Celenok

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Un lourd silence s’installa, laissant le temps à Ashron de détailler les individus les surplombant. Leur aspect Eraien tranchait avec les habitants de Rae. Vêtus d’habits sobres et maculés, leur apparence jumelle les confondait. L’évolution semblait suivre une forme d’harmonisation chez les Esgardien, à l’instar de leur architecture et peut être même de leur art.

« Alors c’est vous, les Eraiens ? commença l’un des conseillers, sortant Ashron de ses réflexion. Comment avez-vous pu atterrir ici et surtout, pourquoi ? »

Sans détour l’Eraien répondit par le récit de l’invasion Axem sur Era, et des raisons de leur présence. Son histoire fut accompagnée de regards interloqués mais attentifs, les mots ne semblant pas les surprendre. A l’épilogue, le conseiller ayant pris la parole se leva, montrant ainsi sa grande taille et son statut de chef.

« Ainsi, les Axems vous ont envoyé ici pour les aider à vaincre Ryva, marmonna-t-il en portant une main à son visage. Et maintenant, Skyva a réunifié la Communauté.

— Les secrets du cycle lui sont dévoilés et son armée ne connait de limite que la race Axem, ajouta le barbu à droite.

— Avez-vous conscience de la catastrophe à venir ? La conséquence de vos actes ne se limitera pas à Rae, compléta un chauve qui gesticulait depuis le début. »

En réponse à l’accusation, Ashron resta muet et balaya son regard sur les cinq conseillers. Les voir ainsi, assit à juger leurs actes tels des inquisiteurs omniscients et détenteurs du savoir ultime l’agaçaient. Les Emeraliens avaient laissé les Raeiens à la merci de la Communauté de Ryva.

« Vous, Eraiens… Toujours aussi primitif, et si impulsifs, reprit le deuxième chauve de la clique.

— Votre venue a générée une situation qui s’avère difficile, voire impossible à gérer, ajouta le dernier.

— Qu’avez-vous fait, vous ?! coupa Vallia en se levant, qu’avez-vous fait pour empêcher les Axems de tuer autant de Raeiens ?

— Aucun rapport, répondit le chef du conseil constitué face à eux. Nous n’interférons pas avec les existences primitives. C’est ainsi depuis toujours et sera jusqu’à notre fin.

— Foutaises ! rétorqua Vallia en serrant les poings. Vous agissez comme les Esgardiens d’Era ! Faibles et lâches, vous laissez les autres peuples agir tant que cela ne vous affecte pas !

— Penser que nous agissons par lâcheté est une preuve de votre primitivité. Parlons de vous, en quoi avez-vous arrangé les choses ?

— Peut-être en pire, je l’avoue. Mais que faire alors ? Attendre en subissant ? Se cacher et espérer ?

— Peut être… Il faut savoir observer, analyser et élaborer la stratégie adéquate avant d’agir.

— Et quelle est-elle alors ? reprit Ashron pour soutenir sa compagne. Quelle est votre stratégie pour bouter ce fléau hors de Rae et loin d’Era ?

— Révélez nous ce que vous savez sur les Axems. En contrepartie, nous vous laisserons partir.

— Et c’est tout ?! s’énerva Guidomex qui cherchait à garder son clame depuis le début. On vous aide et on se barre ! C’est ça votre proposition ?

— Nous avons couru un risque à vous laisser pénétrer sur nos terres. Ce risque doit se payer par des informations, ou sinon…

— Sinon quoi ? demanda Ashron, ses yeux laissant pupilles et sclérotiques disparaitre

— Ne cherchez pas à nous intimider avec vos tours. La vision du cycle nous ait connus et nous l’exploitons bien plus habillement que vous. »

A la fin de son dernier mot, l’arrogant chef du conseil se mit en quête d’Ashron qui avait disparu. Sa vision du cycle décrivait un mouvement qu’il ne put que voir après sa réalisation. A se côtés, entre lui et le conseiller barbu, Ashron appuya Ragnarok contre sa gorge, laissant l’impressionnante lame d’acier se découvrir à tous.

« Votre utilisation est différente de mienne.

— Bien plus barbare, oui, balbutia le conseiller, une telle connaissance gâchée par une utilisation martiale, telle est la voie des Eraiens.

— Je suis las de me faire insulter, répondit Ashron en retirant sa lame. Nous n’avons plus rien à nous dire. »

Tandis que ses compagnons se levaient pour quitter l’endroit sans mot dire, Ashron jeta un dernier regard derrière lui.

« Se cacher derrière la vertu de quête du savoir pour fuir la réalité ne vous sauvera pas. Skyva va anéantir les Raeiens, Emerala comprit. Votre arrogance n’est rien face à la sienne. »

De l’autre côté, après avoir écoutés les mots et les avoir regardé quitter la pièce, Celenok fit un signe de respect et suivis les Eraiens et la Raeienne. Dans le hall de glace, il les chercha du regard mais fut interpellé par un conseiller l’ayant précédé.

« Quel est ton avis ? Pourrai-t-on compter sur eux ?

— Dans quel but ?

— Raconte leur notre histoire, ils doivent la connaitre. Nous ne sommes pas en tous phase sur la position à tenir. Une guerre est à venir, et le soutien de ses Eraiens, d’une puissance digne de Ragnarok, doit nous être acquis. Je compte sur toi Celenok Atriokatek. »

Celenok laissa l’individu seul et reprit sa quête des Eraiens. Sorti du hall et de nouveau dans les rues de Gaia, il les vis cherchant à sortir de la citée maculée. D’un pas rapide, il les interpella, poussant Ashron à se retourner vers lui.

« Que nous veux-tu ? demanda l’Eraien agacé.

— Mon frère, est-il vraiment vivant ?

— Ton frère ?

— Tu vois bien de qui je parle.

— Souhaites-tu lui parler ? lui répondit Ashron en cherchant Ragnarok avec sa main droite »

Celenok recula instantanément à la vue du mouvement de l’Eraien, préparant à se défendre.

« Détend-toi, lança Ashron en lui tendant l’épée, prend la. »

Intimidé de brandir une si prestigieuse relique de son peuple, Celenok tendit le bras vers elle. La main tremblante, il la saisit et vacilla sous le poids de l’arme. La lame se planta lourdement dans le sol mais l’Emeralien garda le manche en main et s’appuya dessus pour ne pas tomber.

« Ashron ? Ashron ? Tu m’entends ?

Belenok ? répondit Celenok qui n’en revenait pas d’entendre cette voix.

Qui est-ce ? Où est Ashron ? Qui que tu sois, comment peux-tu me parler ?

Ashron est en face de moi mon frère, sois rassuré.

Mon frère ? reprit Belenok dont la voix se mit à trembler. Alors tu es toujours en vie ? C’est impossible ! C’est génial ! Mais c’est vraiment toi ?!

Je ne pensais pas entendre ce timbre de nouveau. Ça semble si… irréel.

Savoir que tu es en vie… Que tu as réussi… je suis à la fois heureux et jaloux !

Pour moi aussi tu sais. Tu as réussi ? Tu as sauvé une partie de notre belle Esgard ?

Et toi, te voilà sur Rae, une lointaine planète sœur de la nôtre ! Ce doit être si fascinant. Nous avions donc raison, tous les deux.

Mais les Axems nous ont imités et sont également ici, avec la même soif de Via.

Tu dois avoir confiance en Ashron et ses compagnons. Je les ai vus vaincre Skyva. Alors que nous les considérions comme primitifs, ils nous ont prouvé notre ignorance. Avec les Raeiens à nos côté en plus des Eraiens, nous ne pouvons que vaincre cette fois-ci.

Peut-être que ça vaut le coup d’essayer. conclut Celenok en se tournant vers Ashron

— Suivez-moi tous, j’ai des choses à vous dire. »

Leurs yeux curieux échangeant regards interloqués, tous emboitèrent le pas de Celenok jusqu’à un bâtiment aux portes grandes ouvertes. Emeraliens y entraient et sortaient à flot continu, et le groupe les imita. A l’intérieur, Naioji s’émerveilla, comme d’habitude, devant les immenses façades transparentes soutenant l’immeuble. Celenok ne marqua pas de pause et ne laissa pas de temps aux Eraiens et à Naioji d’admirer l’endroit. Il avait déjà pris place autour d’une des tables disposées ça et là le long du hall menant aux lieux de commerce. Après un temps d’installation, l’Emeralien prit la parole en gardant sa main sur Ragnarok, posée sur la table.

« A l’aube de la destruction de notre continent, notre peuple ne partageait pas la solution de notre salue. Une partie prônait la fuite du continent dans le vide sidéral, et l’autre la fuite sur la planète sœur d’Era.

C’est moi qui ai conçu la propulsion d’Amatia pour le vide, compléta Belenok qui était entendu par tous. Mais le continent était perdu et une arche devait être conçue pour survivre.

— J’étais opposée à cela car persuadé que les Axems nous suivraient. Et je craignais que l’instabilité des essais sur le réacteur ne nos condamne tous.

Tes craintes ne tenaient pas compte de mes résultats sur les flux cycliques instables. Avec leurs application sur les données de fusion de l’Amatia, le réacteur gardait toute sa stabilité et…

— Abrégez ! Coupa Ashron qui ne voulait pas s’embarquer dans une joute scientifique, au grand damne de Naioji.

— La conception de l’Arche fut une réussite et deux modèles furent construits. L’un pour le vide, l’autre pour Rae. Les Axems nous avaient tellement abreuvé de connaissances sur le cycle de la Via, que nous avons chacun pu appliquer notre théorie : Belenok le réacteur de Via, et moi l’exploitation des flux inter-cycle. Et c’est ainsi que nous avons atterris ici, sur Rae.

— Aussi avancés et incapables de s’accorder sur la survie de son peuple, rétorqua Ashron, vous êtes si similaire à nous.

— Le libre arbitre de nous, Etres de l’Ervilia, nous rends si complexes. A la fois géniaux et si idiots que cela en est risible. répondit Celenok en souriant. A notre arrivé, Emerala fut notre Terre d’accueil. Inhabitée et hostile à cause du froid la glaçant, nous avons entreprit de modifier son climat et de la rendre telle que vous la voyait maintenant. Puis nous avons pris contact avec les Raeiens d’Akmmar.

— Akmmar ? demanda Naioji surprise. Nos récits historiques ne parlent pas vraiment de relation mais plutôt de contacts sporadiques non ?

— C’était il y a bien longtemps et cela s’est très mal passé. Au début, l’entente était cordiale mais notre technologie devint vite source d’envie. Un conflit intense mais non armée se joua avec Akmmar, au point que notre survie fut remise en cause. Nous n’avions donc plus le choix et la menace d’un désastre du Chaos sur Akmmar fut l’unique solution à l’apaisement, et à l’effacement de nos contacts des récits Raeiens.

— Et c’est pour ça que depuis, les Raeiens vous détestent ? demanda Ashron en fixant Celenok. Parce que vous les avez menacés de faire ce que les Axems leur font.

— Pour notre survie, nous n’avions pas d’autre alternative. Nous avons stoppé tout contact et nous nous sommes repliés sur nous-mêmes, laissant les Raeiens libres de leur évolution et de leur destruction. Mais tout ceci doit changer.

Tout comme sur Era, notre peuple ne peut plus agir en se cachant des Axems, espérant que la tempête passe en nous épargnant, c’est illusoire.

— Malgré l’interrogatoire que vous avez subit, sachez que le conseil que vous avez rencontré est partagé. Mon souhait est de m’allier à vous et aux Raeiens pour contrer l’expansion de la Communauté. Et ce souhait est partagé au sein du conseil. Pas par tous, mais ta menace a dû ébranler des convictions, Ashron. »

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