Chapitre 52

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Saissac, dix ans plus tôt

Le samedi matin, Mélodie se leva plus tard qu’à son habitude. Malgré un somnifère, elle avait mal dormi. La soirée précédente s’était terminée de façon brutale, les trois hommes avaient sodomisé successivement chacune des femmes. Cornélius n’avait pas essayé de calmer le jeu, laissant ses invités se défouler comme des animaux en rut. Lorsqu’ils s’étaient écroulés, ivres d’alcool et de sexe, Amélie était au bord des larmes et Solange avait le visage marqué. Mélodie alla s’écrouler sur son lit après avoir passé un long moment sous la douche et appliqué une pommade cicatrisante sur ses muqueuses distendues. Elle était accoutumée à ce genre d’exercice, qui lui donnaient généralement du plaisir, et ses muscles avaient acquis l’élasticité requise, mais là, la répétition des assauts avait vaincu sa résistance.

Il était onze heures quand elle se présenta dans la cuisine du château pour prendre un café.

— Où étais-tu, demanda Solange, Cornélius était furieux. Henri a raccompagné nos trois « amis » à Toulouse, et ils voulaient te revoir avant de partir.

— J’ai pris un médicament pour dormir. Ils m’ont complétement détruite cette nuit.

— Oui, on a pris cher. J’ai du consoler cette pauvre Amélie. Elle a dormi avec moi. Ce matin, ça allait mieux.

— Où est Cornélius ? demanda Mélodie.

— Je ne sais pas, il est parti en même temps que Henri, avec ma voiture. Il a dit qu’il rentrerait tard ce soir.

— Je vais retourner m’allonger alors, je ne me sens pas bien.

— C’est vrai que tu es toute blanche. Tu as besoin de quelque chose ? Tu veux que j’appelle un médecin ?

— C’est gentil, mais je crois que ça ira, je suis juste crevée.

En début d’après-midi, Solange frappa à la porte de la chambre, et comme à son habitude, entra sans attendre de réponse. Mélodie se redressa en entendant son amie entrer.

— Tu te sens mieux ?

— En ce moment, oui, mais j’ai parfois des nausées, j’ai vomi deux fois.

— Tu as de la fièvre ?

— Je ne crois pas, non.

Solange posa la main sur le front de son amie.

— Non, en effet. Tu ne vas pas passer toute la journée au lit. Viens prendre un peu l’air. Il fait très beau. Tiens, je sais ce que l’on va faire, on va descendre prendre un thé à Saissac, et on passera à la pharmacie demander un remède.

— Si tu veux, mais tu vas conduire ma voiture. Ce sera plus prudent.

Assises à la terrasse du petit café, les deux femmes bavardaient gaiement tout en regardant au loin les sommets des Pyrénées qui se détachaient sur le ciel bleu. Soudain Mélodie se leva précipitamment pour aller aux toilettes. Elle revint quelques minutes plus tard, encore plus pale que le matin.

— Viens, allons à la pharmacie, ordonna Solange.

Lorsqu’elles entrèrent dans l’officine, il n’y avait aucun client. Une femme les accueillit avec bienveillance. Elle portait une barrette mentionnant son statut de Pharmacien.

— Bonjour Mesdames, que puis-je faire pour vous ?

— Mon amie ne se sent pas très bien, expliqua Solange. Elle a des nausées et elle a vomi plusieurs fois depuis ce matin.

— Est-ce qu’elle pourrait avoir mangé un aliment périmé ou quelque chose de ce genre ?

— Je ne pense pas, nous étions plusieurs à diner hier soir et personne d’autre n’a été malade.

— Me permettez-vous de poser une question délicate ? mais nous sommes entre femmes. Depuis combien de temps n’avez-vous pas eu vos règles ?

— Je ne sais pas, répondit Mélodie, je prends un contraceptif régulièrement, alors je ne les remarque plus.

— Vous êtes certaine de ne pas avoir pu l’oublier ?

— Vous voulez dire que je pourrais… bredouilla Mélodie.

— Le plus sûr serait de vérifier, il n’y en a que pour quelques minutes, rassura la praticienne. Tenez, je vous donne ce test, vous trouverez des toilettes juste derrière, à côté de mon bureau. Vous pouvez l’accompagner, si vous voulez, dit-elle à Solange.

Dix minutes plus tard, les deux femmes étaient de retour.

— Je crois que vous aviez raison, dit Mélodie.

De retour au château, Mélodie fit une confidence à son amie.

— Je ne peux plus continuer ainsi. Les hommes que Cornélius amène ici sont de plus en plus durs avec nous, comme ceux d’hier. J’aimais les soirées libertines du Busca et même les premiers séminaires ici, mais nous sommes devenues ses esclaves, des esclaves sexuelles. Tu n’es pas d’accord avec moi ?

— Je n’ai personne d’autre que Cornélius. Je n’ai plus de logement, je travaille pour lui. Que pourrais-je faire d’autre à mon âge ? Je ne veux pas finir sur le trottoir à Matabiau. Toi tu es encore jeune, tu es belle et intelligente, tu peux refaire ta vie avec un homme qui saura te rendre heureuse.

— Et ce bébé ? Que vais-je en faire ?

— Qui est le père ?

— Ça ne peut être que Cornélius. Je ne veux pas de cet enfant, c’est l’enfant du démon.

— Il faut attendre le retour de Cornélius et parler avec lui. Il comprendra ta situation.

— Si tu le dis ! conclut Mélodie.

La nuit était tombée depuis longtemps lorsque Cornélius rentra au domaine. Solange l’attendait en regardant la télé dans le petit salon, seule. Henri était occupé ailleurs et Mélodie avait regagné sa chambre. Amélie, pour sa part, avait dit qu’elle allait voir des amis « en ville » et qu’elle ne rentrerait pas, puisqu’il n’y avait rien d’autre de prévu pour le week-end.

— Où est Mélodie ? demanda Cornélius en arrivant.

— Dans sa chambre, elle n’était pas très bien aujourd’hui.

— Je m’en fous, va la chercher, j’ai besoin d’elle.

— À cette heure-ci, elle doit dormir. Tu ne peux pas attendre demain ?

— Tu ne m’as pas compris ? cria Cornélius. Ramène-la-moi, tout de suite.

Un quart d’heure plus tard, Solange était de retour, accompagnée de Mélodie ensommeillée, habillée à la hâte d’un vieux T-shirt et d’un pantalon de jogging.

— Va te préparer, nous partons dans une demi-heure.

— Mais, pour aller où ? demanda la jeune femme.

— Selim Harimi d’accord pour signer les contrats demain, mais il veut te voir cette nuit. Tu vas m’accompagner.

— Je ne peux pas, je suis malade.

— Qu’est-ce que c’est que cette histoire. Le temps presse, dépêche-toi.

— Je ne veux plus, Cornélius, c’est fini. Je suis enceinte.

— Quoi ? rugit l’homme, qu’est-ce que tu racontes. Enceinte ? Et de qui ?

— De toi Cornélius.

— Comment sais-tu que c’est de moi ? Tu baises avec tellement d’hommes.

— Tes amis n’ont que le droit de me prendre par le cul. C’est toi qui a fixé la règle. Toi seul me pénètres par devant. Ce n’est pas avec Solange que j’ai pu être enceinte. Il n’y a que toi.

Mélodie reçut une formidable gifle. Solange dut la rattraper pour éviter qu’elle ne tombe.

— Cornélius, tu es devenu fou ? s’écria Solange.

— Tais-toi et aide-la à se préparer. Vous allez venir toutes les deux. Henri va nous conduire. Tu remplaceras Mélodie si elle ne tient pas le coup. Il est hors de question de mécontenter Selim. Ce contrat est vital pour moi. On reparlera de tout ça demain, mais en attendant, j’exige une obéissance absolue.

Il était près de minuit quand Henri prit le volant de la BMW. Solange était assise à la place du passager, à l’avant, Cornélius et Mélodie à l’arrière.

— Tu sais où sont les radars, alors mets la gomme. Je n’ai pas acheté une voiture avec un moteur de trois cents chevaux pour rouler à quatre-vingt dix.

À l’extrémité d’une ligne droite, à proximité de Saint-Papoul, un camion arrivait en sens inverse, pleins phares. Henri donna un coup de volant à droite pour l’éviter. Déséquilibrée, la voiture quitta la route à pleine vitesse pour percuter un arbre sur le bas-côté.

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