Si... Whether ... لو

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Je ne cesse de penser à toi malgré le fait que j’ai tenté de mettre un terme à mes songeries amoureuses qui n’ont pour personnage principal que ta personne. Je donne libre court à ma fibre imaginaire, non pas chaque fois que je m’endorme, mais à présent même quand je suis éveillée. Comme dans ce cas-ci alors que j’arpente ce petit jardin aux fleurs que la chaleur suffocante de cet été a asphyxiées, que je longe ces couloirs obscurs d’une maison presque abandonnée, voyant par-ci et par-là nos ombres qui se rapprochent timidement, nos chuchotements indistincts et le son mélodieux de nos soupirs.

J’aime me laisser aller aux espoirs d’une vie à deux, d’un amour entre nous, de belles promesses d’un avenir à partager ; quand bien même le retour à la réalité de ton absence est toujours aussi dure à encaisser. Alors dans cette maison de campagne, au jardin fané, aux murs fraîchement peints, à la poussière qui tapisse les sols, je me laisse aller à ce qui me tuera.

Je ne m’attendais pas à ce que tu viennes avec le maçon qui se devait de rénover la maison. Si bien qu’adossée à un muret à consolter mon téléphone, ta présence soudaine et depuis si longtemps désirée et souhaitée, me fait sursauter et fait battre mon coeur à un rythme démesuré. Je m’attendais à te voir dans différents endroits, au lycée lors de la remise des prix, dans une épicerie un petit matin, lors d’une balade anodine dans ton village, seulement pas ici. Mon imagination n’a pas pu prédire cela, en ce jour. Je tente de rester calme tandis que mon père vous salut d’une brève poignée de main amicale. Tu lui souris, répond à des questions basiques sans te rendre compte un instant de mon regard posé sur toi. Tu ne m’as d’ailleurs pas remarquée. Pas encore.

Mon père vous explique le travail à faire : une charpente à réparer et une prise de courant court-circuitée à dédommager. Le premier étant indubitablement celui du maçon, il ne reste à ta charge que la prise. Feignant être obnubilée par mon téléphone comme n’importe quelle jeune fille de dix-huit ans, je prends pourtant le temps de souligner que je ne connais de toi que ce tu voulais bien montrer au monde scolaire. Toi, électricien ? Je ne le savais point. Vous vous approchez tout en échangeant des banalités. Le maçon, homme assez âgé à la tête grisonnante, me salut d’un bonsoir presque inodible, cependant qui fait détourner ton attention vers moi. Les yeux verts rencontrent les yeux bleus. C’est la tempête. En moi. En toi.

Tu sembles un moment désemparé de me trouver ici, ailleurs que dans une salle de classe, ailleurs que dans une cours de lycée bruyante d’élèves et de professeurs. Si j’ai cru te voir rougir légèrement, je n’ai pas le temps de confirmer mes doutes puisque de moi tu te détournes hâtivement à croire que je t’ai brûlé, que je t’ai fait souffrir d’un simple battement de cils, d’un fugace sourire. Le temps s’écoule. Tu es à l’intérieur de la petite maison à la charpente à moitié détruite. Que fais-tu ? Refuses-tu délibérément de sortir à cause de ma présence qui te dérange ? Mon père et le maçon s’avancent vers le portail, discutent vivement d’ustensils qu’il est impératif de récupérer quelque part puis disparaissent sans me fournir davantage d’informations. Si mon père m’a laissée en compagnie d’un homme méconnu, c’est qu’il sait qu’une aucune tentation ne subsiste entre un homme de quarante ans et une fille de dix-huit ans. Il a tord. Le péché nous guette.

Je sens mon coeur défaillir à mesure que je m’approche de ta tanière. J’ai l’impression d’entendre le moindre crépitement d’insecte, de devenir soudainement sensible à tout bruit que naturellement je ne peux entendre. J’entre dans la maison plongée dans la pénombre d’une après-midi chaleureuse et étoufante, j’entends le bruit d’un marteau, le sifflement d’une respiration régulière qui est la tienne. Je m’avance vers la pièce, je franchis le seuil, et te voilà, agenouillé parterre, à visser la prise que tu as déjà réparée.

— Alors prof l’hiver, et électricien l’été ?

Tu lèves ton visage, un demi-sourire sur tes lèvres.

— Apparemment c’est le cas.

Tu ranges ton tournevis testeur et autres clous minuscules dans une petite boîte en métal, puis tu te lèves et époussetes ton jeans bleu marine dans lequel se perdent tes jambes frêles et squeletiques.

— Et ce Bac, jeune fille ?

Je perds un instant mon sourire jovial à l’évocation de cet examen décisif qui m’a laissé un avant-goût de déception et de honte. Je tergervise.

— Je préfère ne pas en parler.

Ma voix tremble quelque peu comme toutes les fois où j’en ai parlé et que j’ai fini par pleurer toutes les larmes de mon corps. Ton regard sur moi pèse une éternité, tu fouilles mes yeux à la recherche d’une réponse que je garde pour moi-même et tu abandonnes devant mon mutisme farouche.

— Parlons d’autre chose, alors.

Tu t’adosses au fauteuil derrière toi, croises tes jambes, m’observes avec ce sourire en coin. J’ai chaud, je voudrais coiffer mes cheveux en un chignon haut, sauf que je les garde détachés car je sais que je suis belle comme cela.

— Parlons de nous.

Cette réplique s’arrache à ma bouche, virvolte dans les airs et atteint tes oreilles. Je me sens rougir, je n’ai pas prévu d’être aussi franche et directe. Tu écarquilles les yeux, étonné par mon audace, probablement ébahi que je puisse être autant tactile derrière mes airs de fille studieuse et calme. Un silence. Un instant où nos sourires s’entrechoquent. J’aimerai que…

Tu t’approches de moi. Peut-être as-tu saisi qu’il n’y a plus rien à feindre entre nous. Nous le savons tous les deux. L’attirance est plus que visible.

—Avais- été tant démonstratif ou es-tu juste perspicace ?

Je comprends que tu parles de toi, de comment j’ai deviné tes sentiments naissants ou du moins ton faible pour moi. Je repense à tes regards lorsque tu m’expliques quelconque exercice incompris, à moi toute seule. C'était évident.

— Je ne suis pas perspicace qu’en mathématique et physique, voyons professeur !

Tu souris. Je pourrai m’avancer quelques centimètres et poser mes lèvres sur les tiennes, pour la première fois depuis toujours. Je n’ai pas le courage. J’attends que tu le fasses, que tu cèdes à ce dont nous avons intensément envie. Succomberas-tu ou as-tu besoin que je te secoue pour le faire ?

— Si tu prévois de m’embrasser, n’hésite surtout pas.

Tu ris sincèrement. Je crois bien que tu n’es nullement du genre à dire des choses sensuelles et romantiques à celle dont tu pourrais éventuellement être amoureux.

— Et la fille qui se dit timide !

Je m’apprête à émettre une objection quand mes paroles s’échouent sur tes lèvres et meurent dans notre premier baiser. Tu m’embrasses. Enfin.

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