3 - Monky

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 L’horrible été d’Édouard se poursuivait tranquillement. On approchait déjà de la fin Juillet et aussi étrange que cela puisse paraitre, Mme Vittel retrouva son sourire. Elle ne paraissait plus du tout anxieuse ni énervée dès qu’elle ramassait le courrier. Au contraire, elle était presque joyeuse même. Malgré tout, elle gardait toujours un œil sur Édouard qui n’en pouvait plus.

Depuis l’incident de la bombe de peinture, Mme Vittel trouvait toujours une corvée à lui faire faire afin de l’occuper (ou de le surveiller). Elle lui avait notamment demandé de ranger et nettoyer de fond en comble la chambre de Ludovic et de prendre une nouvelle pile de vieux vêtements qui lui reviendraient.

Dans cette pile, Édouard trouva un sweat-shirt bleu tout délavé qui n’avait plus du tout le même aspect qu’a l’origine. Quand Ludovic l’avait porté, tout le monde l’enviait et voulait savoir où il l’avait acheté afin d’obtenir le même, si bien qu’Édouard s’impatientait d’en hériter. Mais à présent qu’il avait déteint et qu’il ne valait plus rien, il n’en voulait plus.

Alors que la plupart des habitants de la rue Alfred Jarry roupillait sous la chaleur tonitruante du début d’après-midi, Édouard dut astiquer la baignoire de la salle de bain avec une simple brosse à dent.

Tout en s’attaquant à une tâche de crasse particulièrement difficile, il s’imagina quitter le numéro 27 et sa mère trop envahissante pour partir à l’aventure sans qu’on l’en empêche. Il espéra qu’une personne vienne le chercher pour le libérer de ses chaînes et l’emmener loin d’ici. Inconsciemment, il repensa à ce magnifique jardin qu’il avait vu récemment dans un rêve. Il pensa que c’était le lieu où il voulait être à ce moment précis. C’est alors que quelqu’un frappa à la porte.

  • Édouard, vas ouvrir ! ordonna Mme Vittel d’une voix criarde et désagréable

Il lâcha sa brosse à dent et abandonna la tâche de crasse qui lui résistait afin de se diriger vers la porte d’entrée. Seulement, il ne vit personne. Il regarda à gauche puis à droite mais la rue était calme et déserte, tout le monde faisait la sieste.

  • Plus bas, monsieur, fit une toute petite voix

En baissant la tête, Édouard crut d’abords voir un petit garçon habillé d’une simple chemise blanche crasseuse et mal boutonnée avec un nœud papillon qui penchait d’un coté. Mais, en observant ses oreilles anormalement pointues et ses gros yeux globuleux, il fit un bond en arrière.

  • N’ayez pas peur, monsieur, fit la petite créature avec sa petite voix cristalline, Monky ne vous veut aucun mal.

Édouard resta bouche bée et complètement paralysé. Après un temps, il regarda dans le couloir pour s’assurer que sa mère n’était pas dans les parages puis il referma la porte derrière lui, se retrouvant seul face à la petite créature.

  • Partez ! dit Édouard inquiet, si ma mère vous voit, elle va faire une crise !
  • Monsieur Édouard Vittel doit écouter Monky car Monky n’a pas beaucoup de temps, les moldus vont bientôt se réveiller.
  • Quoi ?... fit Édouard qui ne comprenait rien à ce que la créature disait.
  • Il faut que vous sachiez quelque chose, monsieur, fit la créature avec une voix si basse qu’Édouard dut s’approcher pour bien entendre, vous êtes un sorcier

Édouard ne comprit plus rien, il avait l’impression d’être devenu complètement fou. Face à son visage perplexe, la créature sortit un morceau de papier de sous sa chemise et le tendit à Édouard. Ce dernier recula d’un pas en voyant que ce morceau de papier ressemblait trait pour trait à…

  • La lettre piégée ! Oh non, pas encore !
  • N’ayez pas peur monsieur, cette lettre n’a jamais été piégée, affirma Monky avec un sourire rassurant, dedans Édouard Vittel trouvera toutes les preuves que Monky avancent. Prenez et lisez là.

Édouard s’exécuta avec beaucoup d’hésitations. L’adresse n’avait pas changée, c’était toujours à lui qu’elle s’adressait. Il décacheta l’enveloppe et sortit un parchemin aussi jauni que le papier de l’enveloppe. Il lut à haute voix.

Service d’administration

De l’ACADEMIE DE MAGIE DE BEAUXBATONS

Directeur du service d'administration

et directeur adjoint de l’Académie:

Andromède Alphératz

Cher M. Vittel

Nous avons l’honneur de vous informer qu'Andréa Dénébola, directrice de l’Académie de Magie de Beauxbâtons accepte votre inscription au sein de sa célèbre école de sorcellerie. Le service d’administration, sous la tutelle du ministère des affaires internes, prend en charge tous les frais de scolarités et les fournitures nécessaires à votre rentrée en 6ème.

Néanmoins nous vous enverrons un guide qui se chargera de vous aider à trouver les différentes fournitures susnommées sur le parchemin ci-joint.

Vous êtes attendus Le 4 septembre à 19h00 à la sortie de la station Calysthènes où une place vous est réservée dans un des carrosses menant à l’Académie.

Veuillez agréer, M.Vittel, l’expression de mes sentiments distingués.

Mme Alice Rosmerta

1ère secrétaire du service d’administration

De l’ACADEMIE DE MAGIE DE BEAUXBATONS

Édouard lut et relut la lettre plusieurs fois sans en apprendre d’avantage. Il n’avait pas tout comprit mais il saisit le principal.

  • Je… Je suis un sorcier ?

Ça avait l’air complètement invraisemblable et pourtant, Édouard commença à se faire une raison. Il avait une centaine de questions qui lui venaient en tête et il ne savait pas par où commencer.

  • Alors ce n’était pas mon frère qui… commença t-il.
  • Non, monsieur, répondit-il avec sincérité. Votre frère n’a rien à voir dans tout ça, il n’est pas comme vous, monsieur. Il n’a pas de pouvoirs magiques comme Édouard Vittel.

Édouard n’en revint pas, il avait enfin quelque chose que Ludovic n’avait pas. Des pouvoirs magiques ! C’était difficile à croire et pourtant c’était la vérité.

  • Monky surveillait Édouard depuis longtemps, continua la créature. Car Monky ne comprenait pas pourquoi Édouard Vittel ne recevait pas ce courrier. Monky c’est transformé en chien pour observer Édouard, Monky lui a même sauvé la vie.
  • C’était vous le chien ? réagit Édouard qui dévisageait la créature.

Maintenant qu’il l’observait attentivement, il remarqua effectivement certaines similitudes entre l’animal qui l’avait sortit des griffes de Kevin et la créature qui se tenait face à lui. Ces étranges oreilles pointues et ces gros yeux globuleux, tout ceci n’était pas un hasard.

  • Mais le pétard qu’il y avait dans l’enveloppe… se rappela soudainement Édouard en pensant que cela ne pouvait être que l’œuvre de son frère.
  • Non, monsieur, lui répondit simplement Monky. Ce sont simplement vos pouvoirs qui se sont manifestés c’est pour cela que vous avez besoin d’aller à Beauxbâtons, pour pouvoir les maîtriser. Il ne vous est jamais arrivé de choses étranges ou inexpliquées lorsque monsieur était en colère ou sous le coup d’une émotion ?

Édouard réfléchit un moment et tout s’éclaircit dans sa tête. Le trou qui piégea Kevin et sa bande, la lettre qui explosa en plein vol, tout était le fruit de ses pouvoirs magique qu’il ne maîtrisait pas encore.

Édouard avait encore tellement de questions qui se bousculaient dans sa tête, mais il sentit que la créature s’impatientait. Ce fut à ce moment là que Mme Vittel choisit de faire irruption à la porte d’entrée car elle se demandait ce que pouvait bien faire son fils derrière la porte depuis tout ce temps.

Elle poussa un crie d’horreur qui aurait réveillé sa défunte tante en voyant la créature aux longues oreilles et aux yeux globuleux qui se tenait au pas de sa porte. Monky sursauta de terreur et pris de panique, il s’engouffra dans la maison et se réfugia sous la table de la cuisine pour ne plus en sortir.

Mais Ludovic, qui avait rejoint la cuisine, poussa à son tour un cri de terreur en voyant la créature qui tremblait sous la table. Mme Vittel revint en courant dans la cuisine suivit de près par Édouard qui n’arrivait pas à s’expliquer.

  • Attends, je vais tout t’expliquer… commença t-il mais Mme Vittel ne le laissa pas finir.
  • Qu’est-ce que c’est que ça ? hurla-t-elle en montrant Monky du doigt tandis que Ludovic se réfugia dans le dos de sa mère perdant ainsi tout le courage qui fit de lui sa réputation.
  • M… Mon… Monky n’est qu’un… elfe de maison, finit-il en sanglotant, M… Monky travail pour l’Académie B… Beauxbâtons.
  • Laisse le tranquille, maman, s’interposa Édouard tandis que Ludovic gémissait dans le dos de Mme Vittel. Il est venu me chercher.
  • Je te demande pardon ? demanda-t-elle en regardant Édouard avec un drôle d’air.
  • Je… commença-t-il. Je suis un sorcier.

Édouard craignit que ses paroles n’entraînèrent sa mère dans la plus terrible crise de colère qu’elle n’ait jamais faite. Il savait pertinemment qu’elle ne supportait pas tous ce qui avait attrait à la magie. Elle n’avait jamais cessé de lui répéter que la magie n’existait pas, et pourtant Édouard en était la preuve vivante. Mais au lieu de ça, Mme Vittel eut une réaction totalement différente.

  • Alors tu as finalement pu obtenir cette fichu lettre, dit-elle en retrouvant son calme et sa respiration au grand étonnement d’Édouard. Ludovic eu la même réaction de surprise et regarda fixement sa mère avec de grands yeux.
  • Comment sais-tu… ? demanda-t-il en sentant un mélange de colère et de frustration monter en lui.
  • A ton avis ? commença-t-elle. Pourquoi crois-tu que je te surveillais pendant tout ce temps hein ? Pour t’embêter ? Non, le jour où un hibou est entré dans ta chambre, il a déposé une lettre qui t’étais adressée et qui disait que tu étais un sorcier ou je ne sais plus quoi. Qu’auraient pensé les voisins en apprenant que l’un des « Vittel » n’était pas « normal » ? Tous les soirs je t’enfermais dans ta chambre pour ne pas que tu trouve le courrier le lendemain. J’ai même essayé de leur renvoyer un mot pour leur faire comprendre qu’il n’était pas question que tu aille là-bas. Mais ce mot est revenu ici, c’est toi qui l’a ouvert tu te souviens ?

Tout devenait clair maintenant que les révélations sortaient de la bouche de Mme Vittel. Édouard comprit alors la cause de l’étrange comportement de ses parents, le fait qu’elle déverrouillait la porte de sa chambre après le passage du facteur... Tous ces détails ne trompèrent pas. Il était de plus en plus choqué par ce qu’elle disait et devint vite écarlate.

  • Comment as-tu pu ! s’énerva Édouard, tu m’as mentis !
  • Non ! fit-elle sur un ton faussement plus doux, je voulais te protéger ! Depuis le jour où les lettres n’ont plus réapparut, j’étais tellement heureuse de savoir qu’ils t’avaient enfin oublié. On pourrait enfin vivre normalement tous les quatre.

Ce fut à ce moment là que Monky, une fois calmé, décida de sortir de sa cachette tandis que Ludovic se dissimula un peu plus derrière Mme Vittel qui écarta ses mains pour le protéger.

  • Monky affirme que monsieur Édouard Vittel est un sorcier, dit-il de sa petite voix en rajustant sa chemise mal boutonnée. Il doit apprendre à maîtriser la magie pour devenir un excellent sorcier et il n’y a qu’à la prestigieuse école de Beauxbâtons qu’il le pourra.

Monky parlait avec une telle fierté de cet Académie qu’il bomba son petit torse. Un silence plombant s’installa alors dans la cuisine, on n’entendit que l’horloge du four qui émettait un cliquetis à chaque seconde qui passait. Mme Vittel retint sa respiration avant de hurler.

  • Sortez de chez moi, dit-elle sur un ton de mépris. Ne revenez jamais ici, n’embêtez plus ma famille !

Elle se saisit du balai et l’agita vers Monky qui se protégea derrière Édouard. La situation dégénéra et échappa à tout contrôle. Mme Vittel venait d’attraper Édouard par l’oreille et le traîna vers la cave pour l’empêcher de partir.

Voyant sa détresse, Monky jeta un sort sur Mme Vittel en claquant des doigts, mais l’étincelle de lumière rouge ricocha sur le balai et atteignit le pauvre Ludovic, paralysé sur place. Ce dernier se mit alors à faire une imitation grotesque d’une poule tandis que le balai, touché lui aussi par le sortilège, fit des ravages dans la cuisine. Il était devenu incontrôlable et détruisait toute la vaisselle qu’il trouvait.

Mme Vittel continuait de tirer Édouard par l’oreille en poussant d’horribles jurons. D’une main, elle ouvrit la porte de la cave et jeta son fils à l’intérieur en ajoutant qu’il n’ira jamais dans cette école de « cinglés ». Édouard tenait son oreille devenue écarlate et se recroquevilla dans la pénombre, semblable à un prisonnier de guerre que l’on torturait.

De l’autre coté de la porte, il entendait le vacarme produit par le balai fou qui détruisait tous les objets fragiles de la cuisine et les caquètements grotesque de Ludovic qui imitait toujours la poule.

Il entendit sa mère hurler et courir après Monky, puis un grand boum ! Et plus rien, le silence total. Seul le jacassement d’une poule parvinrent à l’oreille encore valide d’Édouard. La porte de la cave s’ouvrit sur la silhouette peu ordinaire de Monky.

  • Venez Édouard Vittel, rassura-t-il de sa toute petite voix. Tout est finit, il n’y a plus rien à craindre.

Édouard sortit timidement de sa « prison » en se massant l’oreille. Il régnait un tel désordre dans la maison qu’il eut du mal à la reconnaitre. Mme Vittel était allongée sur le carrelage, inconsciente tandis que le balai fou semblait s’être calmé après l’avoir assommée. Ludovic, quant à lui, était accroupi sur la table en train de couver la cafetière dans l’indifférence la plus totale.

Monky pressa Édouard de le rejoindre à la porte d’entrée car le temps pressait. Il avait encore une foule de question à lui poser mais pour l’instant, il était encore sous le choc de la situation. Un sorcier, il était un sorcier ! Cela pouvait paraître dingue mais au fond de lui, Édouard était persuader qu’il était différent de sa famille et du reste de ses camarades de classe. Maintenant, c’était une certitude.

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