Gaia

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Naioji fixait ses bras à la recherche des stigmates de Narue. Mais rien, son corps était aussi vigoureux et vierge de cicatrice qu’avant leur infiltration. A ses côtés, dans la cabine de pilotage dirigée par Guidomex, Hellie fixait les écrans de l’aérostate. Son esprit était occupé à ressasser les inquiétudes qu’elle avait entendu de Vallia.

« Ne t’en fait pas, lui dit Guidomex qui avait remarqué son soucis

— Je ne peux pas m’en empêcher.

— Laissons-les se retrouver. Et laissons Ashron se faire remettre à sa place

— Remettre qui ? demanda Ashron en entrant dans la cabine avec Vallia.

— Toi ! Le vaisseau ne supportera pas une autre colère de Vallia. »

Gênée, Vallia balaya du regard ses amis, puis le fixa sur l’écran transparent qui laissait lentement apparaitre les terres d’Emerala. L’œil perçant de Guidomex repéra une citée à la taille non modeste et chercha une aire d’atterrissage proche pour s’y rendre. La manœuvre maladroitement effectuée, tous se retrouvèrent hors du vaisseau, décidés à découvrir qui pouvait bien être le peuple Emeraliens.

En chemin, les yeux de Naioji se perdirent dans la luxuriante végétation qui les entourait. Tout était propice à la découverte pour la Raeienne. Que ce soit les sciences de la Via, la faune et la flore, la technicité des aerostates ou la découverte social des Eraiens, chaque moment était une occasion d’apprendre à ses yeux.

« Tu vas être servi je pense, lui dit Guidomex en voyant Naioji s’émerveiller de tout ce qu’elle voyait. Vu d’ici, la citée devant nous semble très différente de ce que j’ai pu voir depuis que nous sommes ici »

Rapidement, d’immenses tours blanche se dressèrent au-dessus de la citée qu’il cherchait à atteindre. A mesure qu’ils avançaient, une sensation de déjà vu naquit dans l’esprit des Eraiens. L’environnement qui se dessinait devant eux leur était familier.

« L’intuition de Belenok se confirme, dit Ashron à ses amis en fixant la cime la plus haute d’une des tours maculées. J’ai l’impression d’arriver sur Esgard. »

A l’orée de la cité, Naioji ne savait plus où donner de la tête. Plus de doute, la technologie Esgardienne était à l’œuvre et expliquait les tuyaux de verres reliant les édifices, les panneaux géants et les petits aérostates qui lévitaient dans le ciel, fusant à travers la jungle blanche de tours les surplombant. Autour d’eux, déambulait des Raeiens à l’allure d’Eraiens. Pour la première fois, Ashron, Vallia, Guidomex et Hellie n’était pas les étrangers. Seule Naioji dénotait par son allure et ses oreilles.

Soudain, plusieurs Emeraliens leur firent face. Muet, il bloquait leur avancée, sans pour autant les menacer. D’un coup d’œil rapide, Ashron vérifia si une autre direction était possible, en vain, chaque possibilité étant bloquée par un Emeralien.

« Vous ne risquez pas de passer inaperçu en vous baladant avec une Raeienne fit une voix.

— Qui êtes-vous ? rétorqua Ashron.

— Si vous demandez, c’est que vous n’avez pas à le savoir.

— Puis-je espérer savoir pourquoi ?

— Tout Emeralien sait pourquoi. Vos oreilles, votre taille… reprit la voix en marquant une pause. Même si votre accoutrement dénote, vous n’êtes pas des Raeiens. .

— les Raeiens ne sont pas les bienvenus ici ! lança un Emeralien en s’approchant de Naioji.

— Recule ! s’énerva Guidomex en s’interposant.

— Allons, allons, pas la peine de s’énerver. Le calme est la meilleure des approches face à une situation qui se tend, n’est-ce pas ? reprit la voix en se découvrant face à Ashron, les yeux bleu et sans pupille.

— Comment ? demanda Ashorn en reculant. Vous le voyez ? Le cycle ?

— Et maintenant, je peux voir que vous n’êtes ni Emeraliens, ni Raeien. Que nous vaut une telle visite à Gaia des terres d’Emerala ?

— Nous cherchons des réponses.

— Et ce que je vois va en nécessiter également. D’où venez-vous ?

— Vous l’avez compris, arrêtons ce petit jeu.

— C’est impossible que des Eraiens puissent être ici.

— Vous êtes bien la non ? »

L’ai embarrassé, les Emeraliens se jetèrent des regards décontenancés et un murmure à peine audible parvint aux oreilles de Eraiens.

« Je me nomme Celenok Atriokatek. Qu’est ce qui peut bien vous faire croire que nous venons de cette planète ?

— Je n’ai pas envie de me répéter. » répondit Ashron, excédé.

— Atriokatek ? demanda Vallia en détaillant l’Emeralien face à eux. Aurais-tu un lien avec Celenok ?

— D’où tenez-vous ce nom ? répondit-il de surprise. Belenok est mort depuis bien longtemps.

— Alors tu sais qui il est ? »

Mais seul le silence vint en réponse à la question d’Ashron. Les mots ne suffiraient pas, preuve devait être faite de leurs origines Eraiennes. Lentement, Ashron dirigea sa main derrière son dos et effleura Ragnarok. Ce geste provoqua une réaction hostile des Emeraliens présents.

« Je ne souhaite pas me battre, dit calmement l’Eraien, seulement prouver mes dires.

— Ne bouge pas si tu tiens à la vie.

— Tu penses être le seul à être capable de le voir ? »

Les flux de Via insufflant la vie de Celenok prirent forme devant le regard azuré d’Ashron. Les ruisseaux bleus s’entremêlèrent autour des êtres vivants, tout en contournant les formes des objets présents. Voyant les yeux sans pupille de l’Eraien, Celenok resta un instant immobile et muet. Un combat n’aurait de résultat que la destruction de Gaia et la mort de beaucoup d’Emeraliens. Une rapide analyse de la situation le poussa à laisser Ashron lui montrer l’objet qui était maintenant brandit par sa main.

Et à sa vue, ses yeux ne purent se détourner de la lame d’acier ruisselante de Via.

« Ragnarok ! Comment?!

— Belenok est vivant, sur Era. Des Esgardiens qui n’ont pu fuir avec vous ont survécu en propulsant ce qui restait d’Esgard dans le vide sidéral.

— Alors ils ont réussi ! s’exclama de joie Celenok. Ils ont sauvé Esgard du désastre !»

L’attitude de l’Emeralien avait mué d’hostile à amicale en une fraction de seconde. Une joie entremêlée de soulagement se lisait sur le sourire que tous arboraient maintenant, tranchant avec la froideur qu’ils avaient adressé aux Eraiens.

« Suivez-moi ! » lança-t-il en tournant les talons.

Dans un mouvement de foule ordonnée, l’ensemble des Emeraliens emboitèrent le pas à Celenok, suivit par les Eraiennes et la Raeienne. Dans les rues de Gaia, la foule avançait sans dire mot et traversa la cité blanche et fourmillante composées de panneaux aveuglants, d’aérostates suivant un flot ordonné de routes invisibles et de hauts immeubles reliées par ces transparents tubes de trajet piéton.

Soudain, Celenok stoppa la foule devant un immeuble ridiculement petit, au regard des vertigineuses cimes des autres. Celenok s’avança et le groupe d’Emeraliens se dispersa, laissant les quatre Eraiens et Naioji le précéder. A l’intérieur, la transparence des murs perturba leurs yeux. Le scintillement des lumières se reflétait partout, irradiant l’ensemble du hall.

« Celenok ! interpela un Emeralien qui s’avançait vers eux. C’est eux?

— Il semblerait.

— Par contre, elle n’a rien d’une Eraienne elle, rétorqua l’Emeralien en fixant d’un mauvais regard Naioji.

— Pourquoi tant d’hostilité ? demanda Vallia. Faut pas vous étonner d’être aussi mal vu des Raeiens quand on voit comment vous les accueilliez.

— Leur hostilité envers nous est bien plus grande, mais cela ne vous concerne pas. »

En réponse au regard emplit de ressentiment de Celenok, Naioji baissa le sien. N’appréciant pas la scène, Guidomex posa une apaisante main sur l’épaule de cette dernière et s’interposa.

« Quel que soit ce qu’il s’est passé, vous entretenez cette défiance, reprit Vallia. Vous êtes tout aussi hautain que vos cousins Eraien.

— Je vous l’ai déjà dit, notre histoire ne vous concerne en rien. »

Celenok ne laissa pas le temps au débat de s’installer et reprit son chemin à travers le palais de glace, accompagné de l’Emeralien. Arrivé devant une porte qui prit forme devant eux, il murmura des mots à son compagnon qui partit, puis invita les Eraiens et Naioji à entrer.

La pénombre rendit la vision de tous inopérante après tant de lumière. Un temps fut nécessaire pour que leurs yeux ne s’adaptent, puis ils s’assirent sur des fauteuils disposés en un rang, et faisant face à une estrade sur laquelle cinq Emeraliens s’étaient installés, à les fixer de curiosité.

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