Gourmandise. V.

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La semaine suivante, je me retrouve à une soirée étudiante. Comme la plupart des jeudis soirs, par ailleurs. Une bonne centaine d'étudiants s'est réunie dans un de ces pubs irlandais où flotte une odeur persistante de rugbymen et de Guiness. Des effluves de testostérone me montent à la tête. C'est un soir de match et une horde de mâles s'est attroupée devant un écran géant. À la tension qui règne, je devine un match serré et plein de rebondissements. Les "Ah" et "Oh" se succèdent, ponctués de "Mais il y a faute ! Et que fait l'arbitre !?"

Dans ce brouhaha général, je scrute la salle dans son ensemble. Je repère Rodrigue, attablé en compagnie de mes camarades, trinquant et buvant à grand soif. Je me faufile entre les supporters et les rejoints. Je salue tout le monde et Rodrigue me sourit avec insistance. Son regard ne me quitte pas, j'essaie de ne pas croiser le sien et tente de me concentrer sur la conversation voisine. Au bout de quelques minutes à m'épier sans ciller, il me propose de l'accompagner au comptoir pour me servir. Je le suis à travers l'attroupement et m'agrippe à sa ceinture pour ne pas le perdre. Le simple fait de sentir mes doigts si proches de ses fesses m'ouvre l'appétit.

J'observe tant que possible son arrière-train. Arrivés à destination, je le relâche à contre-coeur. Nous commandons nos bières et nous nous hâtons à l'extérieur, loin du vacarme et des effluves des supporters. Un brin éméché, il me fait la conversation en balbutiant. Son débit de paroles est impressionnant. Son ivresse et son léger accent catalan m'amusent et me charment. Malheureusement, sans doute sous l'effet de l'alcool, ses mots dépassent ses pensées :

"Alors, tu te tapes qui ce soir ?"

D'abord étonnée de la question, puis gênée, je décide de la jouer lassive pour l'attirer vers moi :

"Je ne me sais pas encore. Si tu ne fais rien après...".

Il marque un léger recul ; subtil, mais suffisant pour me refroidir.

"Ecoute, on a eu du bon temps plusieurs fois tous les deux, concède-t-il. On s'est bien amusés, c'était génial. Mais j'ai besoin d'autre chose. Je ne peux pas me contenter d'une partie de jambe en l'air de temps en temps, aussi intense soit-elle. J'ai besoin d'avancer et de me construire avec quelqu'un qui veut se stabiliser, pas quelqu'un qui saute sur tout ce qui bouge. Je veux pouvoir me lever le matin avec la femme que j'aime et savoir que je la retrouverai le soir sans qu'elle se soit fait culbuter par un inconnu. Et je pense qu'avec toi, on est très loin de ça."

Je reste silencieuse. Ses paroles résonnent en moi comme un écho, fissurant un peu plus mon estime. Je repense à Mathilde et à notre partie à trois.

"Et l'autre soir, quand tu as sauté ma copine Mathilde, comment tu expliques ce comportement ? Tu n'avais pas l'air d'avoir envie de stabilité !

- J'étais bourré. Et excité. Et en manque. Et je repensais à nos quelques nuits passées ensemble, et j'avais besoin de te voir. J'avais envie de toi. Je sais que tu es toujours là quand on a besoin de toi. Et je vous ai vu toutes les deux. J'ai craqué. Je n'ai pas pu me retenir de me déshabiller et de la prendre de suite. Pourtant, ce qui m'excitait la plus, c'était de te voir prendre du plaisir. Voir tes mains attraper ses fesses, la caresser, te voir l'embrasser. Tout ça m'a tellement excité que j'ai joui presque de suite. J'avais honte, je ne me suis pas attardé…"

Ainsi donc, c'était ça. L'alcool, l'excitation, la honte. Un cocktail détonnant, un peu celui que nous savourons à l'instant.

Des hurlements de joie s'élèvent du bar. Une légion de supporters envahit la place et nous oblige à nous rapprocher. Nous sommes d'ailleurs tellement collés que je sens une bosse sans équivoque contre mon bassin. Profitant de la densité de la clientèle, je glisse ma main sur son entrejambe. Il parait que je suis une salope. Lui ne se gêne pas non plus et glisse sa main pour caresser ma dentelle. J'intensifie mes caresses, me fais plus présente. Si ça ne tenait qu'à moi, je le sucerais immédiatement. Un de ses doigts tente de s'insinuer entre mes fesses. J'attrape son bras et le guide à travers la foule jusque dans une ruelle sombre, loin de l'agitation.

Je le plaque dans un recoin sombre de l'impasse, à l'ombre d'un réverbère. Je m'agenouille devant lui et m'empresse de sortir son sexe durci. Il se dresse fièrement devant moi, comme un soldat au garde à vous. Tout en fixant Rodrigue du regard, j'avale goulûment son sexe. Tandis que je le caresse doucement de ma langue, je l'entends râler et gémir. Il me saisit la chevelure, et sans me forcer, m'intime à poursuivre cette douce caresse. Je continue ainsi quelques temps, mordillant, suçotant, caressant, branlant, savourant chaque partie de son intimité.

Toujours agrippé à ma chevelure, il me relève et me plaque au mur en soulevant ma jupe. Il guide son sexe jusqu'à mon entre-cuisses largement ouverte. Je relève une jambe pour l'aider et le laisse s'installer en moi. Face à face, dans cette sente ténébreuse, il va et vient en moi dans une danse lente et sensuelle, où chacun de ses mouvements me fait frissonner jusqu'aux extrémités. Je profite de cet instant pour lui caresser le torse à travers sa chemise entrouverte. Dans la douceur du moment, je ne sens pas les vagues de plaisir arriver et me laisse submerger. Au bord du gouffre, je le sens venir et me remplir de son jus.

Nous sommes restés ainsi de longues minutes, à nous câliner et à humer nos odeurs. La tête contre son torse, je sens son cœur battre au même rythme que son sexe frémit en moi. La voilà, la plénitude. Pas besoin de parler. Le silence, certes, mais un silence léger, apaisé, serein. C'est pourtant lui qui vient à rompre cette solennité le premier :

"Je t'aime, Jessica"

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