Chapitre 5.1

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Je fis mon rapport à la Mistress, la pensée ailleurs. Je n'en revenais toujours pas d'avoir épargné les deux gosses. Deux morveux. Pourtant je l'avais fait. Et je mentais. Je me tenais droite, le port fier, comme si rien ne traversait mon cerveau si ce n'est la réussite de ma mission. La Mistress était assise en face de moi, derrière son bureau. A bien y réfléchir, je ne pense pas l'avoir déjà vue hors de cette pièce. Dormait-elle ici aussi ?

- Merci, Damoiselle Axeline, vous pouvez disposez.

Je m'inclinai et partis. Mon unique volonté, mon seul désir, était de retrouver ma chambre et mon lit. De pouvoir enfin réfléchir à ce que j'avais fait. Aux raisons qui m'avaient poussée à agir ainsi. J'arrivai à mon étage quand j'entendis le clapotement caractéristique des pieds nus sur le carrelage des escaliers. Je regardai par-dessus mon épaule et m'immobilisai en reconnaissant ma poursuivante. Dame Tanysha. Elle courait. Elle me rattrapa vite. Ses joues étaient rouges et de sa tresse s'échappaient de longues mèches d'un noir brillant. Elle abordait un large sourire. Roulant les épaules en arrière, Dame Tanysha resta à mon côté alors que je reprenais mon chemin.

- Je sais, me souffla-t-elle sans se départir de son air guilleret.

- Que savez-vous, Dame Tanysha ? demandai-je du bout des lèvres.

- Ne soyez pas ridicule, vous avez très bien compris de quoi je parle.

Mon cœur rata un battement. La brune posa une main sur mon épaule et la serra.

- Ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien. J'ai juste besoin que vous m'écoutiez. Ce soir, après le dîner, allez à la laverie. N'en parlez à personne.

L'air bon enfant, elle tapota ma joue et s'en alla en sifflotant, les mains croisées dans le dos. Je restai un instant interdite, stupéfaite par cet étrange rendez-vous. Je songeai un instant à prévenir Laurence puis me demandai si Dame Tanysha ne dévoilerait pas ma mission inachevée si je le faisais. Je ne voulais pas prendre ce risque.

Dans ma chambre, je pus enfin quitter ma combinaison. Je la sentis se décoller de ma peau avec soulagement. Je n'aimais pas cet habit serré. Bien que parfaitement adapté à ma morphologie et ne gênant aucun de mes mouvements, je ne m'étais jamais faite à cet uniforme. Ce n'était guère rationnel, mais je n'y pouvais rien. J'enfilai la tenue plus large que nous devions porter dans la Maison, claquai un casque sur mes oreilles et lançai une playlist avant de me laisser tomber sur mon lit. Il n'était pas spécialement confortable mais je m'y étais habituée. De plus, depuis mon passage au rang de Damoiselle, j'avais ma propre pièce, un véritable luxe. Certes, mes sœurs demeuraient très importantes pour moi, mais avoir une nuit silencieuse et non pas entrecoupée des ronflements de chacune était reposant. De plus, certaines d’entre elles m'avaient rejointes à l'étage. Des neufs novices du départ, nous étions quatre à être devenue Damoiselle et seules deux n'avaient pas encore évoluées. Trois d'entre nous étaient tragiquement mortes en mission, des pertes immenses pour notre groupe si soudé mais nous avions appris à prendre sur nous. La mort faisait partie de la vie.

Axel garde la tête baissée. Elle évite le regard d'Antoine, s'échappe quand il veut s'approcher. La veille, alors que le garçon tentait de la rassurer, elle s'est faufilée hors de ses bras. Elle ne supportait pas qu'il puisse croire qu'elle méritait tout cela après ce qu'elle a fait. Elle est partie sans le laisser parler.

Remarquant la tension entre ses deux amis, Tanysha réussit à rester un instant seule avec le premier.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Rien.

- Antoine, tu es un terrible menteur.

- Elle a vu mon dos, souffle-t-il finalement après un silence.

Le sourire de Tanysha disparaît aussi vite qu'une plume dans une tornade.

- Oh.

Elle pose une main sur l'avant-bras d'Antoine et tente d'établir un contact visuel.

- Ça va ?

Il se dégage d'un mouvement brusque, prend la cagette de légumes et s'éloigne vers la cuisine. Son amie roule les yeux avant de courir à sa suite.

- Elle a réagi comment ? l'interroge-t-elle doucement.

- Elle s'est enfuie.

Antoine pose sans ménagement la cagette. Il reste un instant immobile. Quand il se retourne, Tanysha ne peut que remarquer ses yeux rouges. Il a dû pleurer un moment pour se trouver dans cet état. Avançant d'un pas, elle l'entoure de ses bras et le serre contre sa poitrine.

- Je n'ai pas assez dit que je lui en veux pas.

Sa voix est devenue rauque. Tanysha se mord la lèvre, émue à son tour. Elle le repousse, le tient par les épaules et fixe son regard dans le sien.

- Je pense qu'elle a peur d'avoir blessé plus profondément que ta peau, Antoine.

- Ce n'est pas le cas, murmure le jeune homme.

Tanysha secoua la tête.

- Elle ne doit pas l'avoir compris. Elle s'en veut. Franchement, je la comprends.

- Mais je ne lui en veux pas ! s'anime Antoine. Ce n'était pas sa faute ! Elle ne voulait pas le faire, je l'ai bien vu... Je ne lui en veux pas !

- Je suis sûre que tu devrais le lui expliquer.

- Elle ne me laisse pas l'approcher.

Tanysha soupire. C'est vrai qu'Axel est douée pour disparaître quand elle le veut. Pourquoi diable ses amis sont-ils si compliqués ?

- Bon, alors je vais aller la voir, moi. (La jeune femme serre son épaule, maintenant le contact visuel) Tout va aller. D'accord ? Elle va finir par comprendre, elle doit juste digérer.

Antoine hoche la tête, les yeux légèrement plus lumineux. Et de un, songea Tanysha. Après une petite tape amicale, elle laisse Antoine dans le garde-manger et s'en va à la recherche de son amie.

Je rabattis la capuche sur mes oreilles en espérant ne croiser aucune des mes sœurs. Il ne manquait plus que je sois reconnue. Quoique cela pouvait paraître suspect aux yeux des caméras. Je levai la tête. Celle dans le coin du couloir était allumée. De l'autre côté aussi. Mince. Je retournai dans ma chambre. Finalement, le meilleur plan était le plus évident : je remplis mon petit panier de vêtements nécessitants d'être lavé et sortis avec la bassine sur la hanche. Quoi de plus normal que d'aller à la laverie dans ce cas ?

J'ouvris précautionneusement la porte. La pièce était sombre, Dame Tanysha ne semblait pas encore arrivée. Posant mon chargement, je tâtonnai sur le mur pour trouver l'interrupteur. Quand la lumière survint enfin, je sursautai en découvrant la dite femme au fond, confortablement assise.

Je posai une main sur le cœur, encore interdite.

- Que faites-vous dans le noir ?

Elle était folle, c'était la seule raison à laquelle je pus songer. Elle haussa les épaules, dépliant ses jambes.

- Je vous attendais, Damoiselle Axeline. Vous avez été longue, par ailleurs.

Me dépassant, Dame Tanysha ferma la porte, tournant la clé dans la serrure. Je fis un pas en arrière.

- Bien, commençons.

Dans quoi est-ce que je m'étais fourrée ?

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