La vie ne tient qu'à un fil…

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L’obscurité, soudaine, inattendue, où que mon regard se pose règne cette noirceur, pesante, oppressante, comme un tunnel, non, comme un entonnoir, mais sans aucune issue visible… L’obscurité et cette voix… Un voix que je reconnaitrais entre mille, sans pour autant arriver à me souvenir à qui elle peut bien appartenir… Je cherche, autour de moi, d’où peut elle venir, essayer de deviner dans le noir le visage qui répondrait à ma question…

Tout ce que je perçoit, c’est un flot de paroles ininterrompues, d'où ressortent quelques mots… “Mon Loulou”... “Amour”... “Continuer”… “Te battre”... “Lutter”... “Vivre”... “Je veille sur toi”... “Je te lâcherai pas”... Et soudain… Une ombre… Plutôt une silhouette… Qui se laisse deviner, toute proche… Et je reconnais un visage… Familier… Et pourtant… Toujours pas le souvenir de sa propriétaire… Je connais son prénom… Je sais qu’elle a beaucoup compté dans ma vie… Mais son prénom… Les paroles aussi commencent à s'imbriquer… A former des phrases… Par bribes, puis plus complètes… Jusqu'à ce que la voix soit vraiment proche… Là! Juste à côté…

“ - Mon Loulou… Je suis là… Je veille sur toi… Mon Amour, il faut que tu te battes… Que tu continues à lutter… Il faut continuer… A te battre, à vivre… Je te lâcherai pas… Pas maintenant… Penses à tes Princesses… Ne les abandonne pas comme je l’ai fait avec toi…

- Cess?

Oui… Voilà… C’est pourtant évident…

- Oui mon Loulou, c’est bien moi. C’est rien de grave, ne t’inquiètes pas. Je suis là, près de toi et je veille, je t'abandonne pas cette fois…

- Tu m’as pas abandonné, j’ai jamais pensé ça… T’es toujours là, je le sais…

- Allez mon Amour, tu dois vivre, encore, longtemps… Ouvre les yeux… Tu vas avoir mal, mais c’est rien comparé à ce qu’elles risquent de ressentir si tu abandonnes maintenant…

- Mais je suis bien… Ici… Avec toi…

- NON!!! Ta place n’est NI ICI, NI AVEC MOI!!!… T’as une fille à élever, une fille qui porte mon prénom, et il est HORS DE QUESTION qu’elle soit malheureuse… Qu’elle grandisse sans son père!!!

- CÉCILIA!!!"

Et soudain le silence de nouveau, et l’impression de décoller, de prendre mon envol, vers une semblant de lumière…

*****

- Allo, oui?

- Mademoiselle Rivière?

- C’est bien moi.

- Adjudant Christophe, peloton de gendarmerie d’Embrun. Vous êtes bien la compagne de Monsieur Gallo?

- Oui. Il y a un problème?

- Je vais pas vous mentir, oui… Mr Gallo a eu un accident de vélo, assez grave, il y a environ une heure, sur la route entre St André et St Clément…

- De… Mais… Non… Non… NON!!!!

- Calmez-vous… Calmez vous… Il est entre de bonnes mains... Il a été pris en charge par les pompiers, et héliporté à Briançon.

- Je… Il va bien?

- Je ne sais pas… Vivant oui, mais je n’en sais pas plus… Il a fait une chute violente, d’après les témoins il a voulu éviter une voiture qui lui arrivait en face, il a percuté un arbre de plein fouet.

- ...

- Mademoiselle? Vous êtes toujours là?

- Allô, qui est à l'appareil?

- C’est la gendarmerie, adjudant Christophe, et vous êtes?

- Monsieur Rivière, le père de Charl… De Mademoiselle Rivière. Que se passe-t-il?

- Monsieur Gallo, votre gendre, a eu un accident de vélo il y a peu, il a été serieusement touché, il a été héliporté sur Briançon, je n’en sais pas plus sur son état.

- Hum… Ok, merci pour le coup de téléphone, on s’en occupe.

- Merci monsieur et courage à votre fille… Au revoir.

- Au revoir…

*****

J’aime ces après-midi de début d’automne, quand le soleil réchauffe encore l’air frais de la vallée, créant ces petits courants d'air agréables. Je profite de ce samedi ensoleillé pour parfaire ma préparation, avant de m’attaquer à deux gros morceaux dans les weekends à venir, deux nouveaux défis, deux monuments de provence.

Le premier, la montagne de Lure pour commencer, avec une boucle d’environ cent kilomètres, en passant par Forcalquier et Sisteron. Le second, le géant de Provence, Monsieur le Mont Ventoux, au départ de Sault, passage par les gorges de la Nesque pour rejoindre Bédoin, puis la terrible ascension jusqu’au sommet, avant de redescendre jusqu’au Chalet Reynard et de retourner a mon point de départ.

Je me prépare donc physiquement pour réaliser ces deux rêves, après mon exploit dans les Alpes quelques années auparavant, et aujourd’hui, il fait encore chaud, un peu trop pour me lancer dans l’ascension d’un col, j’ai plutôt envie de me faire plaisir, et choisis un parcours plutôt plat et roulant, un aller retour jusqu’au berges du lac de Serre-Ponçon, par les chemins de traverse.

L’aller se passe sans soucis, et après deux grosses heures d’effort, j’arrive a destination, sur ce banc où nous nous sommes dit “ je t’aime “ pour la première fois avec Charlène, j’y suis resté une bonne demi-heure, le temps de grignoter un morceau, de boire une bonne rasade d’eau, et de profiter du panorama. Mais l’heure tourne et si je veux être à l’heure pour rejoindre les filles chez mes beaux-parents pour le repas de ce soir, je vais devoir m'employer sur le retour, hors de question de prendre la grande départementale, qui me ferait pourtant gagner une bonne vingtaine de minutes, mais prendre des risques avec la circulation.

Je reste donc sur mon itinéraire de départ en poussant fort sur les pédales, traversée de Savines-le-Lac, Crots, Barratier, les jambes tournent bien, ma vitesse est superieure à celle prévue, la circulation assez rare sur ces petites routes.

A vrai dire, je n’ai jamais eu à me plaindre des automobilistes depuis mes débuts sur le vélo, en faisant un tant soit peu attention, aucun ne m’avait mis en danger, ni même effrayé par sa conduite. Je suis donc en confiance, gardant toujours une marge de sécurité avec le bord de la route, et le ruban d’asphalte défile sous mes roues, après un belle descente en pente douce et une partie bien raide, j’arrive sur une portion plate, la route qui serpente à flanc de montagne n’est pas large, le revêtement usé, mais la Durance en contrebas, et les champs de l’autre côtés rendent cette partie assez agréable. Je passe sous le village de St André d’Embrun, encore quelques kilomètres de plat avant d’entamer la descente, d’ici un quart d’heure…

Un trou noir… Le silence… Puis cette voix… Ce sermon pour terminer… Et une immense douleur qui commence à naître dans tout le corps, ma jambe droite, encore, mon torse, mon bras droit, ma tête… Lorsque je tente d’ouvrir les yeux, une lumière aveuglante me vrille le cerveau, et je ne parle même pas d'essayer de bouger un seul orteil, une onde de douleur me traverse de part en part, chaque respiration me donne l’impression qu’un éléphant est assis sur ma poitrine. Je ressens cette douleur, et pourtant je ne souffre pas, juste cette sensation bizarre que mon esprit et mon corps ne sont plus unis, mais ont été séparés. J’entends des voix autour de moi, enfin, je perçois des voix, mais je ne comprends pas un seul mot, il y a les bruits aussi, lancinants, répétitifs, avec un certain rythme, ça me rassure sans savoir pourquoi.

Je me sens vraiment las, vidé de toute énergie, avec cette envie de replonger dans l’obscurité, de fuir ce semblant de lumière. Les voix disparaissent, puis les bruits avec elles, puis reviennent, et repartent, comme les vagues refluent sur la plage.

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