Chapitre 21 - SACHA

6 minutes de lecture

le 2/03/2022,  écrit avec des vibes d’été comme t’en as jamais vu <3

Comme une forte envie de tuer Allen pour être si près d’Alexy.
En deux semaines, j’ai eu le temps de comprendre, au prix de beaucoup de fausses pistes et de réflexion, que la cause de ses réactions extrêmes est la proximité d’un homme. Inexplicablement, elle ne supporte pas qu’on s’approche trop d’elle, ce qui est exactement le cas d’Allen en ce moment.
Et j’ai envie de l’empoigner par les vêtements et le propulser à une bonne trentaine de mètres d’elle, car je suis le seul à avoir le droit de la faire souffrir. Ses humeurs et ses émotions m’appartiennent, c’est à moi de décider si elle se sent bien ou mal. Or, pour l’instant, si elle ne sourit pas, elle est clairement détendue, et je veux qu’il en soit ainsi jusqu’à ce que je vienne tout ruiner.
Ma mission n’a pas beaucoup avancé depuis tout ce temps, car Allen reste très mystérieux, autant avec moi qu’avec Alexy, et nous ne nous dirigeons toujours pas vers une quelconque base de l’Organisation. Je suis un peu frustré, bien sûr, surtout à cause de la réaction de Mr. Carren quand il apprendra mon manque de progrès, mais détruire l’Organisation n’est dans mes projets que parce que cela peut faire connaître l’enfer à Alexy. Autrement, je ne vis absolument pas dans ce seul but, comme Willer ou presque tous les soldats de la DFAO.
Je n’ai pas eu beaucoup de difficultés à profiter pleinement de mon expérience ici, loin du complexe étouffant, des écrans, de mes insupportables collègues, ou de la pression exercée par mon père, autant d’ailleurs que de la présence d’Alexy à quelques pas de moi à toute heure de la journée, ce qui me laisse le champ libre pour faire d’elle ce que je veux.
Me livrer autant à elle par contre, ça, ce n’était pas dans mes projets, mais quand elle me regarde avec ses yeux orageux, je me dis que plus elle pensera m’avoir dans ses filets, plus elle aura mal quand elle se rendra compte de ma manipulation. Et puis, aussi improbable que cela puisse paraître, mes demi-confidences me soulagent un peu, bien qu’elles ne concernent rien de vraiment important dans ma vie. J’aurais trop peur que cela ne ravive ses souvenirs, ou bien sûr que les capitaines en apprennent trop sur moi, d’où l’importance des demi-confidences uniquement. Cependant, malgré leur caractère superficiel, j’ai l’impression qu’elles lui en disent plus sur moi que n’importe qui, et pour le jeune homme qui ne s’est jamais confié à quiconque, j’ai peur qu’elle ne devienne rapidement la personne qui me connaît le mieux.
Mr. Carren possède avec moi un type de relation bien différent, non basée sur le mensonge, mais sur une honnêteté totale, un véritable attachement et un goût équivalent pour le pouvoir. C’est lui qui m’a poussé à voir au-delà de ma haine pour Alexy, et commencer à convoiter une vengeance sur mon géniteur, bien que cet objectif soit un peu relégué au second plan ces derniers temps. Mais il n’a pas autant d’informations personnelles sur moi qu’Alexy, pas autant de détails sur des petites parties de moi insignifiantes que personne n’a jamais pris la peine d’explorer.
Si seulement je pouvais désactiver nos micros le temps de ces conversations, pour ne plus ressentir la gêne de savoir que six personnes que je ne porte pas dans mon cœur écoutent chaque mot que nous prononçons. Et cela vaut autant pour moi que pour elle, car comme pour Allen, je supporte à peine qu’un autre que moi puisse collecter autant de pouvoir sur elle. Je veux être le seul, le seul à planter mes griffes dans son cœur, et que surtout personne ne prenne jamais ma place dans cette histoire.
Mon regard croise celui d’Alexy, et porte une main à mon œil aveugle pour me rappeler toute ma haine, car lorsqu’elle pose ses yeux sur moi, ce n’est plus du dégoût qui me submerge. Et cela me fait peur.
- Merci, sourit-elle enfin, et je pourrais croire que c’est sincère si je ne connaissais pas si bien sa nature perfide.
Elle est vicieuse.
Méchante.
Elle aime faire souffrir les autres.
Mais seule cette dernière affirmation m’apparaît comme juste, et les autres plus comme un mantra que je me répète pour me raccrocher à quelque chose qui ne m’apparaît même pas concrètement.
Je réponds à son sourire d’une manière bien trop facile à mon goût, avant de croiser mes bras sur ma poitrine pour empêcher mes mains de se balader là où elle pourrait en tirer des déductions. Je connais maintenant la puissance de ces-dernières, et elle m’a révélé nombre de conclusions qu’elle a tirées sur Allen qui font beaucoup trop sens pour qu’elle puisse se tromper. Dans ces moments, je ne peux m’empêcher d’admirer son talent, avant de me rappeler qu’il ne vaut rien par rapport à mes aptitudes. Vraiment ?
Comme je suis arrivé, Allen s’écarte enfin d’Alexy, comme s’il avait inconsciemment compris que je me maîtrise à peine lorsqu’il fait cela. Encore une fois, je m’étonne qu’il n’ait pas compris le problème de son ancienne amie, alors qu’il est supposé la connaître sur le bout des doigts, mais cela me procure une profonde satisfaction d’occuper une place plus importante dans la vie d’Alexy que lui, qui la connaît peut-être depuis sa naissance.
- J’imagine que je ne peux pas essayer aussi, grimacé-je.
Bien que me sentant beaucoup plus proche de mes stratégies élaborées que de la force brute, j’aime parfois le sentiment de puissance que confère une arme au creux de la paume. Mais cette remarque n’a pas pour but de froisser Allen, et il l’a parfaitement compris : au fil des jours, j’ai réussi à transformer son aversion pour moi, qui reste présente sous la surface, en de la dérision et du sarcasme qui améliorent sensiblement nos relations. Je lui montre ainsi en apparence que j’accepte sa méfiance, et il comprend qu’elle ne me gêne pas outre mesure, que je ne lui en tient pas rigueur. Et même si parfois, comme il y a quelques secondes à peine, j’ai une forte envie de l’étrangler, j’ai appris à apprécier sa rigueur militaire qui ressemble tant à mon entraînement. Peut-être l’Organisation et la DFAO ont-elles plus de points communs….
Cette pensée prend fin avant même que je n’aie fini de la formuler, comme bloquée par un mécanisme de défense. Je ne pousse pas l’expérience plus loin, préférant me concentrer sur la conversation.
- Effectivement, parce que tu devais rester au campement pour le surveiller, riposte Allen, avec une pointe de sérieux dans ses paroles.
Je connais la règle, ne jamais laisser nos affaires sans surveillance, mais quand j’ai entendu les coups de feu, la tentation, de même qu’un pressentiment, m’ont poussé à venir voir ce qui se passait. Et j’ai bien fait.
Alexy, sur laquelle je reporte à nouveau ma concentration, passe d’ailleurs le pistolet à sa ceinture dans un geste tout à fait naturel.
- De toute manière, nous avons terminé, Allen. Autant rentrer tous ensemble.
Je suis automatiquement sur mes gardes devant l’accent ténébreux de sa voix. Certaines facettes de sa personnalité me font un peu peur, je dois l’avouer, comme la férocité dont elle a fait preuve à côté du cour d’eau, le premier jour. Même si je préfère ne pas repenser à son corps…
- Qui te dit que j’avais terminé ? la contre-t-il.
Elle lui lance un sourire narquois, qui éclaircit mon humeur en même temps que la sienne, tandis que les ombres qui l’enveloppaient s’envolent.
- Ton échec croissant, peut-être ?
Cette pique est tellement typique d’Alexy lorsqu’elle daigne retrouver un peu d’énergie que j’aurais pu prévoir qu’elle allait le dire mot pour mot. Incroyable la connaissance qu’on acquiert d’une personne quand on passe ses journées, et parfois même aussi ses nuits, avec elle.
C’est au tour d’Allen se perdre sa bonne humeur, ce qui me donne envie de lever les yeux au ciel. Jamais doué pour les relations sociales, et je ne le deviendrai sûrement pas aujourd’hui. Les divagations m’horripilent.
- A vrai dire…
A peu près arrivée à mon niveau, Alexy se retourne immédiatement pour lui faire face ; nous connaissons tous deux parfaitement ce ton-là. Le ton du soldat, comme nous l’avons appelé, et je glisse un coup d’œil complice dans sa direction.
- J’ai une nouvelle à vous annoncer, puisque nous sommes tous ici. J’ai pris une décision.
Mon cœur ralentit, puis repart à toute allure.
J’appréciais peut-être un peu cette tranquillité, mais enfin de l’action en prévision ? Je manque de sourire de bonheur.
- Nous allons enfin mettre fin à cette errance.
- Et vers où se dirige-t-on, chef ? demande Alexy, m’ôtant les mots de la bouche.
Elle aussi semble revigorée, complètement vivante et alerte à nouveau.
- Paris, bien sûr.

Annotations

Vous aimez lire diye99 ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0