Sixième photo

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J’aime beaucoup cette photo. Pourtant, on ne peut pas dire que l’artiste soit très souriant. Parce qu’il tire une vraie tronche.

Est-il fâché ? En colère ? Ou tout simplement très concentré ?

Il est sur scène, en 2007, dix ans avant sa mort. Déjà très âgé, puisqu’il avait déjà 71 ans.

Une silhouette qui n’a rien à voir avec l’artiste de la photo précédente : il est très large, notre harmoniciste. Sacrée carrure. On dirait un taureau, qui vous défie du regard.

Un béret sur la tête, une chaîne en or autour du cou, une simple chemise noire, col ouvert.

Une belle alliance à l’annulaire de la main droite, qui tient à la fois un micro de chant de la marque Shure – sûrement un Bêta 58 – et son harmonica.

Un Marine Band de chez Hohner dans sa version traditionnelle – pas dans la version DeLuxe, commercialisée aujourd’hui – qui est un harmonica en la. Comment je le sais ? Je vois la lettre noire A, imprimée sur l’autocollant jaune, collé sur le capot supérieur de l’harmonica, qui dépasse légèrement de sa main. La lettre A désigne la tonalité de la, dans le système de notation américaine.

Visage carré, très ridé. Forcément, à son âge… Surtout qu’en tant qu’artiste noir, il a dû en voir des vertes et des pas mûres…

Il avait été initié très jeune par Sonny Boy Williamson II qu’il avait suivi sur ses tournées. Sonny Boy Williamson II qui en avait fait son poulain. Cela étant, le jeu de notre vieil harmoniciste est à la fois moins riche que celui de son ancien professeur et plus puissant. Il faut dire qu’il est l’un des premiers à avoir électrifié l’harmonica – pas en le branchant comme on le fait avec une guitare électrique, simplement en approchant l’instrument du micro – en lui donnant des sons proches de la guitare électrique.

Au milieu des années 1950, il a rejoint le groupe de Muddy Waters.

Muddy Waters est sans doute l’artiste le plus représentatif du Chicago Blues, avec des titres comme I’m Ready, Got My Mojo Workin’ et le célèbre Rollin’ Stone, qui a influencé le groupe du même nom.

A son tour, il a enseigné l’harmonica à de jeunes blancs, comme Paul Butterfield.

Dans les années 1970 / 1980, il a su mêler soul music, rock, Chicago Blues, funk et jazz pour créer ce que l’on appelle aujourd’hui de la « musique fusion ».

Il était aussi chanteur, mais sa voix s’est considérablement dégradée au fil des années. Sur certains disques, sa voix est très rauque. Par exemple, sur son album Deep In The Blues (Au Plus Profond Du Blues) on dirait la voix d’une personne qui a trop fumé, qui contraste avec son jeu d’harmonica, beaucoup plus clair. Bon, c’est un style.

Son jeu d’harmonica reste un témoignage incroyable de toutes les influences qu’il a subies et de l’histoire du blues, même si je reconnais assez clairement son influence de Sonny Boy Williamson II, notamment dans ses solos sur le titre Dealin’ With The Devil (Faire Un Pacte Avec Le Diable) qui date de 1996.

Il s’est éteint en 2017, des suites d’une pneumonie.

Il s’appelait James Cotton.

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