trop curieuse.
  • Bien, fit-il en soupirant. Lève toi et viens avec moi.

 Je m'exécute et lui emboîte le pas en le suivant dans un dédale de couloir et d'escaliers. Je me trouve certainement dans une de ces tours de l'ancien monde, encore debouts malgré le temps qui passe. Il ne parle pas du trajet, se contentant de saluer ici et là quelques autres personnes armées, des gardes. Nous arrivons finalement devant une porte. L'homme se tourne vers moi en me faisant un petit signe de la tête, et m'invite à passer devant lui pour entrer. Je refuse, je préfère qu'il passe devant... On ne sait jamais, ça pourrait être un piège. Il fait une grimace de dépit mais je ne m'en préoccupe pas, ma survie est plus importante que son opinion.

 Dans la pièce aménagée comme un salon, je trouve ma soeur discutant avec une femme. En me voyant, elle pousse un petit cri de joie et vient se jetter dans mes bras. Elle tourne alors la tête vers la personne avec qui elle discutait en m'expliquant qu'il s'agit de celle qui s'est occupée de moi. Cette dernière prend alors la parole.

  • Quand Lev vous a trouvées, tu étais assommée avec une salle blessure sur le visage, alors je me suis occupée de toi, tu vois ? Lev va vous expliquer ça plus en détail, il est mieux placé que moi pour ça ! elle souriat en regardant l'homme qui m'a accompagné jusqu'ici.
  • Da, merci Syuzanna. Nous sommes tous moscovites, on gère la vieille ville parce que les flics ne s'en occupe plus. Alors on fait en sorte de protéger les oubliés d'ici, ou les gens de passages, contre ces étrangers de bandits qui viennent de temps en temps s'installer. D'ailleurs, ils font bien chier pour notre commerce très lucratif.
  • Et c'est quoi votre "commerce très lucratif" Lev ? fis-je méfiante.
  • Eh bien ma petite dame, si je vous ai demandé si vous étiez de voyage c'est bien parce qu'il se trouve que nous sommes aussi des passeurs.
  • Des passeurs ?! m'exclamé-je interloquée. Sérieusement, vous êtes des passeurs ? Vous prenez combien pour le voyage vers Europa ?
  • On fait passer 140 000 roubles pour vous deux. On vous amène jusqu'à la frontière d'Europa en vous protégeant des bandits, si jamais nous ne tenons pas notre part du contrat nous remboursons la totalité de la somme à qui vous souhaitez...
  • Vous le ferez réellement ? Je n'ai pas confiance en l'honnêteté des passeurs si vous voulez...
  • Ah ah, me coupa-t-il, nous ne sommes pas des bandits ma chère. Nous avons tout de même de l'honneur !
  • De l'honneur ouai... dis-je doucement sans conviction, avant de reprendre. Marché conclu alors ?
  • Marché conclu, jeune fille !

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