Saint-Louis, le mardi 18 août 2020

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Léa n’eut pas le temps de sonner à la porte de Aurélie que, déjà, celle-ci lui ouvrait. Elle laissa tomber son sac pour la serrer très fort contre elle. Elle ne put retenir ses sanglots. Elle sentit la discrète caresse d’Aurélie dans ses cheveux.

— Là, là, ça va aller, doucement, viens, entrons.

Elle prit le sac de Léa et l’accompagna par la taille jusqu’au salon. Elle la poussa calmement dans le canapé.

— Bon, je crois qu’un remontant sera le bienvenu, non ?

Léa se ressaisit, elle se sentait un peu mieux, rassurée aussi. Elle vit Aurélie revenir avec deux verres de vodka.

— C’est pas trop fort, au milieu de la nuit ?

Aurélie sourit.

— Trop fort ? dans ton état ! Mais tu t’es vu ? Tu es une loque, ma pauvre fille. Dans quel état il t’a mise !

Elle se posa à côté d’elle et lui prit les mains.

— Bon, tu peux me raconter ? Parce que quand tu m’as appelée tout à l’heure c’était plus que confus. Je n’ai compris qu’une chose au milieu des pleurs, c’est que tu voulais te foutre ne l’air.

Toutes ses angoisses et sa terreur remontèrent brusquement. Elle finit son verre et prit une profonde inspiration.

— Il devait venir manger ce soir. Ça a été au début, mais, très vite, il s’est montré agressif, méprisant, m’accusant des pires défauts. Je me suis sentie humiliée, mais encore plus que d’habitude. Je suis restée tétanisée, sidérée. Il s’en est aperçu. Alors d’un coup, il a changé de ton, il a été attentionné, doux. Il m’a complimenté sur des conneries.

Elle sentait la colère monter.

— J’étais encore plus déboussolée.

Elle tendit son verre à Aurélie qui alla tout de suite la resservir. La suite la tétanisait, elle ne savait pas si elle allait pouvoir la raconter même à Aurélie. Elle vida cul sec le verre devant le visage inquiet de son amie qui la prit par les épaules.

— Tu vas pouvoir continuer ?

Elle prit, de nouveau, une profonde inspiration.

— Il m’a entraînée vers la chambre. Sur le coup, j’étais tétanisée, je me suis laissée faire.

Elle s’arrêta un instant.

— Je pense que ça l’a encouragé… j’aurais pas dû…

Elle vit ses doigts blanchir sur le verre qu’elle serrait compulsivement. Elle renifla et son courage revint. Il fallait se laver de cette histoire. Pour ça, elle devait s’en débarrasser, la jeter, loin.

— Arrivés dans la chambre, il m’a déshabillée, j’ai commencé à me débattre, alors il est devenu plus agressif, m’a jetée sur le lit et s’est couché sur moi. Je me suis débattue, disais non, mais…. Il l’a fait.

Elle était au bout, impossible de dire un mot de plus. Elle fondit en larmes dans les bras de son amie. Elles restèrent enlacées de longues minutes. Aurélie lui tendit un mouchoir en papier.

— Je me suis soudain sentie sale, moins que rien, une merde quoi… il m’avait jetée, sans aucun regard. Alors je crois que c’est là que j’ai pensé à… en finir.

Elle éclata en sanglot.

— J’étais tellement désespérée.

— Mon Dieu, murmure Aurélie en la serrant contre elle.

— Et puis, heureusement, j’ai eu ce reflexe de t’appeler. Ta voix m’a ramenée à la vie.

— J’ai eu peur quand je t’ai entendu, vraiment, et je crois même que j’avais devinée ce que tu t’apprêtais à faire.

— Du coup, je me suis ressaisie et il y avait une évidence, je devais partir, et… voilà.

Elle se mit face à Aurélie.

— Tu sais, c’était comme-ci… comme-ci je me réveillais d’un cauchemar. Et maintenant, je me demande comment j’ai pu…

Son amie la coupa.

— Comment t’as pu aimer un tel connard ? Tu sais, c’est vraiment la question que nous nous sommes posés tous, après ce repas.

Elle s’approcha et lui prit les épaules.

— Je pense qu’au départ, il était prévenant, je t’accorde qu’il avait tout ce qu’il faut pour séduire, et je te connais bien, tu ne demandes que ça de tomber amoureuse, hein ?

Touchée ! Elle savait bien comment elle avait pu se laisser embarquer dans cette histoire. Elle vit son amie la fixer droit dans les yeux avec un air grave.

— Je pense que ton gars, c’était qu’un sale con de pervers et tu semblais ne pas t’en rendre compte. De toute façon, avec Charly, on était prêt à venir régler ça.

Cette révélation la toucha.

— Ah oui, vraiment ?

— Oui, affirma Aurélie. Je sais qu’il était bien bâti ce connard, mais pour toi, on l’aurait fait.

Un vague d’émotion la submergea et elle l’enserra tout contre elle. Aurélie la repoussa doucement.

— Ouais ! mais tu me promets de ne pas recommencer ? Bon, n’en parlons plus, qu’est-ce que tu vas faire maintenant ?

Elle avait eu peu de temps pour réfléchir à la question.

— Bon, déjà, je lui ai laissé un message pour lui dire que je ne voulais plus le revoir. Et j’ai bloqué son numéro. Il a pas les clefs, mais il est capable de venir taper à a la porte jusqu’à ce que j’ouvre. Pour le moment hors de question d’y retourner.

— Et bien voilà un bon début. Le sevrage à l’air réussi, finit Aurélie avec un grand sourire. Bon, je suppose que tu veux que je t’héberge bien sûr, pas de problème.

— Un peu oui, mais il faut que je me mette au vert. Je dois prendre du recul, m’isoler pour récupérer.

— Et tu veux aller où ?

— Oh bien tu sais avec ces restrictions de déplacement on ne peut pas aller loin, alors je vais tout simplement aller à Durlinsbach. C’est le village de mon enfance, un retour aux sources, finalement.

Cette remarque la fit sourire elle-même. Elle n’était vraiment pas sûre de ses motivations, mais cet endroit lui était venu en tête spontanément, alors elle avait décidé de suivre son instinct. De toute façon, elle ressentait surtout un désir de s’isoler, se cocooner et d’oublier. Donc un lieu isolé lui semblait l’idéal.

— OK, mais quand, alors ?

— Eh bien, demain je vais appeler ma patronne, elle rentre à la fin du mois. Pour l’instant, on est deux au magasin, donc je dois rester. Je vais lui demander de pouvoir prendre mes congés dès qu’elle rentre, de huit à dix jours. Je ne pense pas qu’elle va refuser, même si ça grince un peu, elle est plutôt cool. Et puis, merde, je ne me suis pas beaucoup absentée ces derniers temps, alors…

— Mais tu vas où, dans ton bled, à l’hôtel, non ?

— Si je me souviens bien, il y a un gite là-bas, un vieux moulin restauré et c’est la mairie qui s’en occupe. Je vais téléphoner demain. Je pense qu’il existe toujours. Et je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de touristes en ce moment. Tu ne vas pas m’avoir sur le dos trop longtemps.

Aurélie la regarda l’air rieur.

— Bon s’est vrai que finalement, faut pas aller forcément loin pour trouver l’exotisme, le Sundgau, c’est l’aventure, finit-elle en éclatant de rire.

— Moque-toi ! non, c’est très bien ; c’est un très vieux moulin au bord de la petite rivière. C’est très sympa. De toute façon, vous viendrez ?

— Sans doute. Pas tout de suite, car je crois que Charly a prévu quelque chose au tout début septembre, mais oui, bien sûr qu’on viendra voir comment tu as guéri !

Elle prit son sac.

— Bon, en attendant, il faut t’installer. Mon lit est assez grand pour deux. Charly vient pour le week-end, donc là ce sera canapé. Allez hop !

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