Chapitre 14

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   Arthur, le poète maudit, le petit génie de Charleville, l'a écrit fort judicieusement, " on n'est pas sérieux quand on a 17 ans ". Et il arrive qu'en outre on ne soit pas heureux.


Finies, les vacances chez les grands-parents, les crédulités de l'enfance, les aspirations à la sainteté. Mes ambitions visaient la créativité au travers de l'écriture de poésies, « tout juste bonnes pour des chansons », selon un de mes profs. Je perfectionnais mes connaissances pour atteindre non pas l'érudition mais la culture de « l'honnête homme ». Je fantasmais les relations sexuelles comme un malade, en m'efforçant de les saupoudrer de sentimentalisme pour gérer la culpabilité. La masturbation devint une fonction biologique au même titre que la respiration ou la marche. Je ne craignais plus qu'elle ne perturbe mon audition et ma santé mentale. Cependant, je ne parvenais pas à lui ôter ses attributs diaboliques. Après lui avoir succombé, ou quand des rêves impurs, accompagnés de pollutions nocturnes, venaient troubler mon sommeil, j'étais certain que Dieu me punirait, que le lendemain je passerais une mauvaise journée. Et ce fut généralement le cas. Au-delà de cette superstition, je rusais pour dénicher des revues de photos suggestives et des livres libertins, introuvables à l'époque. C'était plus fort que moi, il fallait que j'explore la planète des Vénus sous tous ses angles. Les séjours d'été en Touraine m'y ont aidé, en retrouvant Lydie, ma « fiancée » tendre, aimante, toujours disponible et libre de toute contrainte. Elle déclenchait des émois de plus en plus chargés de sensualité et de testostérone, d'où jaillissaient, à l'air libre, des millions de têtards microscopiques, avant de se dessécher et mourir dans ses mains, affligés de n'avoir pas dû batailler pour décrocher la coupe offerte au vainqueur fécondant.


Les bals ont pris une place considérable dans mes investissements. Je m'y rendais souvent seul, parfois avec mon ami Richard. La loi familiale m'imposait la tenue correcte, à savoir le costume-cravate. Tout ce que je pouvais faire c'était planquer la cravate dans la sacoche de ma mobylette en arrivant au dancing. Je me sentais déclassé entre les minets, les décontractés en pull fantaisie, et les blousons noirs en veste de cuir cloutée sur laquelle pendaient des chaînes de vélo menaçantes. J'ai commencé à 14 ans, les dimanches après-midi dans la salle du syndicat des mineurs, puis les samedis soirs dans les bals de fêtes foraines. Les disc-jockeys n’existaient pas. C'étaient des orchestres qui animaient les festivités. Ils exhibaient des chanteurs, comme Bernard Bruel, des chanteuses comme Magdalena, devenus de véritables gloires locales, qui attiraient les foules, entretenaient des groupies, rêvaient d'atteindre la popularité de Johnny ou de Sylvie. Même qu'un soir je suis allée voir Magdalena, entre deux tours de chants, je lui ai confié mes cahiers de chansons faits maison, que je n'ai jamais revus, pas plus que Magdalena d'ailleurs. Les musiques se déroulaient en séries selon un ordre immuable, d'abord des marches, paso-dobles, tcha-tcha-tchas, ensuite des valses et polkas, toutes lumières allumées. Enfin, dans une obscurité quasi totale, les slows et les blues langoureux. Les groupes les plus en vogue sortaient les morceaux yéyés en tête du hit parade de « salut les copains », twists, rocks, madisons, à la grande joie des teen-agers avant-gardistes, en minijupes couleur « venez-voir », mais pas encore en décolletés. Nos yeux s'affolaient en découvrant les cuisses hospitalières, aux trois quarts dénudées, dont le pouvoir de suggestibilité érogène demeurait aussi puissant qu'on les regarde de face, de dos ou de profil. Pour parfaire le décor, certaines d'entre elles se transformaient en sosies parfaits de Brigitte Bardot, cheveux blonds touffus décolorés, soutiens-gorge rembourrés sous de fins hauts collant au corps, déambulations déhanchées et aguichantes. On les appelait les « BB », en oubliant que ces deux lettres désignaient jusqu'alors une marque de locomotive.


Dès l'extinction des projecteurs, les premières notes des slows chantés par les voix suaves des vedettes régionales, les garçons défilaient dans le noir, à la queue leu-leu, devant les nanas assises sur des bancs et des chaises alignés tout autour de la piste de danse. Quel triste souvenir !


-Vous dansez mademoiselle ?

-Non.

-Vous dansez mademoiselle ?

-Non.

-Vous dan..

-Non.


Et cela se répétait à longueur d'allers et retours. La chance nous souriait dans de rares occasions où unetelle, venant de se fâcher avec son bon ami, se jetait dans nos bras. De guerre lasse, au xème parcours, parfois je me résignais à inviter une pauvre éplorée, que tous avaient soigneusement évitée, en me disant « cette fille est trop vilaine, il me la faut ». Mais à peine enlacés au milieu de la foule des danseurs, les lumières s'allumaient brusquement et l'orchestre entamait une série de marches tonitruantes. J'allais ensuite, comme les copains aussi malchanceux que moi, me consoler au bar avec un ou deux rouges limés, à 0,50 ancien-franc le verre. En attendant les valses et les tangos, autre lot de consolation, où m'attendaient des cavalières disponibles pour danser avec moi, mais non pour flirter. Combien de fois, après avoir traîné dans plusieurs salles des environs et parti avant la fermeture pour éviter les bagarres sanglantes, ne suis-je pas rentré chez moi désenchanté, furieux et triste comme la pierre.


Nous connaissions aussi de grands bals, dont le plus célèbre avait lieu chaque année, à la Saint André, dans la salle du syndicat des mineurs, animé par Verchuren en personne, à qui l'on offrait maints cadeaux somptueux en l'honneur de sa fête.

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