Disparue

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Le vieux Caron attendait bien sagement dans la voiture. Il avait fait plus que sa part. La capitaine l’avait appelé sur le trajet depuis Dijon. Lydie n’avait pas appelé sa mère de la journée. Une grasse matinée était possible mais il était 14h. Son portable tombait directement sur messagerie. La policière avait été brusque pour couper court à la discussion, le temps était précieux : « Je m’en occupe Mme Diabaté. »

L’autre était venu finir ce qu’il avait commencé. Il la ramènerait au labyrinthe. Elle en était sûre. Elle chargea Karl de se renseigner sur l’emploi du temps de Lydie la veille. Deux heures plus tard, personne ne savait rien. C’était le week-end. Les quelques collègues contactés étaient choqués et ignorants. En joindre plus, prendrait des heures. La capitaine proposa à deux lieutenants de partir en Moselle. En chemin, elle appela personnellement le sauveur de Lydie.

« Bonjour Monsieur Caron. Capitaine Cartras de la police nationale, commissariat de Dijon. Je suis en charge de l’affaire Lydie Diabaté. Lydie a disparu depuis environ vingt heures. Oui, je suis désolée de vous l’apprendre. J’ai besoin de vous. Nous avons creusé les registres officiels à la recherche d’une structure enterrée datant des guerres sans rien trouver en lien avec la forêt de Reichshoffen. Votre femme a expliqué lors de sa déposition que votre famille est sur ses terres depuis cinq générations. Auriez-vous une idée ? Oui, oui je sais bien que cette question est dingue. J’y ai pensé toute la nuit. J’ai relu la déposition de Lydie et les vôtres. Je vais vous poser une question et vous allez me dire le premier lieu qui vous vient en tête. Ecoutez-bien s’il vous plait. Est-ce que vous connaissez un endroit ancien, antérieur à au moins l’une des guerres, ayant appartenu à une famille qui a longuement hébergé des Allemands ou au contraire extrêmement patriote et qui aurait pu céder son sous-sol à la France en toute discrétion et, qui possèderait des chevaux. Ah, vous en avez deux en tête. Très bien, très bien. Les Gehin près de Heidenkopf et les Briots à Jaegersthal. Merci, merci Monsieur Caron, Martin d’accord. Quoi ? Euh, non, ça ira. Nous trouverons notre chemin. Hum. Une sente forestière. C’est vraiment isolé alors. Intéressant. Laissez-moi y réfléchir…Ok, on passe vous prendre. »

— Philip, on passe chercher Mr Caron à Reichshoffen. Puis on file à Heidenkopf : Une vieille ferme isolée correspond mieux à notre profil qu’un haras plein de monde le week-end. A priori le chemin des Gehin n’est plus entretenu depuis des années.

— Et les chevaux ?

— Quoi les chevaux ? Ah oui. Martin, monsieur Caron se rappelle qu’il y avait une écurie fournie il y a trente ans. Oui, c’est tiré par les cheveux. C’est notre meilleur cheval pour le moment, si je puis dire.

Le temps d’arrivée, la brigade avait du neuf. Un peu de chance pour une fois. Un étudiant se rappelait que Lydie avait rendez-vous avec sa directrice de thèse à la fac. L’accueil avait confirmé sa signature d’entrée mais pas celle de sortie. Ce qui était contraire aux règles de sécurité mais monnaie courante. L’agent avait bien mené son enquête. Il appelait pour dire que le professeur Marie Mathé était propriétaire d’un ferme en Moselle, depuis le décès de son père, environ onze ans auparavant : la ferme Gehin. Cartras appela le commissaire divisionnaire lui donnant les infos : le lieu était identifié, deux agresseurs à prévoir – la prof pouvait être complice sous la contrainte, elle n’en restait pas moins coupable. L’homme n’était pas identifié.

**

L’équipe d’intervention ne serait pas là avant trente minutes. Le commissaire avait donné son accord. Si la victime était encore en vie, chaque minute pouvait être la dernière.

Comme toujours, passé l’attente interminable, tout alla très vite. Avec autant de précaution que possible, la maison fut rapidement sondée sans trouver quoi que ce soit à part deux tasses vides dans l’évier. Suivant les indications de l’ancien, Philip et moi passâmes derrière. Il fallait traverser la cour boueuse pour rejoindre l’étable. Une unique jument y séjournait, une belle bête. Le batiment était de conception basique : il n’y avait pas mille possibilités. Le dernier box vide de la rangée révéla une trappe. Nous descendîmes, lampes torches en main. Des couloirs. Une porte qui s’ouvre et se referme vite. Sans doute la lueur des torches. Sommation. Ouverture de la porte pour trouver une femme blanche –Marie Mathé d’après les photos, en train de sauvegarder des données sur un disque dur.

— J’ai presque fini. J’ai presque fini. Ces enregistrements sont de premières importances.

—Où est Lydie ?

— Attendez, attendez.

—Levez les mains. Où est Lydie ?

—Au labo. Les prélèvements doivent être frais. Ah que d’ennui, que d’ennui. Allez, allez, vous me gênez…Troisième porte du couloir gauche.

Elle nous chassait ! Le lieutenant fit tourner son index sur sa tempe. Elle avait perdu le sens des réalités. Je le laissais là surveiller. Il ne me restait pas beaucoup d’espoir. Mes sommations restèrent lettre morte. La porte était bloquée. Je fis sauter la serrure d’une balle. Une femme en blouse verte incisait minutieusement le front de Lydie, étendue nue sur une table en métal.

—Stop ! Levez-les mains.

—Il faut que les prélèvements soient frais pour que Marie les mette en culture. Laissez-moi finir s’il vous plait.

—J’ai dit stop. Levez-les mains. Lâchez ce scalpel.

Une balafre entre le masque et les yeux : Maryem sans le moindre doute. J’atteignis Lydie tout en sachant déjà. Pas encore froide. Elle était partie. Elle avait des plaques plein le corps, le visage gonflé.

—Vous voyez, on y peut plus rien. S’il vous plait, laissez-moi procéder aux prélèvements. Elle était notre plus belle réussite. Dotée d’une vraie force intérieure.

Je la fixais éberluée.

—C’est un accident. Elle était si agitée à son réveil. Je lui ai redonné une dose de Myolastan. Je pense qu’elle a fait un choc anaphylactique. J’espère que le cerveau n’est pas affecté et que les analyses nous apporteront de nouveaux éléments probants. Puis-je procéder à l’autopsie ?

Il n’y avait finalement qu’elles. Deux femmes vivant dans un monde parallèle, deux meurtrières qui se prenaient pour des scientifiques. Ma dernière pensée en quittant la pièce avec Maryem menottée fut pour la mère de Lydie. Est-ce que lui dire que sa fille était la dernière victime de ses psychopathes serait suffisant pour que je dorme les prochaines semaines?

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