Onze ans plus tôt

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Octobre 2002 – Strasbourg

Les jeunes femmes devinrent amies. Preuve que les amitiés peuvent surgir entre des personnes très différentes. Puis un soir, la reine l’embrassa. Le mal s’incarnait pour la pauvre fille. Dieu la condamnerait. Déjà il punissait sa désobéissance intérieure, sa colère contre son père, cette vie qu’elle détestait…Et là, plus noire, plus sombre, une idée surgit des ténèbres. Une lueur vacilla : une solution.

Il ne fut pas difficile d’être tendre, rester fidèle à sa décision le fut. Terriblement. La récompense se méritait.

Elles s’enfuiraient toutes les deux. Avec le pécule que son père cachait au grenier. Il suffisait d’un dernier trajet en bus et de trente minutes de marche. Passer à la maison puis prendre un autre bus pour le bout du monde, n’importe où.

Une fois devant la vielle ferme, la reine voulut attendre dehors. Son amie lui proposa plutôt un thé, dans sa chambre. Comment résister à la curiosité de découvrir son univers ? La reine entra et but un thé.

Marie entendit des pas dans un demi-sommeil puis la brûlure de la gifle la réveilla tout à fait. Quelle abrutie ! Elle s’était endormie.

—Qu’est-ce que tu fabriques ? C’est quoi ça ? Tonnait une voix d’homme en montrant tout à la fois la femme endormie sur le lit et le sac à dos rempli de fringues à proximité.

— C’est pour toi. Elle me remplacera. Oui. Elle prend ma place maintenant, dit la voix brisée de son amie.

Nouvelle gifle et cri. Essayant d’ouvrir les yeux, la femme allongée aperçoit un homme écarlate qui tient la joue de sa douce amie et la secoue à lui arracher la chair.

—Que crois-tu ? Que tu vas partir ? Tu restes là.

Il saisit une embrasse de rideau et l’attache à sa chaise.

—Et tu regardes. Elle va dormir encore longtemps ?

—Oui. Je lui ai donné tes cachets.

—Parfait. Et commence pas à geindre. Regarde comme je joue bien avec ton cadeau.

La jeune femme fut retournée sans ménagement et violée. Marie avait commencé à hurler en même temps qu’elle. Elle tressautait sur sa chaise pendant que l’homme tressautait sur sa proie.

—Arrête ! Arrête ! criait Marie

— Pourquoi ? C’est pas si mal finalement, répondit-il entre deux ahanements

—Arrête ! Oh Maryem, pardon, pardon !

L’engourdissement était totalement parti. La douleur, elle, était revenue, cette douleur honnie. Encore une fois.

— Ah !! Marie, Marie ! Pourquoi le laisses-tu me faire ça ! criait Maryem

Soudain une grande secousse et le corps s’affala sur elle. Marie s’était libérée et avait fracassé sa chaise sur le crâne de son père. Maryem roula. L’homme, énorme, se relevait lentement. Elle se rua vers la sortie ; il attrapa sa cheville d’une main et le cuir mordit son visage haineux. Marie avait saisi sa ceinture et le battait, le battait. L’homme la saisit en plein vol et arrachât l’embout de la main de sa fille, cinglant l’air lui aussi. Le visage de Maryem éclata.

Elles coururent vers l’escalier, Marie tractant Maryem. L’homme, ivre de colère, les suivait. Marie lui lança un vase vide qui ne l’atteignit pas et se brisa inutilement deux marches plus bas.

—Attends que je vous tienne les petites. Maryem, c’est ça. Maryem, Marie, cela fera deux Marie au lieu d’une. Je vais vous apprend…

Et son pied ripa sur un éclat de faïence. Il échoua à se rattraper et dévala l’escalier jusqu’à ce que son dos émette un bruit de branche brisée. Il ne bougea plus.

Maryem et Marie s’épaulèrent pour atteindre la salle de bain où Marie suivit à la lettre les consignes de Maryem pour la panser. Puis elles se s'écroulèrent dans les bras l'une de l'autre. Au cours de la nuit, elles se racontèrent leurs enfers personnels. Elles se promirent de ne plus être des victimes, d’être fortes ensemble, et de tout faire pour trouver un moyen de rendre les femmes fortes.

FIN

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