Prologue

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   Je ne m'en étais jamais rendu compte, mais il m'est arrivé de penser que ma vie n'était qu'une vaste blague. Une tromperie. Une imposture. Pendant longtemps j'ai eu foi en une force supérieure ou divine, qui contrôlait tous nos faits et gestes. Que ce que l'on appelle ''le libre arbitre'' n'était qu'une auto-persuasion des Hommes, pour se sentir indépendants.

   Durant toute ma vie, j'ai pensé qu'une divinité était omniprésente, surveillant nos moindres agissements et calculant nos actions. Un être d'une pureté absolue, et si puissant qui puisse être à la fois partout et nulle part. Qui puisse dissocier l'âme du corps, pour que ces deux entités prennent une route différente après la mort : la première aurait une seconde vie, l'autre retournerait à la source. Je pensais aussi que toute action entraînait une conséquence : les bienveillantes étaient récompensées, les malveillantes étaient punies. Blanc et noir ; noir et blanc.

Mais Dieu joue aux dés.


   Il n'y a dans tout cela ni pureté, ni dualité, ou aucune forme de justice. Toutes ces croyances, sur lesquelles des populations entières, de tous les horizons et toutes les cultures se basent. Basent leur civilisation, leur éducation, leur art et leur vie, leurs espoirs et leurs rêves, leur joie et leur peine, leur amour et leur haine : rien de tout cela n'a de sens. Je crois toujours en une puissance inconnue et inexplicable, qui planerait au-dessus de nous tous, mais elle n'est pas bienfaisante. Elle n'a rien de bienfaisant. Ce ou ces dieux que tous craignent ou vénèrent ne sont qu'impostures. Ils n'évoquent qu'espoirs vains et peurs inutiles.

   J'ai grandi dans l'optique d'un perpétuel jugement divin, dont la sentence est irrévocable et sévère. Pour une vie vouée à la loyauté, le Paradis. Pour une vie de vices et de péchés, l'Enfer. Ma mère me parlait souvent, quand j'étais petite fille, de l'Au-Delà qu'elle s'affectionnait à nommer ''le Royaume des Cieux'', comme s'il nous était promis. Puisque, évidemment, notre famille absolument irréprochable ne pouvait qu'atteindre le Paradis.

Tout est faux.

Il ne s'agit jamais de circonstances ni de conséquences, mais de hasard.

   J'ai toujours cru en lui, aveuglément, sans condition. J'ai toujours été irréprochable, je faisais tout pour être le plus proche possible de l'idée que la religion se fait de la perfection : un modèle de bienveillance et de bienfaisance. Une bonne croyante, prête à défendre les opprimés et les faibles, venir en aide aux défavorisés, combattre dans l'adversité. Croire, encore et toujours.

   Je suis désormais à terre. Comment se battre contre l'impossible ? Jouer pour gagner quand on a déjà perdu ? Je n'abandonne pas, j'accepte la défaite. Je me suis avouée vaincue à la seconde où j'ai su. Tous les efforts, l'espoir et les prières du monde n'auraient pas suffis. Rien n'aurait pu me sauver. Depuis j'attends. J'ai cessé de lutter.

   Lutter pour quoi finalement ? Dix-huit années, fades, ternes, tristes. Je n'ai eu droit qu'à ça. J'ai vécu pour les autres, jamais pour moi. Ça n'arrivera plus. Je m'y refuse. Trop de mensonges, de manipulation, de souffrance. Rien n'a jamais valu la peine de profiter pleinement à mes yeux.

Il est temps que je croie en moi.

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Dernière mise à jour le 24/02/2020

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