Chapitre IV

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 Kourman courait aussi vite qu’il le pouvait dans ce dédale de couloirs. Il finit par s’arrêter, perdu, devant une cage bien plus haute que les autres. L’obscurité l’empêchait de voir ce qu’elle contenait. C’est à peine s’il arrivait à percevoir les barreaux d’acier. Il dut s’y agripper et les longer pour constater l’évidence : une impasse.

 « J’ai merdé, dit-il en déposant la femme évanouie au sol. Désolé, beauté. J’ai besoin de tissu. »

 Il s’accroupit pour déchirer le jupon de la demoiselle.

 « J’ai survécu à bien pire. Je ne vais pas crever maintenant ! J’ai affronté des milliers de soldats à moi tout seul. Crois-moi, il faut être sacrément…

  — … Abruti », termina Lantam.

 Il s’approcha du guerrier et de la belle d’un pas nonchalant, une bougie à la main. En réponse, Kourman se releva et dégaina sa dague.

 « Ne sois pas idiot, s’amusa l’inhumain. Tu es peut-être fort, mais tu es faible face à moi. Remets-moi la femme et je te laisserai la vie sauve.

 — Le Lantam que je connais est quelqu’un de fier et de bon. Tu n’es pas lui ! Qu’en as-tu fait ?!

 — Je n’ai jamais connu d’humain avec pareille détermination. Il serait devenu un héros si je ne l’avais pas dévoré ! Allez, sois un garçon intelligent et remets-moi cette femme. Je dois retrouver ma femelle. »

 Le vétéran lui adressa un geste obscène.

 « C’est marrant, ça ! J’ai toujours été trop bête pour être intelligent ! Allez, ramènes-toi petite fiente de moineau ! Je vais te faire gémir comme ta donzelle lorsqu’ils lui ont…

 — Assez ! » s’emporta le démon dont la face se tordit de colère.

 Kourman bomba le torse et frappa sa poitrine du poing. Derrière lui, réveillée par l’agitation, se redressait l’immense Amanaë dont la chevelure noire tombait en longue cascade.

 « Tu vas mourir de la main du Serpent Colossal ! beugla un Kourman rempli de fierté.

 — Une lania… souffla l’autre, horrifié, en apercevant Amanaë.

 — Je suis un humain, espèce d’idiot-bête ! »

 L’instinct primitif de Lantam lui dictait qu’il lui fallait fuir au plus vite cette créature. Seulement, quelque chose l’en empêchait. L’angoisse qu’il ressentait se faisait submerger par la fascination qu’il éprouvait face à cette perfection incarnée. Il en oubliait son objectif. Elle ferait une femelle parfaite ! se dit-il. Mais, ce n’était pas lui que la lania regardait ; non, ces grands yeux noirs brillaient d’intensité devant la bravoure de Kourman. Cet idiot ? Cet humain incapable de réfléchir ?! La jalousie s’empara de son cœur et guida ses gestes.

 Il prit une profonde inspiration, se pencha en avant et relâcha un hurlement à en faire couiner de terreur les créatures avoisinantes. Cependant, Kourman ne se laissa pas intimider. Il poussa un rugissement à faire frémir ciel et terre, comme le cor annonciateur d’une calamité. Ils tombèrent à genoux. La vue trouble. L’esprit confus. Le vétéran jeta un œil par-dessus son épaule. Amanaë empoignait les barreaux. Un sourire extatique sur le visage.

 Son cri tonitruant les avait ébranlés. Kourman plus que Lantam. Il parvint, cependant, à se reprendre juste à temps pour voir fondre sur lui le visage liquéfié de ce dernier. Il sauta de côté pour esquiver la griffe qui lui était destinée, prit appui sur sa jambe et se propulsa sur le flanc du démon, mais celui-ci le repoussa contre la cage d’Amanaë. Le dos contre les barreaux, il les saisit de toutes ses forces, remonta ses genoux jusqu’à son cou et asséna un violent coup des talons dans le buste de l’inhumain avant qu’il ne lui plante ses crocs dans la gorge.

 Devant cette gueule monstrueuse qui se formait progressivement à mesure que le combat avançait, il en vint à comprendre qu’il ne parviendrait jamais à tuer cette chose avec une simple dague. Il lui fallait un gros poisson pour détourner son attention et lui permettre de s’échapper. Ainsi, il raffermit sa prise sur son arme et tenta de l’utiliser pour briser le verrou qui maintenait Amanaë enfermée.

 Lantam, devant la grossièreté de la scène retrouva sa lucidité. Il comprit que s’il le laissait faire, la lania les tuerait, lui et sa femelle.

 « Ne fais pas ça ! rugit-il en se jetant sur l’imbécile.

 — Tu veux une femelle ? beugla l’autre. Bah, prends-toi celle-là ! »

 Malheureusement, il apprit à ses dépens qu’il ne pouvait pas forcer un cadenas aussi facilement. Il fut projeté au loin par Lantam. Après quelques roulés-boulés douloureux sur les flancs ; à la pauvre lueur de la bougie renversée, il vit le morceau de métal chuter et s’écraser lourdement au sol. Il était pourtant certain d’avoir échoué ! Un grincement sinistre suivit.

 Et la porte s’ouvrit.

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