Chapitre XLIX : Le meilleur forgeron

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Ou l’on est l’instrument que de soi-même, où l’on démêle le vrai du faux, le bien du mal.


Bacurian se tenait à côté de Nicophène. Il avait déposé plusieurs carcasses de lièvre des steppes à ses pieds et caressait les plumes lisses de son encolure.

— Je t’ai apporté un peu de viande, un animal comme toi ne peut pas toujours vivre sur ses réserves sucrées d’un peu de miellat. Affectueusement il souleva le capuchon de cuir.

— Ton oeil va mieux, il est quasiment guéri. Heureusement, car je n’avais presque plus de baume de guérison. J’en ai déjà emprunté à tous mes camarades et Adenleka va finir par se douter de quelque chose si tous les membres de notre formation font trop souvent appel à ses services.

Bacurian avait pris l’habitude de parler au bicéphale et de le soigner avec attention. Il se souvenait de la fois où, submergé par la fatigue et par l’émotion, il avait cru l’entendre répondre. Sa question « ton maître a-t-il un coeur ?» résonnait encore à ses oreilles. Seulement il lui semblait qu’elle lui était maintenant destinée. Ton maître a-t-il un cœur ?

Et il s’entendait répondre : « un cœur non, mais une ambition oui. »

— Cette ambition veux-tu en payer le prix ?

— Non, se surprit à murmurer Bacurian à voix haute.


Il avait vu mourir le vieux Raboundar, souffrir Providence. Combien d’autres suivraient… le ver nu méritait-il de payer pour un crime qu’il n’avait pas commis ?

La paupière du bicéphale cligna. La peau avait cicatrisé autour de l’oeil blessé, sans toutefois retrouver sa couleur d’origine. Bacurian s’était hissé sur le dos de l’animal et, à l’aide d’une brosse qui servait d’habitude à carder les tiges de la plante à corde, il démêlait la crinière du lion pour lui redonner un peu de sa superbe. C’était bien la première fois qu’il accomplissait ces gestes, indifférent aux quolibets qu’ils ne manqueraient de provoquer.

Il avait passé la matinée à traîner dans les allées du camp.


Infatigable, Youpur avait rassemblé ses hommes à l’aube et leur avait ordonné de passer le camp au peigne fin pour retrouver le Ver Nu. Bacurian avait conduit ses recherches à sa manière, fouillant les ateliers sous prétexte que, dans les réserves ou les kuvas restés vides la veille, l’étranger pouvait avoir trouvé refuge. Il avait, en fait, surtout passé le temps à discuter commerce avec les amis de son père qui voyaient dans le grand rassemblement l’occasion de vendre une partie de leur production et d’améliorer leurs savoir-faire. Pour certains l’enjeu était de taille. Ils espéraient placer l’un de leurs fils en apprentissage dans une autre tribu pour qu’après quelques années il revienne formé à de nouveaux usages et enrichisse la famille. Bien sûr, tout le monde n’avait pas la chance d’être allé aussi loin que son père le forgeron Curion mais celui-ci restait un exemple mémorable pour tous les artisans…

Un voyage jusqu’aux Monts-Hauts était en soi extraordinaire. Alors un apprentissage ! Bacurian s’était toujours senti intimidé, grandi qu’il était dans l’ombre de ce père exceptionnel. Il ressemblait à ces jeunes pousses tendres que l’on découvre parfois en soulevant une pierre. Il avait peur de se faner et de se flétrir aux premières lueurs du jour s’il venait à y être confronté.

Petit, entendre battre le marteau dans la forge familiale, sentir l’odeur du métal et du feu, le rassurait et lui donnait des sueurs froides en même temps. A ses yeux, tout était monumental dans la cour du kuva. Les objets trop lourds, trop coupants ou trop chauds pour qu’on l’autorise à y toucher. Pourtant, son père se mouvait entre eux avec aisance, les saisissant sans crainte et les pliant à sa volonté dans un rougeoiement translucide, auréolé d’étincelles flamboyantes.

Bacurian, lui, n’osait s’approcher de l’enclume que lorsque le travail était fini. Alors, il ne ramassait par terre que des copeaux de métal gris et des morceaux de charbon. Il en avait les mains noires et, s’il avait le malheur de se les passer sur le visage, se balafrait de suie. Sa mère, tout en essuyant ses joues avec un chiffon humide le gourmandait gentiment. On n’avait pas idée d’aller se fourrer dans la forge, il y avait là-bas tant de dangers pour un enfant ! L’enfant passait donc des heures, assis en retrait, à contempler son père, terrifié qu’il puisse prendre tant de risques. Ses parents frappé par son calme et son attention y virent le reflet d’une vocation. Leur surprise, sinon leur déception, fut réelle lorsqu’il leur annonça sa volonté de suivre la voie commune et d’apprendre à manier les armes.

Son père avait rarement évoqué son apprentissage, mais Bacurian savait l’importance qu’il revêtait pour lui. De toutes les tribus, il était le seul forgeron à pleinement maîtriser l’art du métal. Il avait gardé des contacts là-bas même s’il en parlait peu. Quand, d’aventure, la caravane s’établissait au pied des falaises si imposantes que le jour ne se levait là qu’à demi, son père partait, accompagné de quelques hommes, chercher le minerai. Ce voyage faisait trembler d’excitation et d’effroi l’ensemble de la communauté. Bacurian voyait son père s’en aller et s’en retourner auréolé de mystère et d’admiration. A chaque départ, il lui devenait plus inaccessible encore, malgré les caresses et les attentions. Pour tenter de franchir le fossé de ses secrets, Bacurian déployait des efforts considérables. Il entamait de longues conversations sur les spécificités techniques des outils ou des métaux, connaissait les rapports de grandeur de tous les objets qui sortaient de la forge et pouvait entretenir un feu comme personne, dans un juste équilibre entre température et utilisation des combustibles.

Or, la distance impalpable, dont il souffrait tant, se matérialisa d’un coup lors du choix d’orientation inattendu qu’il avait, lui longuement mûri, mais qui prit de court ses parents.

Ceux-ci persuadés que leur fils ne prendrait les armes que pour les forger ou les fondre, n’avaient jamais cultivé chez lui le goût de la chicane ni celui de l’obéissance, et encore moins cette résilience particulière aux combattants qui se nourrit dans la haine et dans son soulagement violent.

Au contraire, Bacurian était doté d’un naturel aimable. Bien que réservé, il était capable de disserter de sujets variés, avec des personnes qu’il connaissait à peine, devinant leurs besoins avant même qu’elles n’aient eu à les exprimer.


— Je ne comprends toujours pas pourquoi tu ne prends pas la suite de ton père.

Ce n’était pas une question. Juste une affirmation teintée d’une touche de reproche. Kardag lui tournait le dos et fouinait dans une pile d’outils qu’il déplaçait sans ménagement. Cardeur de père en fils, depuis plusieurs générations, il aurait rêvé de transmettre à son tour son savoir-faire à sa progéniture. Mais il n’avait que des filles. Huit filles et trois épouses. Le grand rassemblement serait pour lui l’occasion de prendre un apprenti. « Un p’tit gars du métier » comme il disait. Il releva la tête.

— Ah tiens, le voilà, annonça-t-il avec satisfaction en brandissant au-dessus de sa tête un ratissoir. Il se retourna et montra l’objet à Bacurian. Tu vois, là, la structure de base sur laquelle sont fixées les dents en bois de ktur, elle n’est pas suffisamment solide. C’est le deuxième que j’abîme en trois lunes. Avec le temps et les passages successifs, les dents de bois ont tendance à prendre du jeu. Ton père ne pourrait-il pas m’arranger ça ?

Bacurian s’était saisi de l’objet ; grand comme une paume, il se tenait aisément par le manche.

— Montre-moi voir comment tu t’en sers, avait-il demandé au cardeur.

— Y a trois étapes, lui répondit celui-ci. La plus délicate consiste à tirer sur la tige de la plante à corde. Comme ceci, énonça-t-il en mêlant le faire et le dire. Puis, tu relèves la fibre comme cela, et là, tu attaques avec l’angle, d’un geste sec. Et tu recommences…

Bacurian le regarda attentivement travailler pendant quelques minutes. Puis, récupérant l’objet, il le tourna plusieurs fois dans ses mains avant de le soupeser.

— Un corps en métal serait trop lourd. Tu te fatiguerais et ton geste perdrait en précision. Par contre, il serait possible d’ajouter un bardage ici et là afin d’assurer l’attache des dents de ktur. En creusant le bois ici, on pourrait récupérer une partie du poids ajouté. L’objet serait très légèrement plus lourd… Mais … Il retourna encore une fois le ratissoir et en caressa les bords. Tu ne poses jamais tes mains ici quand tu travailles, n’est-ce pas ?

Kardag se baissa sur l’objet qu’il observa comme s’il le regardait pour la première fois.

— Non, j’crois pas. Pourquoi ?

— Parce que, si on ajoutait une petite lame ici, tu pourrais directement trancher les fibres à la fin de ton mouvement, en tournant légèrement ton poignet : comme ça. Il joignait le geste à la parole. Ça t’éviterait d’avoir à démêler ton outil des fibres quand tu arrives au bas : c’est à cette étape que tu casses parfois les dents, je me trompe ?

— Non, non, c’est vrai, continue.

— Donc, tu ôtes ton outil, tu le poses, puis tu prends une lame et tu coupes tes fils. Tu poses ta lame et tu reprends ton outil. C’est bien ça ?

— Oui, c’est ce que je fais.

— Avec une petite lame insérée ici sur le bord, arrivé au bas de tes fils, tu tords juste un peu le poignet et tu coupes. Ensuite, tu peux reprendre ton cardage sans avoir besoin à aucun moment de changer d’outil.

— J’avais jamais pensé à ça… accorda Kardag tout en visualisant le geste mentalement. Tu pourrais me rajouter cette petite lame aussi ? réclama-t-il.

— Pas moi, mon père. Mais oui, il peut te faire ça. Tu me laisses ton outil, je te le rapporterai dès qu’il sera prêt.

— Tu sais, le remercia le cardeur, tu aurais fait un excellent forgeron. Peut-être même un meilleur que ne l’est aujourd’hui ton père.

Bacurian s’était éloigné rapidement, le rouge aux joues. De plaisir ou de honte ?


Au lieu de se rendre directement chez son père pour lui remettre l’outil, il avait continué ses fouilles, tout au moins en apparence. En fait, il s’était rendu aux réserves et y avait prélevé une dizaine de lièvres des steppes, restes de la noce interrompue, pour les porter au bicéphale. Il l’avait nourri et testait maintenant l’outil du cardeur sur sa crinière.

Depuis plusieurs jours, il ne l’abrutissait plus d’essence de khôme, aussi n’avait-il pas été surpris de voir la tête d’aigle venir au-devant de lui, le bec se saisir de ses proies quatre à quatre et les déposer entre les mâchoires du lion. La mastication du fauve, le craquement des os animaient le corps d’habitude amorphe du bicéphale.

— Mange-les vite, je ne suis pas censé te les avoir apportés, l’avertit Bacurian avant de reprendre son ouvrage. L’oeil du lion avait-il cligné ? Au vrai, il avait trop besoin de se confier pour en avoir vraiment cure. Il raconta son entrevue avec le cardeur, ses hésitations à suivre la voie de son père. Assurément le métier n’était pas fait pour lui. Il expliqua l’admiration qu’il avait eue pour Youpur, et ses doutes maintenant qu’il avait vu ce dont il était capable.

— En un mot, ton maître est dans de beaux draps, conclut-il à l’adresse de l’animal avant d’entreprendre de lisser ses plumes à l’aide d’une fourrure de Flonx qui sortit de sa poche.



Il ne croyait pas si bien dire. Radigan avait passé la nuit coincé entre deux malles, sous une épaisse couche d’étoffes colorées. Galatée, avec son visage rond et ses yeux en amande, était venue le prévenir quelques minutes avant que la cour du kuva ne soit envahie par les femmes de la maison. On entendait déjà le bruit des transvasements des bains de couleur d’une cuve à l’autre. Elle eut juste le temps de le pousser entre deux malles, dans la chambre de Burla. Elle revint à plusieurs reprises et déposa sur lui des voiles aux teintes variées, ménageant à peine un espace au sommet de la pile pour qu’il puisse respirer. Il s’apprêtait à faire entendre qu’il ne s’agissait pas là de la cachette la plus confortable, quand elle posa son doigt sur ses lèvres charnues afin de lui imposer le silence.

Burla et Luanda dormaient juste à côté, les réveiller aurait compliqué les choses. Elle lui apprit que, pour l’instant, elle avait avec ses sœurs et les autres femmes, une affaire plus délicate à gérer. Il devait donc attendre bien gentiment, sans bouger, qu’elle revienne le chercher.

— Combien de temps, questionna anxieusement Radigan qui aurait souhaité se rendre à la fosse d’aisance, après sa longue posture debout dans la courette, entre les draps tendus.

— Toute la nuit certainement, lui avait répondu Galatée, inconsciente de l’effort exigé.

Elle se retourna, pensant avoir accompli son devoir au mieux, jeta un regard attendri sur Luanda dont la respiration s’était apaisée, et parcourut en pensée les formes rondes de Burla. Au moins avaient-elles toutes deux échappé à ce qui allait suivre… Elle aurait aimé pouvoir rester dans cette chambre, avec elles et avec le Ver nu. Ne rien savoir de l’acte abominable que Craon les sommait d’accomplir. Elle retourna enfin dans la cour centrale en traînant les pieds.


Autour du corps enveloppé dans son voile nuptial et dans des toiles, les femmes en cercle devisaient. Toutes étaient présentes. Defetina, Zolimp, Kris et Ganaléa qui, la main sur l’épaule de Béka et le bras autour de la taille d’Aglaée, avait pris la parole et argumentait. Craon était devenu fou. Il appartiendrait ensuite d’en comprendre les véritables raisons mais, pour l’instant, elles se devaient d’agir. Elles avaient toutes connu Providence. Elles lui avaient toutes donné des ordres. Enfin, toutes avaient craint ensuite d’avoir à en recevoir d’elle.

Elles savaient que Providence enfermée dans le kuva n’aurait pu raconter à personne ce qui lui était arrivé. Mais elles savaient aussi que des funérailles seraient publiques et feraient planer la honte sur la famille. Un meurtre dans la maison d’un chef… C’était la fin de l’autorité des Rince-Coq au sein de leur tribu. Plus d’espoir pour elle de voir un jour Alexandar à la tête de leur clan. Plus d’espoir pour elles de voir leurs filles être appariées avec des chefs ou des familles reconnues.

Le secret pouvait-il être gardé ? Elles en doutaient. La vérité a sa vie propre et se fraie un chemin indépendamment des bouches humaines qui, elles, racontent bien ce qu’elles veulent. Pour autant, s’il y avait de la sagesse dans la folie de Craon, elle résidait dans sa volonté d’étouffer l’affaire. De faire comme si rien ne s’était passé. Pouvait-on malgré tout accomplir ce qu’il demandait ? Incorporer le secret au sein d’un acte innommable, encore plus atroce ? Ecraser l’horreur par l’horreur, était-ce la seule voie possible pour gagner la paix ?

Le dépeçage de la dépouille, sa cuisson morceau par morceau, son partage en un repas morbide… Pire encore que ce que l’on avait vu pendant la guerre de la soif. Pire que ce qu’avaient pu faire ceux qui tentaient de survivre aux rats pendant la guerre de la faim après les grands cataclysmes. Quels augures porteraient cet écho amplifié de l’injustice humaine ? Il aurait suffi de brûler Providence sans lui attribuer les hommages dus à son rang. Mais comment l’exposer ainsi sur le bûcher mortuaire sans révéler les sévices dont elle avait été victime ? Impossible. Les femmes baissèrent la tête, résignées. Ganaléa redressa la sienne.

— Nous n’allons pas la faire griller comme une chèvre. Nous n’allons pas non plus la faire cuire comme un gnouzk. Et nous n’allons pas la servir à nos hôtes ! Car nous ne sommes pas des hommes et nous avons suffisamment de sagesse en nous pour refuser d’obéir quand les ordres sont ceux d’un fou !


Les femmes levèrent la tête. Béka transpirait d’espoir. Y avait-il une autre solution? Cette famille était décidément tellement plus surprenante que celle qu’elle avait connue auparavant. Cloîtrée avec ses sœurs, sous la houlette de Raboundar, aussi prudent et parcimonieux dans sa gestion du quotidien qu’il était bavard et prompt à asséner ses jugements à propos de tout et de rien. Elle se demandait si tous les autres kuvas étaient comme celui-ci, puis se ravisa. Les évènements dont elle avait été — et serait — le témoin n’avaient rien d’ordinaire. Elle avait l’impression d’être en train de vivre ce que son vieux père nommait « une charnière de l’histoire ». Un amoncellement de faits et de gestes, de volontés individuelles qui s’entrechoquent de plus en plus violemment sous les soubresauts du hasard jusqu’à basculer et révéler le vide qui habite l’âme des gens.

Le vieux lui manquait. Elle en voulait à Craon de ce qu’il avait fait. Elle en voulait aux Rince-coq. À Youpur. Pour elle, le père et le fils étaient des meurtriers. Les derniers ordres donnés par Craon le révélaient pire encore que sa descendance. Elle considéra Ganaléa avec tristesse : que deviendrait Alexandar dans quelques années ? Et cette femme si confiante et avisée, à quoi serait-elle réduite ? Elle n’enviait pas la compagnie des hommes, elle espérait ne jamais avoir à se marier.

Ganaléa se méprit sur l’expression attristée de Béka. Elle l’enjoignit à reprendre courage et à l’aider. Béka sentit ses jambes plier sous elle. L’aider à faire quoi ? À découper le corps ? À maintenir le feu ? À tourner la grande pale de bois dans la cuve transformée en marmite ?


— Aide-moi à trouver les trous de kalinx qui resteraient disponibles et dans lesquels nous pourrions cacher le corps, précisa Ganaléa. Quant à vous, Zolimp et Kris, passez un burnous, allez jusqu’aux réserves du camp et prenez autant de viande que vous pourrez en trouver. Nous allons le préparer ce festin !

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