Cogito ergo sopio

de Image de profil de ShimonShimon

Alice ouvra ses yeux, tant bien que mal. Elle papillonna durant quelques minutes avant de réellement porter son attention sur la route. Ils étaient partis dèjà une journée entière, mais la ville ne semblait ne jamais se rapprocher. Pire, Alice pensa même un instant qu'elle avait reculé de peur, ce qui lui décrocha un rictus désespéré, qu'elle perdit tout aussitôt. Mais pas moyen de le cacher, il s'en était rendu compte.

- Réveillée ?

Il conduisait la voiture paisiblement, au milieu du désert. On ne distinguait ni ses mains ni son visage dans la nuit, sinon le reflet argenté de ses iris métalliques en direction de la ville. C'était un robot. Un androïde. Une intelligence artificielle, ou, comme on aimait les appeler, un grise-race. C'était commun pour eux, mais ils s'en moquaient bien, non pas qu'ils n'aient pas voulu, d'ailleurs, ne pas s'en moquer. Mais c'était plus fort qu'eux, leur carte mère résolvait les problèmes et les calculs, pas les émotions. Aurait-ce était mieux ? Alice ne le croyait pas. Elle pensait que ça les rendrait moins robotiques, moins ennuyant, et en ce moment c'était ce dont elle avait parfaitement besoin.

- Besoin d'huile ? lança le robot.

La jeune femme offrit comme réponse la même expression ironique qu'elle avait eu en se réveillant. Elle ne savait plus si elle devait rire ou pleurer lorsqu'il déclarait ses blagues du même ton grinçant et agaçant qui lui était caractéristique. Elle avait envie de faire une grimace exagérée, de se mettre à sauter dans tous les sens et de lancer à tout-va de grands "BEEP BEEP ! Je suis un robot, je suis un robot de la ville et je vous emmerde tous !" tout en frappant à grands coups de poings son interlocuteur. Mais elle ne le fit pas. Elle lâcha un simple soupir, et referma les yeux, sachant pertinemment qu'elle était trop énervée pour pouvoir se rendormir correctement et gagnait quelques minutes de sommeil.

La nuit serait longue, se dit-elle. Autant qu'en Norvège, où elle dure deux saisons entières. Elle finit tant bien que mal par sombrer dans un sommeil des plus agités, en se demandant si les norvégiens vivent vraiment dans des igloos et portent des anouraks toute l'année.

***

- Alice, on est arrivés.

Boum. Lumière.

Pour la seconde fois cette nuit, Alice releva derechef ses paupières, désormais plus lourdes que du béton. Elle jeta des regards difficiles autour d'elle, avant de se rendre compte que la lumière qui l'avait agressée venait du store de la station service, ouvert chaque jour de la semaine et chaque semaine de l'année selon le panonceau publicitaire affiché près de l'entrée. Elle se laissa retomber sur son siège en constatant qu'elle avait été une nouvelle fois bernée par l'androïde. Ce dernier la fixait sans aucune gêne de son regard inanime. Intelligent, mais terne ; divin, mais si triste.

- Je vais remettre de l'essence, finit par dire le robot.

- Tu peux y rester, tas de ferraille, murmura la jeune femme.

- Si tu as encore assez d'énergie pour te plaindre va te chercher du café.

Touché. Le robot marque un point, cela dit.

Allez, à trois on y va.

Un.

Deux.

Alice se rendormit affalée sur la banquette, la bave coulant sur les commissures de ses lèvres.


***


On dit que seuls les anges peuvent atteindre la ville. Les damnés, peu importe leurs efforts, n'ont pas le droit de l'atteindre. D'y entrer. Et d'y rester jusqu'à la fin des temps.


Personne ne sait quand donc la citadelle d'argent a été construite. Les plus anciens habitants jurent qu'elle a toujours été là, en tout cas aussi loin que remonte la mémoire d'homme. C'est un espace immuable protégé du temps et de l'espace, un havre de paix réservé non pas aux plus forts, aux plus savants, ou encore aux plus charismatiques — mais à l'élite morale, ceux que l'on nomme saints.

Alice, de toute évidence, n'était pas une sainte.

Seulement, on ne pouvait pas non plus dire qu'elle était une damnée.


***


Le robot la regarda dormir paisiblement. Tendrement, il approcha sa main des longs cheveux aubruns de la jeune fille, et les caressa. Doucement. Lentement. Autant qu'une mère avec son propre enfant, qu'une amante à son amant, qu'un geôlier à son criminel.

Oh oui, sa sinless criminelle.

Piégé dans cette voiture, cette autoroute, cet entre-deux-mondes, et ce...

Jusqu'à ce qu'Alice se réveille.


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Table des matières

En réponse au défi

Introduire un univers de clip musical

Lancé par Orion

Me voilà de retour, pour un défi de taille.

Et de deux !

Pour les principaux intéressés et interessées, je vous demande de reprendre l'univers en décors de fond du clip officiel de Madéon : Your'one.

On y trouve une cité métropolitaine futuriste, grattes-ciels, lumière etc

Mes seules conditions étant :

- Votre personnage devra être accompagné d'un robot pour compagnon.

- Ne pas évoquer cette fameuse tour mystérieuse qui suscite une attraction forte. Bien évidemment.

Sur ce amusez vous bien ! Et bonne chance !

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Silver city, silver summerChapitre0 message

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