Chapitre 2

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Lettre de Caleb à l'intention d'un fidèle, interceptée par l'Ordre de la croix.

Datée du 23 Mai de l'An 476. Époque : Moyen Age.


«T,

Pas de temps à perdre avec des paroles mielleuses et des politesses inutiles, je passe au vif du sujet.

Les agents de la croix se font de plus en plus nombreux. Pas que cela m'inquiète mais je n'aimerai pas qu'ils se transforment en une menace digne de ce nom. Pour ce faire, je t’envoie ceci afin de te transmettre des instructions à respecter pour le bien de la Lignée.

La guerre est aux portes de l'Empire Romain, elle le déchire et cela nous profite à coup sûr. Et comment ? Nous sommes à l'origine de ce conflit et ils ne se doutent de rien. Ces humains sont plus faciles à manipuler qu'un chien affamé devant lequel on agiterait un os.

Portez le Sceau aux murailles du Bastion de Rive-sèche, libérez l'initié et lâchez la terreur sur les disciples du Christ. Gardez en quelques uns pour mon dîner. Je suivrai sans doute l'arrivée de la lettre de près. J'ai quelques affaires à régler ici.

Bien à toi, Caleb.»


-

Contrairement aux légendes décrivant le soleil tel un ennemi dévastateur du Vampire, Caleb marchait sous ses rayons avec fierté. La lumière infaillible de l'étoile brûlerait la peau des morts-vivants, mais Caleb n'était pas n'importe lequel. Il était ce qu'on appela l'Initial, le tout premier. Il sillonnait les rue et visitait les musées susceptibles d'exposer ce qu'il convoitait. Des jours, même des semaines de recherches n'aboutirent à rien. Il décida de prendre contact avec l'un de ses "proches".

Il s'était assis devant le palier d'une maison abandonnée, des planches de bois recouvraient toutes fenêtres ou vitres capables de laisser la lumière du jour pénétrer. Il avait attendu la nuit pour entrer en force dans l'endroit délabré, la porte avait été barricadée mais pour Caleb ce ne fut même pas un semblant d'obstacle. Un coup de pied sans effort et le tour était joué. Il se recouvra la bouche et le nez de son avant-bras, une odeur de putréfaction et de chair faisandée s'imposait. Cette puanteur lui était bien familière, il l'avait flairé à des kilomètres à la ronde. C'était de cette façon qu'il découvrit le refuge. Des carcasses humaines étaient entassées par-ci et par-là, les rats et insectes s'en faisant un repas. Caleb observait le tout avec dégoût.

Une silhouette humanoïde s'émut de l'ombre avant de s'élancer sur Caleb, une lame destinée à sa gorge. Ce dernier balaya de sa main la silhouette sans même la regarder, celle-ci alla s'écraser contre une armoire avant de s'aplatir sur le plancher.

— Voici que la fière race des Vampyris se voit combattre à l'aide d'une lame de confection humaine. Nous sommes tombés bien bas, plus bas que je ne pouvais l'imaginer.

L'homme aux vêtements sombres et à la veste en cuir se montra sous la lumière d'un lampadaire se faufilant par la porte, un air surpris peint au visage. Ses yeux à la couleur écarlate brillaient d'une étrange lueur.

— Caleb ? C'est toi ?

— Il te reste une mémoire, je cris au miracle ! ironisa-t-il en projetant son ombre imposante sur l'homme qui lui faisait face.

— C'est très amusant, en effet. Mais saches que le seul responsable de notre décadence n'est autre que toi. Tu nous as délaissé au moment le plus crucial, où l'on avait besoin d'un chef. D'un père.

— Et c'est reparti pour les reproches qui n'en finissent pas.

— Et bien, si tu n'en veux pas ne me lance pas sur le sujet ! Tu es réveillé et vivant, à qui dois-je offrir un cadeau de remerciement ?

— Cela fait plus d'un demi millénaire que nous ne sommes pas vus, et quel accueil tu me réserves !

— A qui la faute ? Tu voulais mettre fin à ta vie et tu nous a tous rejeté, même ceux qui t'auraient suivi dans la mort. Ne t'attends pas à ce que je te prenne dans les bras.

— Loin de moi cette idée, Thésus.

— On m'appelle Tony, de nos jours.

— Autant pour moi.

— Tu es toujours vivant.

— Oui, et c'est ce qui m'amène.

— Ne compte pas sur moi pour te tuer.

— Je ne suis pas aussi sadique. Mon sommeil mortuaire a été interrompu par une chose qui m'est inconnue. Je dirais même une personne.

— J'en conclus que ce mystérieux inconnu n'en est pas à sa première tentative, sinon tu ne serais pas venu me voir. En fait, qu'est-ce qui te fait dire que c'est une personne et non une autre des nombreuses malédictions qu'on t'ait lancé ? Simple curiosité.

— Ça a une odeur. Je la sens dans mon tombeau à ma sortie mais elle s'estompe presque instantanément. Je suis incapable de la pister, c'est comme si on la faisait disparaître de ma mémoire...

— Je vois. Qu'attends-tu de moi ?

— Ton aide.

— T'aider à mourir ? Tu peux oublier.

— J'ai abandonné cette idée pour l'instant. J'ai une vengeance à assouvir. Je n'aime pas qu'on joue avec moi.

— Ah, alors ça pourrait m'intéresser dans ce cas.

Tony eut un large sourire carnassier au visage.

— C'est ton chez toi, cette décharge putride ?

— Et oui. Je ne peux pas me balader en pleine rue, les humains ne sont plus aussi désarmés qu'avant.

— Tu me déçois, vraiment. Tu as peur de ton repas ? Ce genre de refuge n'abritait que les sous espèces et autres saloperies... T'y voir, ça me fend le cœur, poursuivit-il sardoniquement.

— Les sans-abris sont trop faibles pour se défendre et je m'en contente. Mon courage a pris la fuite avec toi quand tu es parti.

Caleb était presque peiné de voir son plus proche homme-de-main dans un tel état. Autrefois un noble ainsi qu'un guerrier sanglant et sans peur, le voici devenu un être pitoyable vivant dans la pauvreté. Caleb avait trouvé un nouveau but à sa nouvelle vie alors qu'il observait cette désolation : rendre à sa lignée sa gloire d'antan et peut-être même dévoiler leur nature au monde entier.

— Je n'oses pas imaginer dans quel état doivent être les autres membres du Conseil.

— S'ils ont survécu à l'Ordre.

— Tu ne vas pas remettre ça ?

— Non. Qu'as-tu en tête ? demanda Tony soudainement intéressé.

— Tu me fais pitié, lança-t-il en le regardant de bas en haut. La vengeance attendra, j'ai mieux à faire.

— Qu'y a-t-il de mieux que la vengeance ?

— Je vais rétablir le Conseil.

Tony pouffa d'un rire sincère avant de répliquer :

— Ha ! Bien bonne celle-là ! Si les membres du Conseil ont survécu au massacre de Vivesaigues, je n'en dirais pas autant de leur mémoire et de leur loyauté envers toi. Tu nous a presque conduit à la mort. Tu n'auras pas droit à un si bel accueil de la part des autres. Et les vampires d'aujourd'hui, ha ! Laisse moi rire. Ils connaissent la baise, la musique et l'alcool, ça oui. Mais la loi et l'hiérarchie, tout ça, ça leur dit rien.

— Apparemment tu t'y es bien adapté aussi, vu ton langage.

— Faut bien si je veux survivre. Ce que je veux dire par là, c'est que les vampires sont devenus anarchiques, ils ne te suivront pas.

— Alors ils mourront. Et crois moi, la vie est une bonne raison pour se soumettre.

— Régner par la peur, hein ? Un autre régime sous la main de fer.

— Je ne suis pas là pour me faire aimer. Je ne crois pas aux coïncidences, le destin m'a ramené dans ce monde au moment le plus pitoyable de votre existence pour que j'y remédie. Je vous ai donné la vie, j'en dispose comme bon me semble. Je tue quand il est nécessaire, excepté les résistants... ça c'est toujours un plaisir.

— Je te suis, ça promet d'être amusant.

Tony suivit Caleb dans sa nouvelle quête, non pour se divertir comme il le prétendait mais par respect envers son ancien, mais aussi car il aspirait à revoir fleurir la Lignée de l'obscur.

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