Chapitre XLVIII : Théorie et expérimentation

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Où frère Troc découvre les progrès accomplis par Maelivia et leurs conséquences.



— Tu aurais dû nous en parler !

— Pas eu le temps, répondit Maelivia boudeuse.

— Ce n’est pas une raison, la tança Khalaba.

— Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, une vie était en jeu !

— Une vie ? Quelle vie ? interrogea Radigan qui peinait à suivre la conversation.


D’abord, il y avait eu cette histoire de signes. Tous les arbres étaient marqués de traits luminescents. Les écervelés s’étant mis pour une raison inconnue à en tracer partout avec cette plante, le klorax, à laquelle il était allergique. Ensuite, il avait fallu retrouver Grua qui s’était absentée « quelques instants » pour emmener une feuille de gonax fraîche dans son nouveau nid et qui n’était pas revenue. La faute aux signes, avait dit Maelivia, tout en pestant contre les écervelés. Ce que comprenait frère Troc, qui subissait les premières plaques rouges annonciatrices d’un urticaire, après s’être appuyé dos nu contre l’écorce d’un arbre tout juste maculé de sève.


A peine avait-il retrouvé Grua qu’elle avait commencé à lui parler de Nicophène et de son inconstance. De la difficulté de transmettre son savoir et de sa part de responsabilité, modeste, dans les tentatives hasardeuses de Maelivia pour maîtriser l’enseignement scientifique et théorique, elle insistait sur ce mot, qui lui était prodigué.

Pour sa part, Radigan trouvait que c’était surtout l’enseignement de la chose écrite qui s’était révélé hasardeux. Il n’en mesurait pas tout à fait les conséquences mais d’autre mots lui venait en tête : irritant, périlleux, catastrophique… Il opta finalement pour dangereux et irresponsable. Preuve en était le foisonnement nitescent, et dangereusement urticant, qui illuminait la clairière à cette heure.

Maelivia avait en effet entrepris d’enseigner à Glupi la théorie des signes ici et là qu’elle avait élaboré pour aider Grua à retrouver son nid. Or, Glupi s’était empressée de marquer tous les chemins menant à tous les arbres dans lesquels elle avait déjà installé un nid. Puis elle avait convaincu, on ne sait comment, le reste des écervelés de l’imiter afin de marquer tous les chemins de tous les arbres où elle pourrait potentiellement construire un nid.

A ce train-là l’île de la Fournaise allait vite devenir complètement inhabitable pour frère Troc, déjà sujet par le passé à de récurrents épisodes de démangeaisons urticantes. La seule personne dont la vie lui semblait désagréablement remise en cause par les frasques de la fillette, était la sienne et il était touché qu’elle s’en préoccupe. Il décida d’intervenir pour apaiser la discussion et proposer des solutions

— C’est vrai que c’est particulièrement douloureux, mais je m’en sortirai. Je suis certain qu’Ombre d’Or pourra préparer un baume. Rassurez-vous ma vie n’est pas en jeu, avec un peu d’organisation nous sortirons de ce mauvais pas et je pense à l’avenir garder un œil sur le programme d’enseignement que nous proposerons dorénavant à cette jeune fille.


Oubliant leur colère les quatre femmes éclatèrent de rire de concert. Dès qu’elle pu parler Maelivia reprenant son sérieux s’exlama à l’adresse de frère Troc :

— La vie du poussin ! Le poussin de chronk, celui qui a éclos dans le nid de Grua.

Frère Troc se gratta l’oreille, sans trop savoir si c’était parce qu’il ne comprenait décidément rien à ce qu’on lui expliquait ou si c’était à cause de son allergie au klorax.

Khalaba, infatigable et sentant l’attention de Radigan faiblir, prit la parole.

— Un poussin de chronk, et alors ? Nous en mangeons tous les jours du Chronk. Et vivant, l’odeur en est insoutenable… Où est le problème, jeune fille ?

— Ce sont mes œufs !

— Tu ne les as pas pondus, s’esclaffa Khalaba.

— Mais tu les as fait cuire, s’étonna Radigan.

— Pas tous, répondit Maelivia du tac au tac.

Radigan, vaincu, décida de garder le silence du moins jusqu’à ce que la conversation prenne un tour plus constructif.

— Ça n’est pas toi qui les as couvés, précisa Ombred’Or qui voulait apporter une dimension consensuelle au débat.

— C’est Nicophène… et c’est bien là que réside le fond du problème, déclara Grua pensive.


— Qu’est-ce que Nicophène a à avoir là-dedans ? questionna frère Troc qui en était resté aux nids, aux marques sur les arbres et aux difficultés qu’avait Grua à s’orienter dans le petit bois d’arbres lièges.

Grua, saisissant que frère Troc était complètement perdu quant à la nature des reproches qu’elle envisageait d’adresser à Maelivia, résuma la situation.

— Maelivia a demandé à Nicophène de couver des œufs de Chronk. Elle souhaitait ensuite tenter d’apprivoiser les oiseaux.

— Mais je croyais qu’on les avait mangés, ces œufs, dit frère Troc qui se souvenait de leur texture gélatineuse.

— Pas tous malheureusement, maugréa Grua. Apparemment, Glupi lui en avait volé un qu’elle a déposé dans mon nid. Pourquoi mon nid ?… Allez savoir ! Les écervelés font n’importe quoi… et Glupi est la pire de toute.

— C’est bien vrai, opina frère Troc tout en faisant coulisser une branche de bois sec le long de son omoplate, puis de sa colonne vertébrale jusqu’au centre d’une plaque d’eczéma particulièrement irritante.


Khalaba soupira. A quoi bon réprimander Maelivia si eux, les adultes, n’étaient pas capables de maintenir le fil d’une conversation sur le sujet qui les occupait. Elle intervint pour recentrer la conversation sur les faits qu’il s’agissait de considérer :

— Un des œufs à éclot, et Maelivia a supplié Nicophène de sauver l’oisillon. Et il l’a fait. Parce que le problème c’est que cette créature obéit à cette gamine plus qu’à toi !

— Je n’ai pas de problème d’autorité avec Nicophène, s’indigna frère Troc, avant d’ajouter sur la défensive. Je crois que vous cherchez à fuir vos responsabilités, après tout la nourrice de cette gamine c’est vous, c’est plutôt à vous qu’elle devrait obéir ajouta-t-il, sans trop de conviction, tout en continuant à se gratter consciencieusement.

— La question n’est pas là, intervint Ombred’Or, désireuse de redonner à l’échange toute sa dimension tragique.

— Et où est-elle alors ? interrogea mollement frère Troc.

— Ici ou ici ou ici pouffa Maelivia en désignant tour à tour la multitude de signe en sève de klorax dont les chatoiements animaient la clairière et en arrière-plan illuminaient la forêt.

Frère Troc la foudroya du regard.

— La question est, repris Ombre d’Or: qu’allons-nous faire des nicophons et à quoi vont-ils ressembler ?

— Les quoi !? interrogea frère Troc qui avait cessé de se gratter et dont le coude restait suspendu dans les airs.

— Les nicophons ! lui répondit Maelivia comme s’il s’agissait d’une évidence.

— Une chimère, compléta Grua, un mélange entre des cellules de Nicophène et certaines des cellules de l’oisillon…

— Quoi !!! s’indigna Radigan. Vous avez initié une symbiose par cleptoplastie !


— Oui, répondit savamment Maelivia, par transduction aussi. Nicophène a dû avaler l’oisillon. Tu vois, pas de quoi s’énerver, ce n’est pas si différent de ce qui est arrivé aux autres…. Mais d’après Nicophène, on peut aussi parler d’une mutation par conjugaison. Entre ses cellules et celles du chronk vont s’établir des pilis, comme des fourmillages entre deux îles, mais à une toute petite échelle…

En somme c’est une toute petite expérience… Ou une toute petite bêtise, précisa Maelivia en plongeant son regard transparent dans les yeux de sa nourrice, soucieuse qu’elle était de rétablir à son tour une juste vision des choses.

Radigan en voulait à Ombred’Or. A cause d’elle, des choses écrites urticantes avaient fleuri sur quasiment tous les arbres autour de la clairière. Mais que ressentait-il à l’instant pour Grua? Il tourna la tête vers elle. Les sourcils froncés jusqu’à toucher l’arête de son nez.

— Et je peux savoir ce que tu lui as appris pour lui donner des idées pareilles ?

Mise en accusation et acculée, Grua bredouilla :

— Le bouturage… Je lui ai simplement appris le principe du bouturage appliqué aux fruitiers.

— C’est tout, tu es certaine que c’est tout ?

— J’ai peut-être évoqué les limaces de mer, celles qu’on appelle « feuilles qui rampent », avoua Grua. Mais ce n’était pour moi encore qu’une théorie… J’étais loin d’imaginer… Et puis il me semble que les choses étaient déjà… je ne sais pas si mon intervention…


Khalaba se rapprocha de la vieille Grua et posa une main bienveillante sur son épaule.

— Je sais, je sais, la consola-t-elle, on n’imagine pas…

Ombred’or voulut de nouveau recadrer le débat.

— La question est de savoir ce que nous allons bien pouvoir faire de cette chose quand elle sera là.

— Nous ne savons même pas à quoi elle ressemblera, le phénomène est totalement aléatoire, soupira frère Troc. Il est à espérer que la créature ne sentira pas aussi mauvais que les chronks, ajouta-t-il. Ses démangeaisons cédaient la place à un grand sentiment de lassitude.

— Vous racontez n’importe quoi ! accusa Maelivia. D’abord, il y en aura plusieurs ; ensuite ce ne seront pas des choses, mais des bébés de Nicophène, des nicophons ! Et puis, en plus, d’après ce qu’il m’a raconté, je ne suis pas la première, pour une fois, à avoir eu ce genre d’idées. Avant, il faisait la même chose pour un certain Jugan… Jugantur ! Voilà un sacrément méchant bonhomme. Vu que Nicophène ne pouvait même pas garder ses créatures… Il lui arrachait ses bébés… Dès qu’ils sortaient de sa poche… Nicophène en pleurait.

— Voyons Maelivia, Nicophène ne pleure pas ! l’interrompit frère Troc. La mention du nom de son mentor Jugantur l’avait ramené plusieurs années en arrière alors qu’il était tout jeune homme. L’état d’esprit de Laborantina l’habitait. Il avait l’impression de se couler à nouveau dans le familier brouhaha du réseau neurovial, retrouvant du même coup toutes ses certitudes. Une créature ne ressent pas, elle n’appartient pas au même ordre. C’est un procaryote et un procaryote n’a pas d’identité propre. Le morcèlement de ses cellules à nucléoïdes est emblématique. C’est une simple matière première qu’il appartient à l’homme de mettre en forme. Plusieurs copies de son ADN coexistent, chaque base peut reproduire les caractéristiques physiques de la cellule et, à terme, de tout ou partie de la créature. Cette coexistence contraire au principe d’unité fondamentale du « Je » et du « Tu », comme de l’espace et du temps, prouve la non appartenance au règne de la conscience des créatures. Telle était l’injonction qui l’assurait qu’une créature ne pleure pas, ne rit pas, ne ressent pas d’émotion et surtout ne participe pas au réseau neurovial. Mais comment partager avec eux cette évidence, sans les informer des développements futurs que connaîtrait l’exercice de la parole, sans troubler et égarer un peu plus l’esprit de ses compagnons, déjà bien éprouvés par la découverte des possibilités génétiques offertes par l’organisme bicéphale, alias Nicophène.

— Peut-être, admit Maelivia qui, mesurant la fragilité de ses acquis théoriques en manipulation génétique, ne souhaitait pas s’aventurer sur un terrain où elle n’avait pas les moyens de faire valoir son opinion. N’empêche qu’il pleure ; je l’ai déjà vu. Et puis si je ne l’ai jamais vu rire, c’est parce qu’il n’a pas le sens de l’humour. Il a même en général plutôt mauvais caractère. Même que, la dernière fois, il s’est vexé et on a rien eu à manger.

Frère Troc ferma les yeux. C’était vrai, Nicophène les avait tous plantés là, la veille au soir, sans explication, sans raison. Il n’était ni parti chasser, ni parti sur son ordre. Il avait pris seul l’initiative de les laisser l’attendre sans leur fournir les chronks promis ; il avait fait preuve d’un certain degré d’autonomie. D’autonomie ou d’indépendance ?


Frère Troc se revoyait jeune homme dans son impeccable combinaison blanche. Quelques jours avant son départ. Sûr de sa capacité à accomplir sa mission. Fier de disposer du premier bicélophale inter-temporel pour accomplir ce qui allait devenir le voyage initiatique de toute une vie. Déjà à l’époque, lors des premiers essayages, une petite chose clochait. Oh, une simple vétille, une broderie dorée qui ornait la cuisse droite de son costume. Un détail anodin qui s’était révélé annonciateur de tant de difficultés à venir. De quel degré d’autonomie ou d’indépendance disposait-il, lui-même, à l’époque ? Sa cuisse le démangea. Il  souleva le pan droit de sa robe de bure. Une plaque rouge se dessinait, légèrement enflée, de la hanche jusqu’au-dessus du genou. Cette fois encore, il n’échapperait pas à l’urticaire.


— Dans tous les cas, surtout s’ils sont nombreux, nous aurons besoin d’aide, déclara Grua. Nous devons aller chercher Gruo. Lui seul pourra gérer et orienter les évènements à venir dans un sens qui nous soit favorable.

Ombred’Or, toujours mesurée et rationnelle, prit la parole.

— Grua, loin de moi l’idée de te blesser, mais je doute que Gruo, quelles que soient ses qualités, puisse à lui seul résoudre toutes les difficultés auxquelles nous sommes susceptibles d’être confrontés lors des prochaines lunes. Beaucoup de phénomènes restent inexpliqués. Pour n’en citer que quelques-uns : nous avons une poignée d’écervelés qui adoptent des comportements certes aberrants, mais coordonnés, et ce de manière inexplicable. Nous aurons à gérer des … des créatures.

— Des nicophons ! hurla Maelivia, c’est quand même pas si difficile à retenir !

— Bon, des nicophons, soit. Cela dit, bien des questions me traversent l’esprit. Pourquoi le grand maître Rocalop veut-il dissimuler la chose écrite, que craint-il ? Et toi, frère Troc, d’où viens-tu vraiment et quel est ton rôle ?

— Hein, qui ? Moi ? répondit frère Troc, occupé qu’il était à gratter sa jambe.

Parfois, cet homme d’âge mûr faisait l’effet d’un adolescent idiot, mû par de brefs sursauts d’intelligence, voire de préscience… Le temps pour la société des îliens était comme une surface inégale. Contractée à certains endroits, dilatée à d’autres. Dans les écrits qu’Ombre d’Or avait découverts lors de ses travaux de copie sur l’île de la Lumière, le temps était soit linéaire, soit circulaire, puis scandé de façon régulière. Selon cette manière de le réduire à une succession de points équivalents, il était évident que frère Troc, comme Nicophène, n’avait rien à faire dans le segment qui les intéressait, à savoir celui qui rassemblait l’ensemble des îliens dans une même destinée.


— D’où viens-tu ? demanda-t-elle de nouveau à frère Troc.

— De l’île du Verbe, répondit-il.

— Je veux parler d’avant cela, insista Ombred’Or, et savoir qui tu étais avant d’être un frère de la Parole.

— Je viens d’ailleurs, tout simplement d’ailleurs, lui répondit-il.

— Des Monts-Hauts ?

— Aussi.

— Mais pas seulement ? l’interrompit Khala.

— Non, pas seulement.

— Il vient d’après, les coupa Maelivia avec assurance. Et il est venu chercher ceux d’avant. Entre temps, il s’est perdu avec nous sur les îles, et il était aussi perdu aux Monts-Hauts, et encore avant, égaré dans les Plaines Ourlées… Il croit sincèrement aux sources et à la parole, comme si on ne s’en passait pas très bien ici. Il vit depuis des années avec Nicophène et n’a pas encore compris qu’il n’était pas une chose, une simple créature. En un mot, il n’a pas compris grand-chose et il s’est complètement fourvoyé dans une époque qui n’est pas la sienne… Et c’est à lui que vous voulez demander qui il est et ce que nous devons accomplir ? Laissez-moi rire, ironisa Maelivia.

— Elle est impertinente, enragea frère Troc devant l’auditoire sidéré. Mais, je dois l’avouer, elle n’a pas tort… Je m’appelais Radigan avant de devenir un frère de la Parole. Et elle a parfaitement raison, je me suis perdu dans la trame du temps et de l’espace. Et il y a pire… J’ai tué. Trois fois… Trois frères.

Pour la première fois depuis le début de son long voyage frère Troc posa les paumes de ses mains contre ses yeux et sanglota. Pendant qu’il pleurait, nul réconfort émanant d’un réseau mental quelconque ne vint apaiser sa douleur. Mais, accompagnant le relâchement des tensions multiples qui l’écartelaient et avaient contenu si longtemps ses paroles et ses gestes, trois paires de mains vinrent se poser sur son dos replié. Elles portaient les murmures rassurants de ses compagnons de voyage.

— Mais tu nous a sauvés…

Vinrent se joindre à eux les voix douces des écervelés qui, les mains luisantes de sève luminescente, entonnèrent une psalmodie lente.


Maelivia quitta le cercle. Elle ne se reconnaissait nulle sympathie pour la faiblesse. Il avait fallu tuer. Il faudrait peut-être tuer encore. Elle habitait le doute et cela ne l’effrayait pas.

Quelques instants plus tard, Ombred’Or et Grua la rejoignirent.

— Il nous faudra réunir d’autres scientifiques. A part Gruo, ceux de l’île de Croix ne sont pas fiables. Les frères y sont trop puissants. Leur absence paraîtrait étrange. Ils seraient recherchés…

— Maelivia, tu devras finalement te rendre dans les mines de plastique. Identifier les laborantins qui pourraient nous aider.

— Te souviens-tu, ajouta Khala, de ta mère adoptive. Peut-être pourras-tu la revoir ? Il faudrait que tu cherches aussi une autre femme. La mère de ThéoGus et de Fabliro. C’est elle qui m’a donné le bracelet de jade que je porte. Prends-le, je te le donne. Montre-le lui. Dis-lui que les Laborantiens ont besoin d’elle. Nous devons renaître de nos cendres et transformer cette île.

— Et les autres ? compléta Grua. La chose écrite, les nombres… tout cela doit être partagé. Nous n’arriverons pas à survivre seuls.

Maelivia ne répondit pas tout de suite, elle était sidérée.


— Les mines de plastique, répéta-t-elle avec effroi un peu plus tard. Elle qui pensait avoir laissé ce cauchemar derrière elle. Mais, et mes leçons ? Et la chose écrite ? interrogea-t-elle, elle qui pensait en fait : Et Nicophène ? Et les nicophons ? et mon enfance ?

— Frère Troc t’accompagnera, dit calmement Khalaba. Tu apprends vite, tu sembles déjà en savoir beaucoup plus que nous. Va graisser tes gourdes. Vous partirez dès demain. Peut-être Nicophène pourra-t-il vous accompagner au moins sur une partie du trajet malgré son état ?


Epuisé par son eczema, Radigan ne tarda pas à rejoindre son nid, bientôt imité par Ombred’Or soucieuse et Khala inquiète de laisser partir sa protégée au-delà des plages rassurantes de l’île de la Fournaise. Grua se retrouva seule. Elle envisageait de discuter avec le bicéphale des détails du trajet. Pourrait-il la déposer sur l’île de Croix et, si oui, quand et comment ?

Elle voulut en définitive rejoindre son nid, fit avança dans la direction qui lui semblait la bonne, cherchant les marques laissées à son attention par Maelivia. Tous les arbres en était maintenant pourvus. Elle soupira décidée à faire demi-tour. Mais l’amoncellement des caractères « ici » et « là » qui illuminaient l’orée du petit bois des arbres lièges la découragea.

Résignée, Grua décrocha une large feuille de parabanasol qu’elle étala sur le sol avant de s’allonger et de fermer les yeux, épuisée, encore une journée ou elle n’avait fait que tourner en rond.

Elle dormit mal, rêva de chronks géants pourvus de queues de kangourou, et se réveilla au matin entourée par des écervelés joyeux qui tapaient dans leurs mains et se lançaient des banacoco. Elle s’assit dubitative et les regarda faire. Comme rien ne perturbait leur jeu, elle se leva finalement. C’est alors qu’elle reçut en pleine face la banacoco qui éclata sous l’impact en une purée onctueuse et sucrée. Aussitôt, les écervelés se dispersèrent comme une volée d’oiseaux piailleurs. La journée commençait mal.

Le ciel soudain s’assombrit. Maelivia se tenait sur Nicophène. Elle portait son chapeau à larges bords et le bracelet de jade étincelait à sa cheville. A sa taille pendaient deux paires de gourdes. Elle a grandi, pensa Grua.

Découvrant le visage de sa mentor maculé de banacoco et les écervelés maladroitement dissimulés aux alentours, Maelivia la salua par ces mots « Je crois que Glupi est vexée que tu délaisses ses nids », puis elle éclata de rire comme si de rien n’était.

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