Chapitre 20 : Ami ou ennemi

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Une fois de plus, Arch et Seysus se trouvaient en route en direction du siège de la Liste Noire. Ils progressèrent rapidement afin d’éviter un piège ou une embuscade du ravisseur. Arch restait sur ses gardes, il avait déployé un bouclier spirituel, semblable à celui utilisé lors de la traversée de l’océan de Bovrag, dans le but de camoufler leurs auras. Il n’allait plus sous-estimer ce truand.

— Seysus, accroche-toi à moi dans trois… deux… un… maintenant ! cria Arch en pleine foulée.

Arch avait usé d’une technique le propulsant dans les airs grâce à une décharge d’énergie spirituelle. Ils bondirent de plusieurs dizaines de mètres de haut.

— Où va-t-on comme ça ? demanda Seysus.

— Nous allons emprunter une voie aérienne qui mène au village sans employer les ascenseurs, répondit Arch. Mais comme tu t’en doutes, seuls les shamans peuvent l’utiliser, alors ne me lâche pas.

— Euh… je ne veux pas t’inquiéter, mais j’ai l’impression que… ON TOMBE ! hurla Seysus.

Naturellement, tout ce qui monte doit finir par redescendre. Après s’être élevés à une douzaine de mètres, ils commencèrent à basculer. Heureusement, Arch avait tout prévu. Leur chute les mena tout droit sur la voie des airs. Il matérialisa une sorte de planche étrange. Grâce à celle-ci, ils se mirent à glisser sur cette fameuse route. Il semblait prendre beaucoup de plaisir sur ce mode de transport. Toutefois, on ne pouvait pas en dire autant de la part de Seysus. L’intérêt d’avoir emprunté cette voie reposait sur le fait qu’elle paraissait impossible à piéger. Arch voulait s’assurer de pouvoir évoluer de manière sûre, quitte à suivre un passage plus risqué. Ils fonçaient telle une étoile filante à travers les arbres. Ils parcouraient les différentes strates de la jungle jusqu’à parvenir à la canopée. Ils ne se situaient plus très loin du siège, d’autant plus que la route spirituelle se terminait exactement aux doubles portes de la place publique.

— Nous voilà arrivés ! Ça va gamin ?

À peine le pied posé au sol, Seysus courut pour aller vomir. Le voyage n’avait pas l’air d’une sinécure. Ils pénétrèrent au sein des remparts afin de discuter avec Zoobohz.

— Nous devons organiser le conseil, maintenant ! exigea Arch.

— Hé, du calme l’ami. Raconte-nous ce qu’il se passe, déclara Zoobohz.

— Je pense que l’ennemi a infiltré notre territoire. Après Glisa, c’est à présent mon fils qui est porté disparu. J’ignore comment ils nous ont trouvés, mais nous devons réagir, et vite, suggéra Arch.

— Très bien, prévenez tout le monde, nous nous rassemblerons demain, annonça Zoobohz.

Réputé pour son flegme légendaire, Zoobohz maintenait une sérénité hors du commun au sein de la Liste Noire. Cela se traduisait au travers de ses membres par une confiance et une dévotion sans pareille. C’était d’ailleurs une des plus grandes forces de la guilde qui lui permettait de faire face à toutes les crises. L’ennemi pourrait en avoir conscience. Ces rapts semblaient avoir pour but de semer la confusion dans les esprits afin de casser cette cohésion. Arch en était la première victime. Lui aussi était réputé pour posséder un sang-froid à toute épreuve, mais le ravisseur avait touché un point sensible et n’avait pas hésité à l’exploiter. Arch bénéficiait d’une grande influence au sein de la guilde. Certains le voyaient comme le potentiel successeur de Zoobohz, c’était dire son niveau d’intégration. Ébranler le pilier qu’il était avait pour but de renforcer cette profusion de doute parmi les membres et tenter de faire germer la panique dans les rangs.

L’heure du repas avait sonné. Les quelques personnes présentes s’étaient rassemblées autour d’une longue table dans la salle de vie commune. Le conseil était prévu après le déjeuner pour que ceux qui étaient sortis aient le temps de revenir pour y assister. Les plats paraissaient copieux et fort délicieux. Arch et Seysus les dévoraient tous un à un. Ils avaient à peine mangé la veille dans l’attente de Seneth. Le festin durait déjà depuis plusieurs heures. Certains des membres en excursion étaient presque partis à l’autre bout du monde, ils essayaient de rentrer aussi vite que possible. La nourriture permit à Seysus d’oublier, le temps d’un instant, son anxiété. Une fois repu, il se sentit à nouveau la cible de tous les regards. Soudainement, des bruits de percussions se firent entendre. Le son d’un cor provoqua le tremblement des arbres environnants. Il s’agissait de l’annonce qui indiquait que la guilde semblait dorénavant au complet. Les aventuriers étaient enfin rentrés de leurs périples. Le banquet touchait à sa fin. Les tables furent débarrassées pour organiser un conseil exceptionnel. Sur la quarantaine de membres que comptait la Liste Noire, seule une demi-douzaine prenait part à cette assemblée. On pouvait recenser Zoobohz, le meneur, Arch, son second et quatre autres qui demeuraient parmi les plus gradés.

— Je vous remercie d’avoir répondu à l’appel, annonça Zoobohz. Si je vous ai convoqués, c’est parce que l’heure devient grave. Grâce à Arch, nous avons la certitude qu’Apex est parvenue à infiltrer nos rangs. De plus, leur cité céleste a été aperçue au-dessus de notre territoire récemment. Sachez à présent qu’un des leurs a enlevé Glisa ainsi que le fils d’Arch. Nous ne pouvons pas laisser ces affronts impunis.

Cette annonce rendit son auditoire perplexe.

— Vous possédez un plan ? demanda un des anciens.

— Malheureusement, nous manquons d’informations, répondit Arch.

— C’est la raison pour laquelle nous nous réunissons, afin de faire face à l’ennemi, ajouta Zoobohz.

— Mais il est impensable qu’on puisse gagner cette guerre, déclara un autre vétéran.

— Certes, mais pouvons-nous réellement nous fier à ce que tu avances ? interrogea Zoobohz. Après tout, depuis ces dernières années, notre puissance a augmenté. Peut-être que nous avons atteint leur niveau.

— Nous parlons tout de même d’Apex, je ne me montrerais pas aussi optimiste que toi sur cette affaire, confia un ancien.

— Mais que suggérez-vous ? Que l’on reste les bras croisés en attendant de se faire marcher dessus ? s’exclama Arch.

— Nous effectuons juste un point sur la situation, résuma le même ancien.

— Très bien, je pense que l’avis général qui ressort semble que nous n’avons aucune chance face à Apex. Néanmoins, nous pouvons réduire au silence leur ravisseur qui sévit sur notre territoire. La seule façon de gagner cette guerre c’est grâce à ce genre de petites batailles, expliqua Zoobohz. D’ici la fin de la semaine, j’exige que vous me rapportiez cette ordure qui se croit supérieure à nous. Je le veux vivant, nous avons besoin de lui pour retrouver Glisa et le fils d’Arch, ordonna-t-il.

Le conseil se tint jusqu’au crépuscule. Les anciens partis en patrouille établissaient un compte-rendu. Pendant ce temps, Seysus qui ne put y assister était rentré au domaine de Draggar. Il savait que ce n’était pas prudent et qu’Arch lui avait indiqué de rester à la place publique. Mais il préférait encore avoir affaire au ravisseur plutôt que de côtoyer plus longuement les membres de la Liste Noire.

Il décida de prendre son temps pour s’y rendre. Il essaya au maximum de se maintenir au niveau de la canopée, car c’était une zone censée paraître sûre. En théorie, il pouvait atteindre la cataracte sans nécessairement devoir la quitter, mais il imaginait qu’il y avait de fortes chances pour que des pièges se trouvent sur le chemin. Il voulut ruser en descendant d’une strate et se mit à parcourir tel un singe les arbres de moyenne taille. Il progressait alors de branche en branche et utilisait les quelques lianes environnantes pour avancer rapidement. Au cours de sa traversée, il se rendit compte qu’en réalité, ce n’était peut-être pas le trajet qui se révélerait le plus dangereux, mais plutôt comment accéder à la maison sans risque. Il semblait persuadé que le domaine de Draggar serait le siège d’une embuscade, à moins que le ravisseur, se méfiant qu’il savait, eût placé le piège ailleurs. Si Seysus pensait que l’ennemi savait que lui savait, alors l’embûche pouvait effectivement avoir lieu près de la résidence. Plus il y réfléchissait, plus il se perdait en digression sans fin. En fin de compte, il se dit autant supprimer le doute et s’y rendre directement. Dans ce genre de situation, le meilleur plan avait l’air de ne pas en avoir.

Il arriva bientôt en face de la cataracte. À première vue, tout paraissait conforme. Il rejoignit l’arbre-ascenseur et descendit sous la surface. Une fois sortie à l’extérieur, l’atmosphère s’avérait d’un calme remarquable. Était-ce mauvais signe ? Pas particulièrement. Si l’on prenait en compte le fait qu’il n’y avait pas de faunes et l’absence de phénomènes météorologiques, tels que les précipitations ou bien le vent, alors, les circonstances n’apparaissaient en rien anormales. Il lui restait encore à rejoindre le domicile. Il décida d’effectuer un énorme détour et de se rendre un peu plus en amont du fleuve souterrain afin d’arriver à la demeure à la nage. Selon lui, piéger l’eau semblait impossible au vu de son débit élevé. Il y plongea et se laissa porter par le courant jusqu’au ponton face à la porte d’entrée. Il l’agrippa et grimpa dessus. À présent, seuls quelques pas le séparaient de l’intérieur. Alors qu’il s’apprêtait à gagner sur le porche, il remarqua qu’une lucarne à l’étage paraissait légèrement entrouverte. L’était-elle avant leur départ ce matin ? D’après lui, si quelqu’un venait à l’utiliser, il ne s’ennuierait pas à faire en sorte qu’elle soit quasiment fermée. Pour lui, pas de doute possible, ni Arch ni lui ne l’avait laissée dans cet état. Il ne restait que Seneth, mais, comme il l’évoquait précédemment, il n’aurait pas perdu son temps à réaliser cela.

— Très intéressant, je vois que tu as remarqué la fenêtre entrouverte. Très impressionnant ! félicita un inconnu. J’avoue que, même en sachant qu’elle n’est pas complètement fermée, à cette distance je ne pourrais me prononcer.

— Qui est là ? s’écria Seysus.

— Allons, allons, du calme, ce n’est que moi… le ravisseur.

Seysus regarda autour de lui, mais n’aperçut personne.

— Où te caches-tu ?

— Ta ta ta ! Vous, les jeunes, tous les mêmes, aveuglés par votre impétuosité. Prenez le temps… de prendre le temps, conseilla le kidnappeur.

— Désolé, je ne suis pas d’humeur à jouer alors si vous voulez bien m’excuser et montrer votre tête afin que je puisse lui présenter mon poing, clama Seysus.

— Tu ne me vois pas, et pourtant, je me trouve juste devant toi ! se moqua le ravisseur.

Celui-ci avait usé de l’art du déguisement pour se camoufler dans la partie herbeuse, non loin de la porte d’entrée. Il se leva et se mit debout, droit comme un « i ».

— Vous préférez ce profil ? demanda narcissiquement le ravisseur en se plaçant de trois quarts.

Seysus se lança immédiatement à l’assaut de son adversaire. Ce dernier esquiva de manière décontractée son attaque.

— Comme je le disais, ces jeunes, tous les mêmes, déclara-t-il lassé. Toi, ainsi que moi, connaissons l’issue de ce combat, alors tu ne m’en tiendras pas rigueur si nous passons toute la partie laborieuse, ennuyeuse et douloureuse des échanges de coups et que tu te laisses simplement enlever ?

— Et puis quoi encore ? Tu veux le beurre, l’argent du beurre et embrasser la crémière ? rétorqua Seysus avant de lancer une nouvelle attaque.

— Oh, je suis choqué ! Me percer à jour aussi facilement.

— Cesse de te moquer de moi, et bats-toi ! Comme un homme ! s’énerva Seysus.

— Ah ! Parce que toi, tu ne penses pas te battre comme un enfant ? questionna le preneur d’otages. Bon très bien, tu as gagné, tu me fatigues.

Le ravisseur posa son pouce, son index et son majeur autour de sa proéminence laryngée et émit des sons gutturaux d’une puissance telle que Seysus perdit instantanément connaissance. Il se saisit de son corps et le porta sur ses épaules. Il se dirigea vers une petite barque qui était amarrée non loin d’ici. Dès lors où il foula le bois du ponton, il sentit la présence de quelqu’un approcher.

— Halte là ! Tu n’as nulle part où aller ! clama Arch. Rends-toi immédiatement ! Les renforts sont en route en ce moment même.

— En es-tu réellement sûr ? demanda le ravisseur en se tournant vers son interlocuteur avec un large sourire chafouin.

— C’est impossible ! Ça ne peut pas être toi…

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