Chapitre 6 - Le Pendentif (2ème partie)

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Avertissement : ce chapitre contient des passages qui peuvent heurter la sensibilité de jeunes lecteurs.

26 mai 1990, Nancy, il y a trente ans

Johana se hâte de rentrer chez elle. La voilà qui marche dans le noir, à côté de Frédéric. Ils n'ont pas échangé un seul mot depuis qu'ils ont quitté la maison abandonnée et le reste du groupe. La nuit est fraîche et l'ambiance glaciale. Ni l'un ni l'autre ne sait exactement quoi dire. Toute cette soirée leur paraît maintenant complètement irréelle. Chacun ressasse une montagne de pensées parasites, et n'a en fait qu'une seule question aux lèvres, qu'il n'a pas le droit de poser : "As-tu accepté le marché ?".

Son ami et coup de cœur habite dans la même résidence étudiante qu'elle, vers laquelle ils cheminent ensemble dans l'obscurité. Depuis qu'ils se sont rencontrés au début de leur cursus, Johana cherche désespérément à attirer l'attention de Frédéric. Son côté mauvais garçon, ses épaules carrées et son irrésistible assurance ont séduit la jeune femme dès leur première rencontre. Alors, quand il a demandé au groupe de se retrouver à la maison abandonnée, elle n'a pas hésité une seconde. Et quand il fallu choisir d'accepter le marché ou non, elle n'a pas voulu passer pour une rabat-joie et s'est lancée. Pourtant les conditions de ce marché viennent de creuser un fossé entre les deux jeunes gens. L'existence des sceaux et le pacte occupent toute la place dans leurs esprits. Ils se jettent parfois un coup d’œil furtif, l'air de dire "Et toi ?", mais seul le silence leur répond. Lorsque l'ascenseur s'ouvre sur le deuxième étage de la résidence, Frédéric lui glisse un sobre "Bonne nuit", et leur conversation s'arrête là.

Johana tourne en soupirant la clé de sa chambre. Qu'a-t-elle fait de mal ? Pourquoi Frédéric ne veut-il pas d'elle ? Poussant sa porte, elle entre et découvre une chaîne dorée gisant sur le drap de soie bordeaux qui recouvre son lit. De fins anneaux scintillent sous la lumière blafarde de l'ampoule basse-conso qui pend mollement au plafond. Un petit pendentif ovale à peu près de la taille se son pouce se détache sur les plis brillants du tissu irisé. La jeune femme pose son sac bandoulière sur une chaise dans l'entrée, enlève ses chaussures et avance, incertaine, vers ce bijou étranger posé sur son lit. Quelqu'un a-t-il voulu lui faire un cadeau surprise ? Le visage de Frédéric fait un passage furtif dans son esprit, mais elle se rappelle qu'elle est la seule à détenir la clé de cette chambre. Lorsqu'elle s'assoit sur le matelas défraîchi, Johana hésite à toucher l'objet incongru. Attirée par la gravité, la chaîne glisse lentement vers le creux formé par le poids de ses hanches. Elle rattrape le pendentif de justesse, et l'observe, perplexe, sur la paume de sa main.

Johana a quitté son Angleterre natale pour perfectionner son français il y a deux ans. Issue d'une famille protestante très traditionnelle, l'expatriation était également l'occasion pour elle de s'émanciper et de s'affirmer. Des années d'éducation stricte ont dramatiquement entaché sa confiance en elle. Le simple fait d'avoir été acceptée dans le groupe des sept est une revanche sur la vie. Johana ne s'aime pas. Elle jalouse les longs cheveux blonds de Marina, et la silhouette impeccable de Francesca. Les garçons ne s'intéressent pas à elle, frustrant des élans de sensualité incontrôlables qui la poussent fréquemment vers le sexe opposé. Au point de l'obséder. Elle rêve éveillée de joutes érotiques avec Frédéric, qui ne cesse de l'ignorer. Elle imagine Philippe et Marina en train de faire l'amour fougueusement, tandis qu'elle se contente de se satisfaire seule sur son drap de soie. Le pendentif à la main, Johana laisse couler une larme sur sa joue. Elle se rend dans la salle de bain pour observer son visage détesté dans le miroir défraîchi. Les murs verts de la pièce lui donnent un teint blafard, presque malade. Elle se trouve encore plus laide qu'à l'accoutumée. Ses traits sont tirés, ses cheveux ternes et ses yeux tristes. Qui voudrait d'une mocheté pareille ?

Un cliquetis métallique la sort de sa contemplation maussade. Le pendentif est toujours dans sa main. Et ses joues toujours humides. Johana se rêve sujet d'un tableau renaissance : une jeune femme bourgeoise déprimée, couverte de bijoux bien plus beaux qu'elle. Et seule dans le cadre. Une parfaite conclusion pour cette journée amère. Elle passe la chaîne de métal autour de son cou, et la ferme sur sa nuque. Le bronze ancien ressort étonnamment bien sur sa peau claire. L'atmosphère de la pièce change imperceptiblement. Son visage ne lui paraît soudain plus si disgracieux. Un élan inarrêtable de séduction lui fait frissonner l'échine. Une bouffée de chaleur remonte le long de ses cuisses. Frédéric craquera ce soir. Mais un bijou suffira-t-il à le faire fondre ?

Johana cherche partout dans sa chambre le tube de rouge à lèvres dont elle ne se sert jamais. Ce rouge sang qu'elle trouve beaucoup trop assumé pour elle. Elle enfile au passage une nuisette de soie violette qui n'avait pas vu la lumière depuis bien trop longtemps, puis colore ses lèvres avec un enthousiasme forcené. Son excitation est telle qu'elle la voit poindre à travers sa nuisette. Impossible d'attendre plus longtemps. Elle sort et court pieds nus dans les couloirs jusqu'à la chambre de Frédéric. Il a à peine le temps d'ouvrir la porte qu'elle se jette sur lui, le presse contre elle, et l'embrasse à pleine bouche. D'un revers de pied contre le battant elle s'assure de leur intimité, puis brusque Frédéric vers son lit. Ce soir là, il ne la repousse pas.

***

Juin 1991, Nancy, un an après le pacte

  • Non mais tu te fous de moi ? Martin, Hamid, et maintenant Thibault, tu comptes te faire toute l'école ? hurle Frédéric
  • Je ne voulais pas mon chou, je n'ai jamais voulu te faire de mal, répond Johana entre deux sanglots
  • Qu'est-ce qui t'arrive ? Je ne te reconnais pas
  • J'avais juste envie de plaire, pour une fois dans ma vie ! Pardonne-moi s'il te plaît
  • J'en ai ma claque, tu fais n'importe quoi ! Reviens me voir quand tu sauras ce que tu veux !

Frédéric tourne les talons et abandonne Johana dans le couloir. Plusieurs regards sont tournés vers elle. La dispute a fait taire le brouhaha habituel de l'intercours. La jeune anglaise sort en trombe de l'école et s'affale en pleurs sur son lit. Lorsque toute l'eau disponible de son corps a été drainée par le chagrin, elle se lève avec un intense mal de tête et va pour étancher sa soif dans la salle de bain. Face au miroir, malgré les rivières de mascara collées à ses joues, elle se trouve toujours séduisante. Elle saisit le pendentif et le fait rouler entre ses doigts. Tout a tellement changé depuis qu'elle le porte. Comme si le monde avait enfin découvert son existence. Comme si les hommes avaient enfin découvert qu'elle était sexy.

Et Frédéric ne sait pas tout. Chaque nuit qu'elle a passé sans lui a été enivrée de la sueur et des râles d'autres étudiants. Ces étudiants qui ne la regardaient pas il y a peu. Ces beaux gosses dont elle rêvait avant, elle les a, juste pour elle, quand elle veut. En peu de temps, Johana a acquis une réputation sulfureuse qui s'est répandue comme une traînée de poudre dans tout l'établissement. Elle qui était invisible attire maintenant tous les regards lubriques des étudiants en mal d'aventure. Autrefois, cela lui aurait plu. Maintenant, son histoire avec Frédéric est en jeu, et cela réveille une angoisse qu'elle avait enfouie depuis près d'un an au plus profond de son coeur.

Celui qu'elle veut vraiment, c'est Fred. Et Fred vient de la plaquer. Ces mots sonnent comme une sentence violente. Lorsqu'elle réalise cette implacable réalité, son cœur tape, de tristesse, de honte et de colère. Ses yeux se ferment et son poing se serre sur le pendentif. Un clic sous son index la surprend, l'ovale du pendentif s'ouvre. À l'intérieur, elle découvre un morceau de toile, un portrait peint à la main. Une belle jeune femme, aux vêtements complètement anachroniques. Ce portrait doit être là depuis très longtemps. Lorsqu'elle essaie de le sortir de son logement, il s'effrite sous ses doigts.

Johana plonge sous son bureau et fouille dans un carton. Elle en sort cette photo qu'elle affectionne tellement. Ils sont tous là. Thomas, Frédéric, Marina, Philippe, Francesca, Dimitri et elle. C'était l'année dernière, quand ils étaient partis tous ensemble à l'Île de Ré. Tout était si simple. Philippe et Marina, amoureux, Dimitri et Thomas qui se chamaillaient pour savoir qui nagerait le plus loin, Francesca qui photographiait tout, et Frédéric, impérial au volley. Johana prend une paire de ciseaux en reniflant et découpe autour de la tête de Frédéric. Elle glisse l'image dans le médaillon et se recroqueville sur son lit. Une vague de larmes la submerge à nouveau, puis elle finit par s'endormir, terrassée par la fatigue.

Tard dans la nuit, une clé se glisse dans la serrure. Frédéric vient se blottir contre elle. Il passe sa main sous ses vêtements, Johana gémit. Désir et culpabilité se mélangent. Comme si la journée n'avait jamais eu lieu, les deux amants s'embrassent à nouveau. Leurs langues humides s’entremêlent. Il glisse sa main sur l'épaule blanche de la jeune femme, puis remonte le long de son cou. Ses doigts se faufilent à travers sa chevelure brune. Voilà sa main toute entière engloutie sous la tignasse bouclée de Johana. Frédéric marque une pause et serre petit à petit ses doigts pour l'agripper. La partition est connue, l'air est maîtrisé. La tête tirée en arrière, le plaisir de Johana arrive rapidement, suivi de près des spasmes de son bien-aimé. L'amant se retire et rajuste la culotte, simplement écartée pour cet ébat de réconciliation.

***

16 Octobre 1991, Nancy, quatre mois plus tard

Johana rentre de son job étudiant. Il est près de minuit. La nuit est tombée depuis longtemps. Quelqu'un la suit. Elle accélère, l'autre aussi. Il est sur ses traces depuis le restaurant. Il la veut, sans qu'il puisse expliquer pourquoi. Le besoin de la posséder a occulté tout comportement rationnel. Elle change de trottoir, et tente de le semer en tournant à l'intersection suivante. Peine perdue, l'homme est toujours sur ses traces. Elle passe à côté d'une zone de chantier. Au sol une clé anglaise oubliée. La jeune femme s'arrête pour ramasser l'arme de fortune. L'homme s'est précipité entre temps à sa hauteur et la projette contre le sol. Comme un animal il la frappe au visage et arrache les boutons de son chemisier. Johana hurle des appels à l'aide qui se perdent dans l'écho de la rue en travaux. À chaque cri qui sort de sa bouche, un violent impact sur sa joue l'étourdit un peu plus. Sa lèvre saigne, ses larmes s'envolent, projetées par la paume de l'agresseur. Au troisième choc, le pendentif percute le sol, roule sur l'asphalte et s'ouvre, libérant la photo de Frédéric. À demi inconsciente, la jeune femme sent l'homme se forcer en elle. Il pousse avec une telle rage qu'à chaque assaut le dos de Johana glisse de quelques centimètres sur le bitume rugueux. Les pointes entaillent sa peau, l'adrénaline de la douleur la réveille.

Refusant d'affronter le visage de son agresseur, Johana tord son cou et retrouve au dessus de sa tête la clé anglaise, maintenant à portée de sa main droite. Elle saisit le manche glacial de l'outil et d'un ample mouvement circulaire l'abat sans retenue contre la tempe de l'homme. L'impact l’assomme, il s'effondre sur elle inconscient. La jeune femme sent une irrépressible nausée monter lorsque l'odeur de sa sueur s'engouffre dans ses narines, elle pousse vers le côté la masse flasque qui la plaque au sol et manque de vomir lorsqu'elle sent l'intrus quitter son corps. Peine perdue, la gorgée de bile qui se presse au fond de sa bouche finit par s'échapper, tout son corps est secoué de spasmes de dégoût. Poussant sur ses jambes chancelantes, elle se redresse ivre de rage et de vengeance.

Johana crie, et frappe sur le crâne de l'homme à terre. Elle crie à l'injustice, à la lâcheté des badauds. Chaque coup est un écho aux assauts de celui qui a meurtri son corps. L'os commence à craquer sous les chocs de la clé anglaise, une éclaboussure de sang jaillit et souille ses vêtements déchirés. Elle continue à frapper et à crier. Les claquements de l'outil se changent peu à peu en bruits de fruits écrasés. Le sang vole et se colle contre sa peau. Lorsqu'elle s'arrête enfin, ce n'est plus une tête qu'elle frappe, mais un tas de chairs gélatineuses. L'arme improvisée émet un tintement métallique sourd lorsqu'elle percute le bitume, infiniment amplifié par le silence ambiant. Ce son résonne dans sa tête pendant plusieurs secondes, puis Johana s'affale sur un tas de sable et pleure des larmes de rage, serrant les dents si fort qu'elles approchent la rupture.

Lorsque ses jambes arrivent enfin à la porter, elle fouille alentour et retrouve avec soulagement le pendentif, noyé dans la marre écarlate et poisseuse.

***

16 Octobre 1991, Nancy, au même moment

À quelques kilomètres de là, Frédéric a un déclic inattendu. Quelque chose ne va pas. Cela fait maintenant quelques mois qu'il s'est remis avec Johana. Mais pourquoi ? Elle l'a outrageusement trompé et humilié avec de nombreux autres étudiants du campus. Sa décision était claire : il ne voulait plus avoir affaire à elle. Alors pourquoi ? Il peine à se rappeler de ce qui s'est passé ces derniers mois, comme si ses souvenirs s'effaçaient peu à peu. S'étaient-ils vraiment remis ensemble ? A-t-il rêvé tout ça ? Rêvé quoi d'ailleurs ? Une heure passe, pendant laquelle il reste prostré sur son lit.

On toque à sa porte. Ce n'est pas le moment, Frédéric veut être seul. Quatre coups de poing appuyés insistent. Pas moyen d'être tranquille. Le battant révèle quelqu'un qui ressemble à Johana. Il ne la reconnaît pas, en tous cas pas comme il s'en souvient. Ses vêtements sont couverts de sang et son visage tuméfié. On dirait une morte-vivante. Ses traits sont à la fois familiers et étrangers, à la fois Johana et une parfaite inconnue. Les pensées du jeune homme se mélangent, une tenace impression d'avoir été manipulé bourdonne entre ses tempes. Frédéric prend peur et se précipite vers son lit mais trébuche. Il sort un revolver de sous son oreiller. Le dos contre le côté du sommier, il braque l'arme vers l'improbable créature qui avance maintenant vers lui en tachant sa moquette de sang poisseux.

  • Qu'est-ce que tu fais là ? Pourquoi tu es couverte de sang ? Qu'est-ce que tu as encore fait ?
  • I've been raped, Fred, j'ai été violée, dit-elle en tenant fermé son chemisier déchiré.

Elle ne parvient pas à retenir une vague de larmes qui surgit du fond de sa gorge

  • Quoi ? Violée ? Qu'est-ce qui s'est passé ?
  • Quelqu'un m'a suivi, j'ai essayé de me défendre, mais...

Johana tombe à genoux et essaie de se blottir contre lui. Frédéric la repousse.

  • Qu'est-ce qui t'arrive ? Pourquoi tu es comme ça ? demande-t-elle meurtrie.
  • Je suis vraiment désolé de ce qui t'es arrivé. Vraiment. Mais pourquoi tu te pointes chez moi alors que ça fait des mois que nous sommes séparés ? Tu sais le mal que ça me fait ! Tu n'avais vraiment personne d'autre pour te soutenir ?
  • J'ai dormi dans ce lit cette nuit, qu'est-ce qu'il se passe Fred ? dit-elle entre deux sanglots

Il se lève, l'abandonnant amorphe contre le sommier.

  • Je ne comprends rien, je pensais avoir été clair la dernière fois. Tu ne m'as toujours pas convaincu que tu avais changé !
  • Fred, please, j’ai vécu l’enfer, supplie-t-elle.

Les pensées encore dans le brouillard, Frédéric sort de la chambre, le pistolet à la main. Étonnamment, les étudiants qu'il croise ne sont pas paniqués par son arme, d’ailleurs ils semblent ne pas la voir. Il ère pendant plusieurs minutes dans les corridors, incapable de réfléchir, mais certain de sa colère contre Johana. Une sirène de police retentit au loin, des gyrophares approchent de la résidence. Les étudiants se massent aux fenêtres quand six policiers entrent en trombe dans le bâtiment. Il les regarde incrédule lui demander de s'écarter alors qu'il a toujours l'arme en évidence à la main. Il ne leur est pas bien difficile de suivre la piste de sang qui souille le couloir jusqu'à sa chambre, dont ils défoncent la porte d'un violent coup de pied. La pièce est vide, Johana a disparu.

***

2004, Londres, treize ans plus tard

Johana contemple, satisfaite, la scène de carnage sous ses yeux. Au sommet de la tour de cristal dans laquelle elle vit avec son mari Bernard, "Bernie" Silver, le baron du crime londonien, elle vient de mettre à exécution la dernière étape de son plan machiavélique pour prendre la tête de la pègre anglaise. Le scalpel couvert de sang encore à la main, elle fixe avec un détachement glacial le corps de Bernie, le roi charismatique du Syndicate, l'organisation criminelle aux ramifications infinies. Arriver jusqu'à lui n'a pas été bien difficile, les gangsters sont faciles à séduire et à berner. Réussir à le faire abandonner sa compagne de l'époque et le convaincre de l'épouser a été l'étape la plus risquée. Mais avec la détermination sans faille de Johana et le pouvoir de son sceau, tout était possible. Le dernier obstacle qui la séparait du pouvoir absolu gît ce matin devant elle, nu et sans vie. Elle saisit son téléphone.

  • Niels ? J'ai une lessive délicate à faire au trente-septième. Discrètement s'il te plaît, ordonne-t-elle avant de raccrocher.

Johana se glisse dans un kimono de soie et, une tasse de thé raffiné à la main, contemple le lever de soleil sur son nouvel empire.

***

8 décembre 2011

Le téléphone de Hel sonne. Un numéro inconnu. Ce téléphone ne sonne jamais. Il ne doit pas sonner.

  • Vous avez fait un faux numéro, dit-il immédiatement en décrochant
  • Fred, mon chou, c'est moi.
  • Jo ?

Si Jo l'appelle, Hel sait que c'est sérieux. Il est la cible de nombreuses agences de renseignements et de mafieux vengeurs, pourtant cet appel est de mauvais augure.

  • Un type te cherche, dit-elle.
  • Qui ?
  • Polyphème
  • Le Polyphème ?
  • Oui, sois prudent.

Elle raccroche

***

20 Avril 2020, un mois avant la mort de Philippe Mercier

Le téléphone de Hel vibre.

"Johana Brown, 1970, Londres, 5.000.000$"

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