Chapitre 21 : La pyramide de guerre

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La nuit semblait sur le point de tomber, et le conseil se tenait encore. Les membres de la guilde s’impatientaient et désiraient savoir ce qu’il se passait. Le fait qu’il fut établi en urgence en sommant tout le monde de revenir à tout prix indiquait que la situation paraissait grave. De plus, qu’il dure aussi longtemps ne les rassurait pas. Arch fut le premier à sortir.

— Quelqu’un aurait-il vu Seysus ? demanda-t-il à ses camarades.

— Pas récemment, il est sans doute rentré, suggéra un membre.

Arch partit donc le retrouver. Zoobohz et les anciens suivirent à leur tour.

— Mes amis, l’heure que l’on attendait tous a sonné ! clama Zoobohz. Arch et sa famille ont préparé le terrain en vue d’une future guerre. Le plan consiste à attaquer l’Y, l’école qui sert de couverture au Majestic 13, mais pas n’importe quand. Il faudra s’y prendre le jour où la couche 3 de sa hiérarchie viendra collecter des informations pour l’Apex. L’Ordre de Mwrida, la couche 3 et Apex se trouveraient alors tous confrontés les uns aux autres, fragilisant leur cohésion. Ainsi nous avons toutes nos chances de remporter une grande bataille. Vous allez donc chacun suivre un ancien afin de former quatre corps de guerre. Les shamans, vous irez avec Hayoo. Les protéistes, vous accompagnerez Beelzb. Les animistes, vous assisterez Mélorya. Enfin, ceux qui restent, vous seconderez Sadokon.

— J’ai une question, déclara un membre. Quand aura lieu l’attaque ?

— Aucune date n’a encore été définie, répondit Mélorya, c’est Arch qui nous servira d’informateur pour nous la donner.

— Très bien, maintenant que vous avez chacun été affectés à une faction, je vous laisse entre les mains des anciens, conclut Zoobohz.

Chaque corps de guerre allait s’entraîner afin de perfectionner la maîtrise de son art de combat.

Hayoo – le meneur des shamans – emmenait ses troupes sur le continent interdit, plus communément appelé le Royaume des Morts. Ce dernier constituait la partie nord de Woccid. Il devait son nom aux multiples batailles dont il se trouvait le siège. Le relief du paysage était, littéralement, formé de montagnes de cadavres. Les Taurochs étaient les gardiens de ces terres sacrées. Ils veillaient à ce que personne n’y pénètre, et surtout que rien n’en sorte. L’ensemble des côtes avaient été condamnées au moyen d’une monumentale barrière de feu afin d’empêcher l’abord par les océans. C’est grâce à la puissance de l’esprit protecteur de Fort Minork, la cité taurochéenne, que celle-ci perdurait. On ignorait le nombre d’individus morts sur la fameuse Plaine Nécrotique. Les uniques moyens d’accès se situaient par les airs et par les portes de Fort Minork. Seul Apex pouvait se targuer d’emprunter la voie des cieux. Autrement dit, la ville constituait le passage obligé pour quiconque espérait fouler ces terres. Si les Taurochs œuvraient comme gardien, cela signifiait qu’il avait les qualités requises pour mener à bien cette tâche. Depuis qu’ils occupaient ce poste, personne n’avait réussi à atteindre la Plaine Nécrotique, si l’on excluait les membres d’Apex. Hayoo savait que si la Liste Noire souhaitait avoir une chance de vaincre Apex, elle devait disposer des mêmes armes qu’eux. Qu’y avait-il de mieux que le Royaume des Morts pour entraîner des shamans ?

La délicieuse Mélorya – maîtresse des animistes – conduisait sa garde sur la côte ouest du continent. Pourquoi cette destination ? Tout simplement parce qu’elle adorait la plage. De plus, c’était proche de leur localisation. Elle voulait joindre l’utile à l’agréable. Comme la majorité des Felisters, elle s’avérait d’un naturel fainéant. Elle ne prenait jamais rien au sérieux, la preuve avec le lieu d’entraînement. Toutefois, son laisser-aller ainsi que son physique plantureux ne signifiaient pas qu’elle demeurait une femme facile, loin de là. Elle représentait la deuxième force de guerre de la guilde, derrière Zoobohz lui-même. Son charisme paraissait l’un de ses plus grands atouts pour gérer ce groupe de combattants. L’animisme constituait la discipline du tétraèdre du magicien la plus difficile à maîtriser. En effet, elle reposait sur l’art de manipuler son énergie vitale. Nombre d’individus avaient péri en s’y essayant. Même si parfois elle semblait imbue de sa personne, elle devrait prendre sur elle et se montrer sensible à l’égard de ses disciples si elle voulait continuer à disposer de son escouade durant la guerre. Les côtes ne se situant pas très loin du siège de la Liste Noire, sa garde se trouverait parmi les premiers à bénéficier de l’entraînement spécifique.

Beelzb – chef des protéistes – guidait son escorte vers la cordillère, au sud du continent. Ce type d’environnement paraissait parfait pour accroître la condition physique de ses apprentis et renforcer leur mental, car la puissance d’un protéiste reposait sur la synergie de l’esprit et du corps. Beelzb demeurait le plus faible des anciens, mais il correspondait aussi au plus jeune… de la guilde. Toutefois, il semblait très mature pour son âge et surtout très sérieux. Il devint majeur cette année. Beaucoup de ses compagnons en profitaient pour se moquer de lui, mais il ne réagissait jamais. Certains supposaient qu’il ne possédait pas la notion d’humour. Il n’avait pas l’air d’avoir beaucoup d’amis non plus. On avait l’impression qu’il demeurait froid, dépourvu de sentiments. Le fait qu’il soit un Gorlem alimentait une sorte de stéréotype. Il constituait la cinquième force de guerre de la guilde, mais uniquement sous sa forme scellée, naturelle. Seul Zoobohz l’aurait aperçu sous son apparence excitée, au moment où il l’avait retrouvé à l’agonie, à gésir parmi les corps de sa famille dans leur maison en ruine lors d’un de ses nombreux voyages. Sa rigueur et sa discipline contribuaient à sa position d’excellent entraîneur pour ses apprentis.

Sadokon – le parrain des potentiels – restait sur place avec ses seconds. Il possédait le plus grand groupe, car les personnes avec des caractéristiques singulières (shaman, animiste ou protéiste) constituaient statistiquement une faible part de la population, de l’ordre d’un pour cent. Il allait gérer une équipe composée de plus de la moitié de la guilde. Lui et ses élèves demeuraient des individus « normaux », dépourvus de capacités extraordinaires. La première de ses tâches consistait à déceler l’éveil des compétences de ses subordonnés afin de les réorienter vers l’escouade leur correspondant le mieux. Ne disposant d’aucune faculté spécifique, leur entraînement se basait essentiellement sur la maîtrise d’artéfacts et les arts martiaux. Malgré l’absence de techniques spéciales, Sadokon représentait la troisième force de guerre de la Liste Noire. Zoobohz comptait énormément sur lui, car Apex était réputée pour posséder des membres avec des talents dans au moins une des classes qu’incluait le tétraèdre du magicien. Sadokon détenait la lourde responsabilité de garder ses troupes mobilisées et surtout motivées. L’idée de faire face à Apex ne devait pas les décourager. Un très bon potentiel pouvait parfaitement rivaliser avec un mauvais protéiste par exemple. Il allait leur faire comprendre que dans une bataille, chacun disposait d’un rôle à jouer. Dans la grande majorité des cas, leurs fonctions s’apparentaient à de l’assistance auprès des autres escouades. Leur soutien paraissait essentiel et décisif.

Zoobohz avait donc déployé quatre brigades afin de se préparer à l’affrontement avec le Majestic 13. Il apparaissait déterminé, tout comme le reste de la guilde, à récupérer son identité et sa vie que l’Ordre de Mwrida lui avait enlevée en le proclamant hérétique. Allait-il attendre patiemment l’heure de la bataille ou s’entraînerait-il lui aussi sans relâche ? Nul ne le savait. Il demeurait quelqu’un de secret. Si une personne le connaissait bien, c’était Arch. Zoobohz semblait se confier uniquement à lui, qui au fil du temps devint son bras droit. Fait extrêmement étrange, Arch ne s’était jamais prêté à l’examen de force de guerre. Pourtant, cela faisait partie du rite d’intégration. Chaque membre était informé de son niveau par rapport aux autres. Il demeurait le grand indéterminé. Zoobohz lui-même paraîtrait derrière cette négligence. C’était comme s’il craignait de découvrir sa puissance. Ses compagnons savaient qu’il était un shaman, rien de plus. Certains le voyaient comme l’arme secrète de Zoobohz afin d’expliquer tout le mystère qui existait à propos de lui.

La nuit tomba. L’ensemble de la guilde se coucha, car le lendemain représenterait un grand jour. L’escouade d’Hayoo sembla la première levée, avant même le soleil. Une longue route les attendait à travers Woccid. Comme ils étaient des shamans, ils empruntèrent la voie des airs pour quitter rapidement la jungle et rallier le centre du continent. Le paysage passa d’une végétation luxuriante à un désert aride. C’était comme s’ils venaient de se retrouver dans un lieu vide. La première difficulté semblait de ne pas se perdre, car se repérer dans ce lieu s’avérait impossible. La deuxième consistait à résister aux conditions climatiques extrêmes. En journée, l’environnement avait l’air d’une véritable fournaise tandis que les nuits paraissaient glaciales. Enfin, la dernière, mais non des moindres, ils devaient faire face au néant. Ces terres n’abritaient aucune espèce vivante. Ce n’était pas la pire chose comparée au silence absolu qui y régnait. On racontait que les aventuriers les plus téméraires qui avaient voulu traverser ce désert seraient morts de folie avant même de succomber à la faim ou de déshydratation.

— Nous y voilà, votre première épreuve vous salue, déclara Hayoo. Je vous présente le tristement célèbre, désert de Demens. Nous allons devoir le sillonner si nous souhaitons rejoindre Fort Minork. L’objectif consiste à endurcir votre esprit. Votre corps sera votre pire ennemi. Seul votre mental vous mènera jusqu’au bout.

— Vous parcourrez la route avec nous ? demanda un membre.

— La question que je vous pose est : saurez-vous m’accompagner ?

Aux premiers rayons de soleil, Beelzb se leva à son tour. Il réveilla ses subordonnées, car eux aussi allaient effectuer un long voyage vers le sud. Une partie de son escouade se trouvait debout. Il se dirigea à nouveau vers leur baraquement. L’autre moitié dormait toujours à poings fermés. C’était donc avec son poing fermé qu’il les tira du sommeil un par un. Pendant qu’ils se préparaient, il leur concocta le petit-déjeuner. Au même moment, Sadokon rejoignit la salle de vie commune.

— Eh bien ! Comme c’est mignon ! Beelzb qui couve ses troupes.

— J’espère simplement qu’il me restera encore des personnes à diriger à la fin de la semaine, déclara-t-il de manière désintéressée.

— Ah là là… toujours égal à toi-même, petit, badina Sadokon.

Ce dernier s’était levé pour aller satisfaire un besoin naturel et repartit immédiatement se coucher.

— Ah ! pendant que j’y pense, à ton réveil tu devras nettoyer notre vaisselle si tu veux manger, fit remarquer Beelzb.

— Hé hé ! C’est qu’il commencerait à avoir de l’humour le petit, lança Sadokon.

— Qui a dit que c’était une plaisanterie ? répliqua Beelzb.

Sadokon l’ignora et continua sa route vers son lit. Les disciples de Beelzb avaient fini de se préparer. Ils se dirigèrent vers la salle commune pour se restaurer.

— Oh ! merci Chef pour ce beau repas, s’exclama un membre.

— Profitez bien, ce sera le premier et le dernier de cette phase d’entraînement, déclara Beelzb. Après, c’est à vous de survivre.

Le petit-déjeuner terminé, la vaisselle s’entassa sur la table dans l’attente d’être nettoyée par Sadokon. Beelzb et son escouade partirent en direction du sud. Ils durent descendre de la canopée, car les chemins austraux s’avéraient accessibles uniquement par voie terrestre. Sur la route, ils croisèrent le commando de Mélorya.

— Wouah ! Mais qu’avons-nous là ? Ne serait-ce pas junior et son équipe ? commenta Mélorya.

— Salut, Mélorya, déclara Beelzb sans même la regarder.

— Toujours plein d’entrain à ce que je vois, répliqua-t-elle. Vous allez où comme ça de bon matin ?

— Nous nous rendons à la cordillère de Befnitz.

— Ah ! Tu retournes à la maison ?

— Non ! Nous allons simplement nous entraîner dans les montagnes.

— Tu ne vas pas nous faire croire que tu n’as pas l’intention d’effectuer un détour par Murokya et visiter ta copine ?

— Contrairement à toi, j’ai le sens des responsabilités. Et d’abord, elle n’est pas ma petite amie. Et puis occupe-toi de ton escouade au lieu de me distraire.

— Ça va, oh là là ! Je souhaitais juste discuter avec mon adolescent préféré. Et puis, pas besoin de s’irriter pour si peu, lui susurra-t-elle.

— Je ne suis pas énervé. Si tu veux bien m’excuser, un long voyage nous attend.

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