Chapitre 40

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Toulouse & Gif-sur-Yvette

Ange n’avait pas passé beaucoup de temps dans son appartement depuis quelques jours. Il décida de rentrer tôt et d’effectuer quelques tâches domestiques. Il espérait le retour de Julie pour le week-end à venir et ne voulait pas se retrouver à tout ranger à la dernière minute. Il avait choisi un petit appartement confortable, au dernier étage d’un immeuble ancien, à la limite du quartier Campans-Caffarelli, proche du métro et de l’hypercentre tout en restant rapidement accessible à pied depuis l’hôtel de police. Cette disposition lui permettait la plupart des soirs de ne pas avoir à rechercher un parking à proximité de chez lui. Après avoir acheté de quoi remplir son frigo de célibataire, à savoir des plats cuisinés pour une personne, des surgelés et un peu de vin, il s’était attaqué au tri du linge sale et à la lessive, avant de passer un rapide coup d’aspirateur. Satisfait du résultat, il décida de s’offrir un verre de whisky sur sa petite terrasse.

Le moment était favorable pour appeler Philippe, et le tenir informé de l’histoire de la nonne violée. Son ami décrocha rapidement.

— Alors vieux frère, comment vas-tu ? As-tu progressé depuis dimanche dernier ?

Ange fit un rapide résumé de ce qu’ils avaient découvert durant les derniers jours, la visite au château dans la montagne, les éléments collectés sur l’histoire de Mélodie, le rôle central de Charles Van Den Brouck et pour finir, le tragique accident.

— Sur ce dernier point, j’aurai peut-être besoin des compétences du Dr Watson.

— Avec plaisir, que faudra-t-il faire ?

— As-tu déjà réalisé des expertises médicales judiciaires ?

— Oui, ça m’est arrivé quelques fois, pour éclairer la Cour lors de procès liés à des traumatismes causés par des accidents de la route et aussi une fois pour « évaluer » le travail d’un confrère ayant quelque peu raté une intervention. Ce n’est pas ce que je préfère dans la médecine. C’est juste un cran au-dessus de la médecine légale mais de très peu.

— Si je te fais nommer comme expert sur l’affaire Mélodie, tu aurais accès à ses dossiers médicaux ?

— Oui, sans problème.

— Ça pourrait nous faire gagner beaucoup de temps et épargner pas mal de tracasseries administratives.

— Tu crois que le procureur acceptera sans explication ?

— Je pense oui, elle était à ton mariage. Claire Vila-Lobes, une amie de Brigitte. Elles ont étudié le droit ensemble.

— Si tu le dis, je ne me souviens pas de toutes les amies de Brigitte. Seulement celles que j’ai revues ensuite.

— Tu l’as forcément remarquée, une très belle femme, d’allure andalouse. Julie s’en est souvenue elle aussi. Elle est maintenant mariée, à un militaire, elle est substitut à Castres.

— Pas terrible comme plan de carrière !

— Elle a suivi son mari, ça ne facilite par les promotions.

— Brigitte est à côté de moi. Je vais mettre le haut-parleur. Claire Vila-Lobes, tu dis ?

— Oui, ou un nom approchant, c’est Julie qui me l’a donné. Moi, je ne connais que Claire Parayre.

— Claire Villa-Lobos, corrigea une fois féminine un peu lointaine, comme le musicien, mais lui était brésilien. C’était une très bonne amie, mais nous nous sommes un peu perdues de vue. Comment l’as-tu retrouvée ?

— Elle est au parquet de Castres. C’est elle qui dirige l’enquête sur la nonne violée. Philippe a du t’en parler.

— Bien sûr, d’ailleurs, si cette pauvre femme a besoin d’un bon avocat, tu peux lui donner mon numéro.

— Je te reconnais bien. Nous n’en sommes pas là, elle n’a pas déposé de plainte d’ailleurs.

— C’est bien qu’elle est mal conseillée.

— Philippe t’expliquera que sa communauté ne souhaite pas attirer l’attention des médias.

— J’espère convaincre Claire de confier une expertise à Philippe. Vous pourriez peut-être venir nous rendre visite à cette occasion. Julie devrait être à Toulouse pour quelques jours et je pourrais l'inviter pour un diner.

— Oh, oh, tu ne sais pas à quoi tu t’engages, reprit Brigitte. La soirée pourrait bien dégénérer et si tes collègues découvrent le flic, la proc, l’avocate, la journaliste mélangés tous ensemble le médecin ne suffira pas à recoller les morceaux. Claire est une gourmande. Elle a toujours aimé les expériences nouvelles.

— Je sais, j’ai déjà subi ses assauts à deux reprises. Je dois reconnaitre qu’elle a de solides arguments.

— J’avoue que pendant une période de nos études, nous avons été très intimes, c’était juste avant que je ne me mette en coloc avec Julie, mais ce qui est sympa, c’est qu’elle n’a jamais demandé d’exclusivité. Elle-même multipliait les conquêtes, aussi bien chez les filles que les garçons. Je serais très heureuse de la revoir.

— C’est parfait, je l’appellerai demain. À propos, comment s’est terminé ton dernier procès ?

— Je suis très satisfaite. Toutes les preuves matérielles accablaient ma cliente, elle n’a pas cherché à nier les faits, mais j’ai joué sur la personnalité détestable du mari. Les pédophiles sont rarement bien vus par les jurés. Je crois qu’ils ont considéré que cette pauvre femme avait sans doute préservé quelques jeunes enfants des folies de ce prédateur. Ils l’ont condamnée au minimum prévu par le code pénal. Compte-tenu de ce qu’elle a déjà fait en préventive et des remises de peine, elle devrait être libre dans deux ou trois ans. Elle va consacrer ce temps à écrire un livre. C’était une bonne cause.

— Je suis heureux pour toi. Philippe, je te tiens au courant pour l’expertise. Je vous souhaite une bonne soirée.

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