Horus

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 La sonnerie de mon appartement me coupe dans mes affaires administratives de Dictatrice, c’est Horus qui est déjà là, elle est à l’entrée de l’immeuble. Je lui permets d’entrer et je laisse la porte de l’appartement ouvert, je profite des quelques instants pour qu’elle monte en ascenseur pour ranger quelques affaires qui traînent et mon ordinateur.

 Je termine juste à temps qu’elle se présente au palier de mon appartement, je l’invite à entrer. Quelle ne fut pas mon choc de la voir dans sa tenue de civile et non pas dans son armure de Faucheuse ou en uniforme de Légionnaire : un simple mais joli pull blanc crème, un pantalon slim bordeaux et des petites bottines noires.

  • Salut Horus, tu vas bien ?
  • Je vais bien, et toi Dictatrice ?
  • Oh laissons de côté les titres, appelle moi Lina. Je vais bien, mais assez débordée.
  • Je constate ça. Tu dois avoir autant de travail que moi !
  • Désolée de t’envoyer en mission aussi souvent…
  • Je suis là pour servir Europa, sourit-elle.
  • Enfin, viens, on va aller se poser sur le canapé du salon.

 Horus me suit dans le salon, elle semble apprécier la vue sur la ville et la mer. Elle s’assoit pendant que je lui fais comprendre que je vais chercher à manger : de quoi grignoter, quelques chips, des pistaches et à boire. On ne peut pas dire que je suis une grande cuisinière.

 Nous passons la soirée à discuter de diverses choses, notamment sur l’actualité politique avec comme sujet milice anti-Europa. On ne peut pas dire qu’Horus est infidèle tant elle semble avoir la haine à leur encontre.

  • Sojusz, ce nom ignoble. Vivement qu’on soit débarrassés d’eux !
  • Ils étaient déjà là avant mon arrivée ?
  • Ils sont là depuis un petit moment, régulièrement nous avions des « frondes » contre Europa mais jamais aussi souvent et aussi intenses.
  • Ils ont assassiné Lucien, ils ont enlevé ma sœur, ils ont tué des Europans…
  • Nous vengerons les morts, et nous libérerons les otages. Nous attendons tous tes ordres, les Europans sont fidèles Lina.

 En effet, les Europans sont fidèles, d’aucun n’a réellement remis en cause les décisions du Conseil ces derniers temps. La majorité supporte, et les autres restent silencieux : ils ne soutiennent pas ou n’ont aucun avis.

 Mais las de parler de choses détestables, je préfère changer de sujet pour en venir à quelque chose de plus relationnel : elle. Qui est réellement Horus ? C’est la question à laquelle je souhaite en venir avec cette soirée. Qui se cache derrière l’armure…

 Quand je la vois ainsi, sans l’armure, sans le casque, sans les armes, dans une tenue plus commune qu’elle ne doit pas avoir l’habitude de porter, je ne suis que plus émerveillée par elle.

  • Désolée d’être indiscrète, mais je ne sais pas grand-chose sur toi… à part tes caractéristiques militaires je veux dire.
  • Eh bien… Pas grand-chose, comme j’ai été créée comme arme, je n’ai connu que l’armée.
  • Je trouve ça tellement triste… Tu entretiens une bonne relation avec les autres ?
  • Oui, les Légionnaires sont soudés. Et surtout avec Astronaut et Redsky ! Rigole-t-elle.
  • Tant mieux, c’est important d’être amis. Alors, cette mission, comment ça s’est passé ?

 Alors qu’Horus me fait le récit de la mission pour récupérer les données, je me surprends à la dévorer du regard. Etrange comme je souris, en la regardant. Elle me raconte tout ça d’une telle façon… Elle le vit, elle le vit réellement, je le vois dans ses yeux, à sa façon de parler, à sa gestuelle. Elle me fait un peu penser à ma sœur d’un côté, une personne pleine de vie malgré les difficultés qu’elle rencontre.

 Je n’oublie pas qu’Horus a été créé comme une arme, une tueuse. Et pourtant elle n’en a tellement pas l’air. Mais sous ses airs de femmes innocentes, de gentillesse et de tendresse qui se dégage d’une si rayonnante personne, il y a des mains couvertes de sang. Et je ne peux pas la juger pour ça, je n’ose plus regarder mes mains depuis bien longtemps.

  • Désolée de te couper dans ton récit Horus… Mais quel est ton vrai nom ?
  • Oh... Eh bien à ma « naissance » on m’a nommée Alexane en l’honneur de la mère de Lucien.
  • C’est joli. J’aime beaucoup ! Pourquoi les Légionnaires ont-ils des noms de code ?
  • La Légion est une armée secrète, tu le sais. Peu de personnes à Europa n’ont conscience de son existence si ce n’est le Conseil.
  • Oui mais le Conseil change, comment être sûr qu’il n’y ait aucune fuite ?
  • Je crois qu’on efface la mémoire des Conseillés qui sortent. En fait, je ne suis même pas sûre que tout le monde au Conseil connaisse la Légion.
  • C’est tout de même incroyable, au cœur même d’Europa.
  • Mais la Légion n’est pas indépendante entièrement.

La hiérarchie est très nette dans le cas de la Légion : chaque spécialité, comme les Assassins, possèdent des soldats et des rangs, comme les Faucheurs en tête de classement. Ceux tout en haut dirigent ceux d’en dessous. Le Consul dirige l’ensemble de la Légion, sous les ordres du Conseillés des Armées, donc Evans, qui lui est sous mes ordres. Simple, net et clair, j’apprécie.

 Apparemment il semblerait que les Légionnaires puissent avoir quartier libre de temps à autre, mais bien évidemment personne ne peut connaître leur réelle identité en dehors de la base, même pas les militaires conventionnels d’Europa. Horus m’apprends donc qu’en cas de contrôle, ou pour s’identifier quelque part comme lorsqu’il s’agit de payer ils utilisent une fausse identité générée par le Réseau. Pour elle, il s’agit de Hope, Elite Diplômée Informaticienne. La Légion a ses secrets bien gardés, de son existence jusque l’identité de ses membres, qui, même entre eux, ne se connaissent pas réellement, un Légionnaire n’a théoriquement pas le droit de divulguer son identité sans risquer ou de passer en Loi martial Légionnaire. Le cas d’Horus est un peu différent, les personnes à l’origine de sa création, moi, Astronaut et Redsky, sommes tous au courant de sa réelle identité. Cela reste un cercle limité, aucun civil ne connaît Horus.

 Ces secrets sont d’autant plus vrais pour les Faucheurs. Nous sommes presque vus comme une « légende », même au sein de la Légion, les gens ont une vague conscience de notre présence, mais qui ne dépasserait pas celle d’une « création », d’une « fabulation »… C’est en c’est termes qu’Horus décrit les Faucheurs.

 De toute évidence, je suis contente d’en savoir un peu plus sur elle qui est tellement passionnante… et elle semble en même temps si triste. Ce n’est pas une vie qu’elle a, que d’être née pour tuer. Elle mérite bien mieux, mais sans ça elle n’existerait tout simplement pas. Les sourires n’effacent pas ce que l’on cache au fond du regard.

 « Le silence on installe mais nos larmes en disent long ». Ce sont les paroles d’une ancienne musique que j’adore écouter chaque soir où je repense à l’attentat, à l’absence de ma sœur, à la mort de Lucien… et à mes parents, qui sont maintenant si loin de moi.

 Je regarde Horus, dehors le soleil se couche laissant apparaître un ciel d’or. J’adore cette vue, d’ici, d’où mon immeuble est construit, autrefois dit « Massif de la Clape ». C’est de la magie, la plus belle magie qu’il soit. Je me souviens encore des couchers de soleil sur les canaux de la ville, ils m’émerveillaient déjà quand j’étais petite… mais la ville n’est que béton et ruine à Astrakhan, ici il y a encore tellement de nature malgré la présence de La Capitale.

  • Tu aimes ça toi aussi n’est-ce pas ?
  • Tu veux parler du coucher de soleil, oui, c’est beau.
  • Dommage que tu te sois faite nommer Horus et non pas Râ, je pourrais dire que tu illumines ma soirée.
  • Faut que tu revois tes phrases de drague, Lina, plaisante-t-elle.
  • Je… Je ne drague pas d’abord ! Je faisais juste une remarque sur ton nom de code…
  • Ce n’est rien. Je ne suis peut-être pas née de façon « naturelle », je suis peut-être une arme, mais je peux ressentir des choses. Oui, le coucher de soleil est magnifique et j’apprécie ça autant que toi.
  • Que tu es était créée pour être une tueuse m’importe peu, tu es ce que tu es. Redsky et Astronaut semblent t’apprécier n’est-ce pas ?
  • En effet, nous sommes de véritables frères et sœur d’armes.
  • Je t’apprécie aussi, tu es une Europanne avant toute chose ! Et une amie.

 A ces mots, Horus me regarde droit dans les yeux. Je suis légèrement désemparée à la façon dont elle me dévisage, et puis son sourire. Sans que je ne m’y attendre, elle me prend dans ses bras. A ce moment, je sens mon estomac se nouer et mon cœur battre, comme ce que je ressentais la première fois que je me suis rendue dans les bras de Lucien. Mais dans ce moment intense, dans les bras d'Horus, émerveillée par le paysage, j'oublie le reste, et ne me concentre plus que sur ce soleil qui disparaît au loin... Il disparaît pour illuminer l’Amérique et plonge dans l’obscurité Europa.

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