41 . Exigences

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J’ai peu dormi. Une partie un peu paranoïaque de ma personnalité m’a suggéré que Clémence et Philippe pouvaient avoir monté tout un stratagème pour me piéger et me faire licencier. Sauf que pour cela, encore aurait-il fallu qu’ils sachent que je pouvais les voir à travers le mur. Et puis me rendre compte que mon cœur est ficelé avec du barbelé à celui de Giulia, c’est douloureux. Malgré le ciel bleu et les paysages verts, la vie en Ille-et-Vilaine n’est pas plus douce qu’en région Parisienne. Trop de choses me manquent. Ma copine, un vrai lit, le close-combat et ne rien faire de la journée.

Dix-huit heures, ponctuelle comme devrait l’être toute comptable, Clémence passe la porte, ses cheveux châtains coupés à mi-nuque cachant ses joues. Elle verrouille sans que je lui demande, et ne dis mot. Cet état de soumission factice déclenche instinctivement une montée d’hormones inverse chez moi. Adossée à mon bureau, je me sens à l’aise, puissante, comme une lionne.

— Veux-tu que je te rende tes affaires et qu’on en reste là ?

— C’est ce que vous voulez ?

— La question, c’est ce que tu veux toi.

— Que vous me donniez mon gage.

Je l’observe. Ma tête éprouve de la curiosité l’amusement, mon corps veut la découvrir et la conquérir, mais mon cœur appartient à Giulia. Il reste mon moteur le plus puissant et il serait incapable de supporter l’idée de déclencher la colère de mon amante. Je décide de poursuivre le jeu, juste quelques secondes. D’abord pour comprendre.

— Dis-moi ce que tu ressens, à l’instant présent.

— Je ne sais pas l’expliquer.

— Essaie.

Sans me regarder une seule fois dans les yeux, elle se lance dans la confidence :

— Je… Je me sens frémissante. Parce que je ne sais pas ce que vous allez me demander, et ça fait battre mon cœur plus fort. C’est encore plus fort qu’avec un homme parce que je sais tout ce qu’ils veulent au final. Vous, vous m’impressionnez. Je vous trouve à la fois belle et terrifiante.

Sa voix termine sur des notes presque chevrotantes de timidité, alors que professionnellement, nous nous étions toujours tenues à une courtoisie assez frigide. Elle a toujours eu, un matin sur deux, un air pincé, comme si elle désapprouvait de me dire bonjour et le lendemain un sourire amical. Sa personnalité placide et lunatique révèle une troisième facette assez séduisante. Qu'elle me trouve belle me plaît, et juste regarder, ce n’est pas tromper.

— D’accord, je vais te donner ton gage.

Un faible mouvement d’épaule traduit un soulagement, puis ensuite son cœur s’accélère d’impatience. Je souris :

— Est-ce que tu portes une culotte ?

— Non, Madame.

— Approche, et dépose ta jupe ici.

Clémence s’approche de moi, puis dévoile ses longues jambes. Après qu’elle ait soigneusement pliée son vêtement, je lui mime le déboutonnage pour qu’elle ôte son chemisier. Elle dévoile un ventre magnifique, sportif, dont les reliefs musclés étirent son nombril. Son mont imberbe me donne envie de ne plus être spectatrice. Mais finalement, si elle aime la soumission, est-ce la punir que de lui donner la réplique ? J’imagine Giulia me lancer des yeux furieux, alors je décide d’arrêter le jeu ici. Je lui murmure à regret :

— Tu es très belle, mais je suis ta supérieure et ce serait malsain. Remets-la.

Je lui tends sa culotte. Elle la renfile, puis sans bouger, me dit :

— Je comprends.

Elle referme son chemisier, puis passe ses jambes dans sa jupe. Sentant la bulle de déception s’étendre autour d’elle, j’ajoute :

— Je ne sais pas si te donner un gage serait réellement te punir. Je ne veux plus ce genre de scène ambiguë dans ce labo. C’est clair ?

— Oui Madame.

— Bonne journée Clémence.

— Vous aussi.

Elle quitte le bureau. Une part de moi est déçue de ne pas m’être aventurée dans le rôle de dominatrice. Une autre est allégée, consciente que ça aurait mis ma carrière sur un fil rouge.

Je lance Skype et aussitôt Giulia m’appelle :

— Salut Sexy Monster.

— Salut ma belle Italienne.

— T’as fini de bosser ?

— Je viens de renvoyer la comptable.

— Vous avez parlé de dépenses et de bénéfices, rassure-moi.

— Ça a été très dur pour moi, mais je lui ai juste redonné sa culotte.

— Pourquoi c’est dur ? Elle est jolie ?

— Elle est normale. Mais elle a des abdominaux plus musclés que moi. Beaucoup de cross-fit, je pense.

— Je suis curieuse. Et comment tu as vu ces abdominaux ?

— Et bien. Je vais être honnête. Je l’ai fait enlever sa jupe et son chemisier pour quelle soit plus à l’aise pour remettre sa culotte.

— T’es pas possible !

— Je n’ai pas touché. J’ai ma tête, mon corps et mon cœur qu’ont discuté. Mon cœur est arrivé au débat avec un t-shirt sur lequel il y avait ta photo. Mon corps avec un petit panneau sur lequel il était écrit liberté. Ma tête est venue avec le code du travail, a rappelé quelques règles, a arbitré, et est arrivé à un consensus.

— Je pensais que vous n’étiez que deux dans ta tête, mais visiblement, ce n’est pas cas.

— Non, il y a le triumvirat et puis tous les sénateurs qui votent. Ils sont au moins trois cent.

— Vivement ce week-end que je m’occupe de toi, parce que je sens que tu vas vriller.

— Ça a déjà commencé, ne tarde pas trop.

— À samedi mon beau Monstre.

— À samedi, mon cœur.

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