chapitre 2

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  Au cours des deux années mémorables que j'ai vécues dans une proximité étroite avec cet ami prodigieux, un monde nouveau s'est ouvert à mes yeux. Nous étions conscients de l'influence de l'homosexualité latente dans notre relation, sans que ni l'un ni l'autre n’envisageât le passage à l'acte. Par ailleurs, je me suis vu grimper de nombreux échelons sur l'échelle sociale. Ses parents richissimes résidant en Province, possédaient un appartement à Cannes et à Paris, ainsi qu'une villa dans les Alpes Maritimes. Sa mère, sa fratrie et lui-même avaient adopté les idées révolutionnaires de mai 68. Il m'exhibait dans son milieu, où j'étais accueilli comme le messie, en tant que symbole de la réussite du prolétariat. Un soir cependant, au cours d'un repas festif organisé par un de leurs amis, dans son château, un gamin de six ans m'a déclaré de but en blanc : « ton pantalon, c'est un torchon ! »


Souvent, lorsque nous étions tous les deux au restaurant, il me reprochait de regarder sur la carte les prix avant de choisir les plats : « mais... putain ! Tu n'es pas dans le besoin... tu as largement de quoi payer... alors fais-toi plaisir bon sang ! ». Le maître-mot de ma condition humaine était lâché : PLAISIR. Je traînais encore avec moi les restes d'une éducation fondée sur la frustration, l'acceptation du manque, le savoir se contenter de ce que l'on a, la répression sexuelle, en vertu d'un militantisme catholique qui m'est resté chevillé à l'âme et au corps jusqu'à mes vingt-cinq ans. J'ai passé des heures à me rendre à l'église, en douce, pour réciter des chapelets entiers à notre Sainte Mère de Dieu. Je récitais un « notre père » tous les soirs et si j'oubliais, je ne parvenais pas à m'endormir. Je lisais mon missel et connaissais mon catéchisme par cœur. J'allais à la messe tous les dimanches, à confesse tous les mois. Je mangeais du poisson le vendredi. Je faisais mes Pâques. Je jeûnais pendant le carême. Je citais l'Evangile quand mes parents s'engueulaient ou tenaient des propos racistes. Je lisais, en roulant les r, les épîtres de Saint-Paul à l'église de mon village, tous les dimanches et fêtes religieuses, jusqu'à ce que je parte à la fac. À douze ans, notre curé voulait m'envoyer au petit séminaire, mais mes parents ne l'ont pas écouté.

Mon problème à cette époque, c'était bel et bien le plaisir. Jouir en dehors de la communion avec Dieu revenait à commettre un péché. Ce qui n'empêchait pas les plaisirs interdits de cogner à ma porte et de pénétrer, souvent par effraction, dans mon intérieur.

Ah ! Le sexe ! Ce diable, dès l'enfance, n'a pas cessé de me tourmenter. La culpabilité me dévorait quand je succombais à ses tentations. Et le pire c'est que je ne savais pas comment dire en confession que je m'étais masturbé. J'en ai parlé un jour à un copain m'a soufflé : « Dis que tu as fait des impuretés ». Belle trouvaille apaisante, que j'ai exploitée mensuellement par la suite. Alors je sortais du confessionnal, aussi léger qu'un pinson, après avoir avoué mes horribles fautes, dont la plus honteuse : « j'ai fait des impuretés ».

Durant les années soixante la répression sexuelle sévissait, non seulement, dans le monde clérical mais partout dans la société. Je me souviens de cette époque où le maire de Tours, Jean Royer, en père la pudeur, interdisait les films et magazines érotiques dans sa ville, chassait de Tours le centre de recherche en psychosexologie normale et pathologique que M.G Micberth avait créé. Le plus drôle c'est qu'à l'époque, adolescent, je flirtais avec une fiancée, là-bas où je passais des vacances. Laquelle m'a dévoilé combien elle se moquait des interdits de Jean Royer.


Toutefois, ma famille se montrait assez tolérante en ce domaine. Au cours des repas de fêtes ressortaient des allusions à la sexualité plus ou moins feutrées, dont j'allais ensuite demander la signification aux camarades plus âgés et plus instruits que moi en ce domaine. Où mon retard me faisait passer pour un débile à leurs yeux. Mais j'appris vite. Ils m'expliquaient les stratagèmes qu'ils utilisaient pour épier leurs sœurs aînées dans leur chambre, dans la salle de bain, ou quand elles flirtaient avec leurs fiancés. Ils me révélaient les manifestations du plaisir entre un homme et une femme. M'affirmaient dur comme fer que « juter » n'était pas un péché, ni une maladie. Ils me disaient que je devais au contraire me branler très souvent car sinon ma zigounette resterait toute petite. Je ne parvenais pas tout-à-fait à les croire, ni à suivre leur judicieux conseil, en raison de ma confiance dans le dogme religieux quasi inébranlable. Ils m'enjoignaient par ailleurs de me méfier des « pédés », et là je les ai crus parce que les grandes personnes m'avaient également mis en garde contre ceux « qui veulent faire des choses pas bien aux enfants. » En ce qui concerne ma crédulité, ma peur irraisonnée des pouvoirs institués, il me faut avouer qu'elles m'ont poussé à croire au père Noël jusqu'à mes douze ans révolus, tant je n'imaginais pas mes parents capables de mentir. Ensuite je leur en ai voulu beaucoup de ne pas m'avoir dit la vérité plus tôt, alors que mes copains, eux, m'avaient affranchi, mais malheureusement, sans me convaincre.


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