Isobel

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Le trajet vers le refuge de Whitewaters prenait plus d’une heure lorsque, malgré un véhicule approprié, on n’avait pas l’habitude de conduire sur un terrain accidenté.

Cela signifiait qu’Isobel avait eu largement le temps de faire demi-tour et de répéter son petit discours près d’un millier de fois et pourtant, lorsqu’elle se gara à côté du chalet, elle n’osa pas descendre tout de suite de voiture.

Et ce n’est qu’en posant le pied à terre qu’elle remarqua que le 4x4 de Wyndt n’était pas dans la clairière.

Elle se sentit stupide. Il aurait suffi d’appeler avant de venir pour éviter ce genre de déconvenue. Irritée, elle tenta de le joindre et finit par lui laisser un message pour demander lorsqu’il comptait rentrer.

Elle raccrochait en réfléchissant à ce qu’elle allait bien pouvoir faire en attendant lorsque la porte du refuge s’ouvrit sur un jeune homme ravissant tenant un mug à la main.

« Vous venez pour voir Wyndt ? »

Il ne semblait pas surpris ni inquiet de voir une étrangère ici.

« Ça fait longtemps qu’il est sorti ? »

« Depuis ce matin, et je pense qu’il en a encore pour quelque temps. » Il désigna sa voiture du menton. « J’imagine que vous aimeriez faire une pause ou boire un verre ? La route est désagréable. »

Elle le suivit dans un refuge qui fleurait bon le chocolat chaud et s’installa au comptoir qui séparait la cuisine de l’entrée alors qu’il sortait un mug et la carafe d’eau.

« Je peux vous faire un thé, si vous voulez. »

Isobel accepta de bonnes grâces. « Tu vis ici ? »

Wyndt hébergeait parfois des invités de tout poil, des gens qui ne s’accordaient pas souvent avec son caractère et qu’il prétendait aider au nom d’une distante famille. Tara ne le contredisait jamais, mais Isy avait fini par penser qu’il dissimulait peut-être des pratiques scabreuses dont il avait honte, puisqu’après tout on ne lui connaissait absolument aucune aventure. Elle avait peine à l’imaginer en relation avec ce jeune homme qui, quoique charmant, sortait à peine de l’enfance, mais son métier lui avait appris que les personnes a priori les plus innocentes avaient le chic pour vous surprendre.

« Depuis quelques semaines » répondit le garçon en prenant une gorgée de son chocolat chaud. « Le bâtiment dans lequel je vivais a brûlé, alors Wyndt m’héberge entre-temps. »

Isobel fronça les sourcils, porta la main à l’endroit où, d’habitude, se serait trouvé son pendentif. « Tu ne serais pas Sky par hasard ? »

« Wyndt vous a parlé de moi ? »

« Bien sûr ! Tu es le camarade de Sael, c’est ça ? »

Le garçon baissa les yeux, comme déçu, mais souriait lorsqu’il posa son mug. « C’est ça. Vous le connaissez bien ? »

« Je suis son amie, Isobel, je travaille aussi dans la police » déclara-t-elle en lui tendant une main pour serrer la sienne, par habitude.

Enfin, « son amie ». Wyndt ne lui parlait pratiquement plus.

Toute à cette inquiétude, elle ne remarqua pas la contrariété qui passa sur le visage de Sky lorsqu’il dû lui serrer la main. Parfois, toucher une personne inconnue lui donnait la nausée.

Mais il serait particulièrement impoli de refuser un geste aussi formel de reconnaissance, alors il se fit violence et plaqua un sourire sur son visage pour parfaire l’illusion.

« Vous aviez quelque chose d’important à lui dire ? »

Isy faillit lui demander ce qui lui faisait croire ça, mais se souvint qu’elle venait de faire une heure de route sans prendre la peine d’annoncer sa visite et que n’importe qui trouverait cela surprenant.

Sa main revint automatiquement au vide laissé par son pendentif.

« Visiblement, je vais devoir attendre ! » dit-elle sur le ton de la plaisanterie alors que son ventre se nouait à la perspective de le voir.

« Je peux peut-être vous aider ? » suggéra Sky avec la douceur qu’il mettait dans toutes ses phrases. Isy n’eut pas l’impression qu’il essayait de la manipuler, et trouvait sa présence étrangement apaisante. Mais elle se fit également réflexion qu’on a plus vite tendance à se confier aux personnes que l’on estime belles, et Sky en était la définition même.

« Je ne pense pas. C’est compliqué. »

Il eut un sourire étrange, vaguement absent, qui semblait dire : « si vous saviez ce que ce mot peut signifier. »

« Wyndt n’est pas de très bonne humeur ces derniers temps », déclara-t-il à la place. « Je ne sais pas si vous avez choisi le meilleur moment pour lui parler de choses difficiles. »

Elle avala sa salive. « À cause de la… disparition de Sael ? »

« Les services de police ont dragué le fond de la rivière et n’ont rien trouvé. Enfin, j’imagine que vous le savez mieux que moi. Wyndt est terrifié à l’idée qu’il soit coincé quelque part sur une rive, en train de mourir de faim. »

Isy aurait voulu lui répondre qu’une Protégée n’avait rien à craindre, mais, à vrai dire, n’en était plus si sûre. À la place, elle lui demanda s’il venait bien de l’Institut Mayer, car elle souhaitait confirmer quelque chose.

« J’y ai passé pratiquement toute ma vie, oui. »

« Pendant l’incendie… j’y étais avec Wyndt. C’est moi qui lui ai demandé de venir, on a une amie commune… bref. Pendant l’incendie, j’ai entendu une rumeur bizarre courir parmi le personnel. Ils parlaient d’un pensionnaire qui serait un, uh, ‘danger universel’. Est-ce que ça te dit quelque chose ? »

Sky eut un petit rire qui ne sonnait pas tout à fait juste. « Oh, oui, je sais qui c’est. L’Institut Mayer accueille des profils de personnes très différentes, vous savez. Les maladies orphelines sont, par définition, assez rares. »

Isy regarda sa tasse de thé fumant en se grattant une petite peau au coin de l’ongle, là où le brun de sa carnation rencontrait le rose. Comment ce garçon pouvait-il connaître ce que la main-d’œuvre de l’Institut ignorait ? Les voloviennes souhaitaient enquêter sur l’Institut parce que Sael avait insinué qu’une autre Protégée s’y trouvait encore. Maintenant que Sky confirmait ses dires, Isy savait que la jeune personne n’avait pas tout inventé.

« Tu sais ce qu’ils voulaient dire par ‘danger universel’ ? À part dans le cas de la Protégée, enfin, tu sais, Volovelle, tout ça… »

Sky eut un sourire un peu triste. « La légende selon laquelle Volovelle détruirait la Terre si la Protégée venait à disparaître ? Je doute qu’il y ait un rapport avec ça. Volovelle est tombée ici par hasard, comme on se trompe de chemin. En toute honnêteté, je ne pense pas qu’elle en ait quoi que ce soit à faire de notre restant de planète. »

Isy se tue un instant, surprise. « Tu crois à l’existence de Volovelle ? »

Sky, qui jusqu’à présent se tenait debout de l’autre côté de la banque, rapprocha un tabouret haut pour s’assoir en face d’elle. « Pourquoi pas ? Il ne me semble pas impossible qu’une entité extraterrestre ait, par hasard, passé quelques jours à mettre le bazar sur Terre. Enfin, l’Ancienne Terre. Qu’elle ait en revanche demandé à l’humanité, et à elle seule, de la vénérer ensuite… cela me semble un peu tiré par les cheveux. » Il eut un petit rire. « Les êtres humains ont tendance à se réapproprier les choses qui les dépassent. »

Isy pinça les lèvres et prit une gorgée de thé pour s’empêcher de répondre.

« Donc, ce serait quelque chose de pire ? » demanda-t-elle un peu sèchement.

« Vous voulez dire, est-ce qu’il existe pire qu’une personne dont la disparition ne changerait absolument rien au cours de l’univers ? Je pense, oui. »

Isobel se rendit compte qu’il se moquait d’elle, mais sans méchanceté, et toujours avec la même douceur.

« Mais dans ce cas » dit-elle en reprenant sa tasse, « pourquoi qualifier cette personne de danger ‘universel’ ? Est-ce que c’est une sorte de… je ne sais pas, un psychopathe incurable qui tue à vue ? »

Ce n’était clairement pas le meilleur des exemples, mais Isy ne savait justement pas comment terminer cette phrase.

« C’est peut-être une hyperbole » dit Sky. « Cela fait bien dans les publications scientifiques. »

« Ou alors c’est une description crédible et il s’agit d’une Protégée, ou d’une des créatures fabriquées par les Ven, enfin, si elles existent. »

« Ah, la fameuse théorie du savant fou qui fabrique des monstres en laboratoire… »

Isy lui lança un regard blasé en haussant un sourcil parce que c’était exactement ce qu’avaient fait les Ven pendant des années avant la Grande Fracture. Sky sourit et ramena gracieusement une mèche de cheveux derrière son oreille.

« Je ne pense pas que ce soit le cas. Je connais l’Institut comme ma poche et je n’y ai jamais rien vu qui laisse imaginer qu’on y pratique des mutations génétiques. Les étudier, par contre… Si ce type de laboratoire existe, ce n’est simplement pas celui-là. »

Isy soupira. « Alors je donne ma langue au chat. Pourquoi on la qualifie de ‘danger universel’, cette personne, si ce n’est pas un monstre ? »

Un petit sourire flottant sur les lèvres, Sky regarda sa tasse d’un air absent. « Je n’ai pas dit qu’il ne s’agissait pas d’un monstre. »

Isy faillit pousser un soupir de frustration, mais le jeune homme, soudain perdu dans une contemplation mélancolique, enchaîna presque immédiatement. « Ce n’est pas la première fois que l’Institut prend feu, vous savez. Ou que des portes se bloquent sans raison. Une fois, c’est l’une des fenêtres qui est simplement tombée. On y retrouve des choses bizarres, des fissures dans le verre, dans les crayons, dans les dalles en pierre de l’allée. Des gens qui développent des maladies inconnues. Si vous observez attentivement, vous aurez parfois l’impression que tout semble parfaitement habituel, et que pourtant rien n’est à sa place, comme si la réalité elle-même avait subtilement changé. »

Le garçon regardait sa tasse fixement et Isy commença à s’inquiéter. Elle se rendit soudain compte qu’elle ne lui avait pas demandé pourquoi il faisait partie des pensionnaires de l’Institut et se rappela que toutes les maladies ne sont pas tangibles. Elle tendit la main vers son poignet pour le toucher légèrement, espérant le sortir de son espèce de transe, mais le garçon bondit brusquement en arrière en faisant tomber son tabouret, les yeux écarquillés comme s’il ne la reconnaissait pas.

« Où est Sael ? »

« Elle… euh… »

La prise électrique qui servait à brancher la bouilloire crépita, laissant échapper une gerbe d’étincelles.

Sky regarda autour de lui comme s’il découvrait les lieux, puis se frotta les yeux. Son regard tomba sur l’inconnue accoudée au comptoir, l’air stupéfait, puis sur la tasse fumante qui attendait devant elle. Il se rassit lentement, et saisit la deuxième tasse d’une main tremblante.

« Vous disiez ? »

Isobel avait rencontré son lot d’individus bizarres : des hommes qui marmonnaient tout seuls, des ivrognes, des hébétés, et même quelques paranoïaques. Cependant, les personnes les plus susceptibles d’agir comme si de rien n’était juste après s’être comportées de manière maladroite ou inhabituelle étaient, dans son expérience, celles à qui elle venait d’annoncer le décès inattendu d’un proche. Autrement dit, des personnes ordinaires dans une situation inusuelle. Sky pouvait tout aussi bien être en deuil.

Elle pinça les lèvres et prit une gorgée de thé. C’était peut-être l’occasion d’en apprendre plus.

« Tu me parlais du pensionnaire le plus dangereux de l’Institut Mayer. »

Il parut surpris. « Il n’y a pourtant pas grand-chose à en dire. Le feu brûle, et c’est ainsi. »

« L’Institut ne semble pas de cet avis. »

« L’Institut sait qu’on ne peut maîtriser l’incendie. »

« Les pompiers ont éteint l’incendie », rappela Isobel, sortant de la métaphore pour en signaler les limites.

Sky sourit. « Et ils auront à nouveau à le faire, si on n’élimine pas l’instabilité des éléments combustibles. »

« Est-ce que tu es en train d’insinuer que leur dangereux pensionnaire devrait être supprimé ? »

« Je pense que ce serait mieux », répondit gentiment Sky. « Mais j’ignore si c’est possible. »

Isobel se mordilla la lèvre. « Tu veux dire… parce qu’il risquerait d’y avoir des conséquences ? » Elle n’ajouta pas « telles qu’un caprice dévastateur de Volovelle » pour ne pas éveiller ses soupçons.

Il sembla y réfléchir sérieusement, et son regard se perdit dans le vide. « Des conséquences ? Dans ce cas, elles risquent d’être dramatiques… »

Un tintement attira l’attention d’Isobel : dans le porte-couvert posé près de l’évier, une petite cuillère s’était scindée en deux. Wyndt n’entretenait pas ses affaires, mais c’était bien la première fois que la policière voyait du métal se briser de la sorte.

Sky sembla également surpris, et tourna vers Isobel un regard interrogateur. « Sael n’est pas là ? » demanda-t-il avec une pointe de nervosité. « Je pense que ça irait mieux, si Sael était là. »

Il fronça les sourcils. « Vous n’êtes pas de l’Institut. »

Il ne reconnaissait pas non plus la cabane où il était assis, une sorte de chalet tout en bois. Pourtant il se trouvait dans la cuisine, et l’autre du côté de la porte, comme s’il habitait les lieux. Il tenta de se souvenir de ce qui l’avait conduit là, mais ne se remémora qu’un espace infini piqué d’étoiles.

« Sael devrait être là. » Son esprit peinait à se rappeler la personne en question, mais il s’y raccrochait avec conviction. Y songer, même confusément, le rassurait.

Il avisa une tasse et tendit son bras machinalement, mais sursauta en remarquant qu’il avait des doigts. Il bondit en arrière en secouant la main, tentant de se débarrasser des cinq appendices qui, il en était certain, ne lui appartenaient pas, mais refusaient de le lâcher. Il voulut les attraper pour les enlever et les jeter loin de lui, mais son autre membre avait des doigts lui aussi, des doigts qui s’agitaient devant lui, qui suivaient ses mouvements alors qu’ils n’appartenaient pas à son propre corps. Il poussa un gémissement de panique et sentit son dos heurter la porte du réfrigérateur. Un réfrigérateur. Une boîte où se formaient des glaçons. Que faisait-il dans cette maison de poupée ? Comment tenait-il dans ce lieu infiniment minuscule ? Glissant au sol en tentant vainement d’ôter ses bras pleins de phalanges, il utilisa ses autres membres pour les écraser à terre et tirer dessus pour s’en débarrasser. C’est alors qu’il se rendit compte qu’il avait des pieds.

Isy le regarda, médusée, se débattre contre son propre corps. Elle n’avait encore jamais vu personne essayer de s’arracher les bras ni les jambes, mais lorsqu’elle le vit planter ses ongles dans la peau de son ventre pour tenter de l’enlever, cela la sortit de son hébétude.

Elle avait déjà dû composer avec des personnes au comportement complètement imprévisible au poste, mais cela ne lui était jamais arrivé dans sa vie privée, et il lui semblait clair que se servir de la force pour le contenir n’était pas des plus indiqués dans ce contexte.

Elle fit le tour du comptoir pour le rejoindre. Le toucher s’était montré contre-productif la première fois, alors elle se contenta de le raisonner en lui rappelant où et qui il était, espérant que c’était la chose à faire. Il se débattait à terre, dans le coin formé par la cuisine et la banque, sans l’entendre.

Il semblait que sa frénésie se glissait aussi en elle, insidieuse, et lorsqu’elle se décida à remplir la carafe pour la lui vider sur la tête elle vit ses mains sombres manier le robinet comme si ces bras étaient ceux d’une étrangère.

Elle se sentit un peu coupable de l’arroser alors qu’il n’était déjà pas bien, mais n’avait vraiment pas envie de laisser son état empirer et préférait utiliser une méthode drastique que devoir le sortir plus tard d’une phase de délire extrême, d’autant plus qu’elle ne savait pas s’il était enclin à s’en prendre aux autres.

Figé par l’eau froide, Sky ne sembla pas revenir immédiatement à lui, mais tourna les yeux vers elle d’un air stupéfait ; sa douche avait au moins eu l’avantage de détourner son attention. Isy s’agenouilla immédiatement pour lui prendre les mains et cette fois, il n’eut pas de mouvement de recul.

« Sky, je suis Isobel, et tu es à Whitewaters dans le refuge de Wyndt. Est-ce que ça te dit quelque chose ? »

Il ne comprit pas immédiatement ses paroles, mais elle les répéta jusqu’à ce qu’enfin il semble prendre conscience qu’on s’adressait à lui. Enfin, il reprit véritablement connaissance.

« J’ai encore fait quelque chose ? » demanda-t-il d’un air hagard en regardant la flaque d’eau qui s’étalait autour de lui.

« Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas dit que tu étais malade ? Comment est-ce que je suis censée t’aider, moi, si je ne sais absolument pas quoi faire ? » morigéna Isy en voyant, avec soulagement, qu’il allait mieux.

« Des fois, c’est difficile de dire la vérité » se reprit Sky en se relevant maladroitement. « Ça m’arrive parfois, désolé. » Il tremblait encore.

Isy reposa la carafe qu’elle venait de ramasser. « Wyndt sait que tu as ce problème ? »

« On en a parlé. »

« Et il t’a laissé seul ? »

Sky sembla pris au dépourvu. « Il ne peut pas s’arrêter de vivre à cause de moi, tu sais. »

« Ce n’est pas une question de— qu’est-ce qui se serait passé si je n’avais pas été là ? »

Pour être honnête, c’était probablement ses questions qui avaient provoqué la crise et Isobel se passa une main sur le visage. « Désolée. Je suis un peu remontée, tu m’as fait peur. »

« Ce n’est rien. Merci de m’avoir aidé » répondit Sky en tirant sur le bas de son T-shirt pour constater l’étendue des dégâts. « Je vais passer un coup de serpillère et aller me changer. De toute manière j’ai rendez-vous avec ma psychologue, je vais devoir partir. Par contre il va falloir que je te mette à la porte, parce que je ne sais pas si Wyndt serait d’accord pour que je te laisse seule chez lui. »

« Tu pars… à pied ? »

« Oh, non ! La route est quand même longue… J’ai un vélo. »

*

Si le début de sa conversation avec Sky l’avait apaisée, l’incident final venait de rallumer son bouillonnement de pensées. Les trois heures qu’elle passa à attendre sur le perron ne suffirent pas à l’atténuer, si bien que lorsqu’elle entendit enfin le ronflement du moteur de Wyndt gronder dans l’allée elle bondit sur ses pieds comme si une guêpe l’avait piquée.

« J’ai vu que tu avais appelé. Qu’est-ce que tu fais là ? » demanda Wyndt d’un ton sec en l’apercevant.

« Je vois que j’ai bien fait d’attendre, alors, vu que visiblement tu n’avais pas l’intention de rappeler », répliqua Isy en mettant les mains sur les hanches. « J’ai croisé Sky, tout à l’heure. Il n’a pas l’air d’aller bien. »

« Il n’est pas le seul », dit-il en sortant un cabas de provisions du coffre de sa voiture.

« Non, je veux dire, il ne va vraiment pas bien, il a fait une attaque de panique bizarre tout à l’heure —Wyndt, est-ce que tu m’écoutes ? »

« Tu permets ? Je suis occupé. »

Il alla ouvrir sans la regarder la porte du refuge pour y déposer ses affaires. Isy alla machinalement chercher les sacs restant dans la voiture, mais en revenant il les lui prit des mains avant de claquer le coffre. « Qu’est-ce que tu fais là, Isy ? »

« Eh ben, si c’est comme ça que tu traites tes amis… »

Il lui jeta un regard noir et partit poser le reste des courses dans la cuisine. Isy avala sa salive, une boule lui nouant la gorge.

Il n’y avait pas beaucoup de personnes noires à Hwaels et elle avait eu du mal à se faire des amies, avant de rencontrer les voloviennes. Personne ne se montrait particulièrement sectaire, mais il lui semblait toujours devoir se présenter en même temps qu’une excuse pour expliquer sa différence. Elle comprenait très bien pourquoi les gens étaient plus curieux envers elle qu’envers une autre, mais cela ne diminuait en rien cette sensation d’isolement, et si Wyndt…

Nerveuse, elle le suivit dans le refuge où il s’affairait déjà à ranger ses achats. Alors qu’il ôtait un cadenas pour ouvrir un placard, elle remarqua qu’il ne s’était pas encore débarrassé des croquettes de Dolce.

Elle s’accouda à la banque pour mieux le voir. « Ton nouveau pensionnaire semble, euh, globalement agréable. »

« Tu as fait tout ce chemin pour me parler de Sky ? »

Isy se mordit la lèvre pour ne pas l’envoyer bouler aussi grossièrement qu’il venait de le faire (ou plus). Mais ce n’était pas le moment de commencer une dispute.

Elle chercha vainement des doigts le collier de sa mère, et Wyndt, qui lui jetait un regard en passant, le remarqua. « Qu’est-ce que tu as fait de ton pendentif ? »

« C’est… c’est une longue histoire. » Elle hésita. « Tu sais qu’en arrivant ici, je n’avais pas d’amis, n’est-ce pas ? »

« C’est la première chose que tu m’as dite lorsqu’on s’est rencontré », répondit-il en pliant le cabas qu’il venait de vider.

« Et tu sais que ton amitié compte beaucoup pour moi. »

Il lui lança un regard si dubitatif que c’en était blessant, mais ne répondit pas.

« Quand j’ai intégré le temple du Dragon Endormi, c’était la première fois que je faisais partie d’une communauté. » Elle hésita. « Mais je n’ai pas rencontré que des adeptes de l’ancienne religion. »

« En toute franchise, tes appartenances religieuses ne me font ni chaud ni froid », répliqua Wyndt. « Tu penses que je n’avais pas deviné que tu fréquentais des voloviennes ? Qu’est-ce que tu crois que ça peut me faire ? »

Isobel fronça les sourcils, vexée par son ton. « Tu n’as pas l’air de trouver ça si… anodin, vu la manière dont tu en parles. »

Il posa le dernier sac de courses sur le comptoir. « Parce que je n’en ai vraiment rien à faire. Tu peux croire en toutes les Volovelles du monde, tu pourrais même croire que les gens reviennent d’entre les morts que je n’en aurais rien à faire ! » Il ouvrit le cabas d’un geste brusque. « Par contre, que tu te serves de tes croyances comme d’une excuse pour me faire du mal, ou pour t’en prendre à un gamin qui ne demandait rien à personne, je trouve ça impardonnable. »

Isobel sentit un frisson glacial lui passer sur tout le corps.

« Tu penses que je leur ai parlé de Sael ? »

« Est-ce que je me trompe ? »

Devant son regard dur, elle n’osa pas mentir et détourna les yeux.

« Je ne vois même pas comment tu te permets venir chez moi après ce que tu as fait », dit Wyndt. « Sael voulait juste être tranquille, iel avait pour la première fois de sa vie un bout de foyer stable— ça m’énerve rien que d’en parler. Tu ferais mieux de partir. »

Isy serra le poing. « C’est une Protégée. Sa place est parmi les voloviennes. »

« Tu ferais mieux de partir ou c’est moi qui te mets à la porte. »

Les sourcils froncés, ils s’affrontèrent du regard, chacun se demandant brièvement lequel aurait l’avantage dans un corps à corps physique. Puis Isy croisa les bras.

« Sa place est parmi les voloviennes, mais… »

Elle prit une grande inspiration. Il ne la pardonnerait jamais, n’est-ce pas ? Il avait utilisé le mot « impardonnable ».

« …Mais je ne suis pas d’accord avec ce qu’elles lui font. Ce n’est pas ça, le rôle d’une Protégée, de servir de pantin lors d’une réunion secrète. Elle existe pour sauver le monde. »

Wyndt s’était figé, sous le choc, alors elle serra les poings en songeant à tous les sourires qu’on lui avait décernés durant la cérémonie, les félicitations et les encouragements, parce que ce serait la dernière fois qu’elle en recevrait de leur part.

Des fois, c’est difficile de dire la vérité.

« Je veux t’aider à retrouver Sael. »

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Défi
Adrien de saint-Alban


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Guidé par son instinct maternel, la mère s'élança à corps perdu dans le couloir menant à la chambre, les bras tendus, heurtant les murs de cet interminable, de ce satané couloir,présageant le pire, la fumée âcre commençait à lui piquer les yeux et à lui ronger les poumons. Mais qu'importe, son fils brûlait sur son lit. Les draps, la couette étaient consumés. Le corps du garçon restait collé au sommier par le dos. Le lit superposé avait brûlé, ne laissait apparaitre que la structure en ferraille. La chaleur avait entamé la chair. Bien qu'il fit un noir d'encre elle distingua les bouts de peau qui se détachaient de ce corps devenu flasque et mou. Néanmoins, avec l’énergie d'une mère au désespoir, elle réussit à extirper ce petit corps de la fournaise, une fournaise qui était à l’œuvre. Tout fondait, les carreaux de la chambre claquaient, le plâtre du plafond cassait, laissant apparaître la brique rouge, une suie noirâtre tombait en goutte de chaleur sur le corps et sur la tête de la jeune femme, insensible devant l'effroi à la chaleur du carrelage qui lui brûlait les pieds.
Malgré le malheur et le désarroi qui s'abattaient d'un coup d'un seul, la jeune mère eut la force et la présence d'esprit de garder son petit d'homme par devers elle et ainsi l'arracher aux griffes de l'enfer. Non, cette chose lui paraissait impossible. Ce qui lui arrivait était du domaine de l'impensable. Une pareille catastrophe ne pouvait arriver. Un cauchemar dont elle se sortirait vainqueure et tout redeviendrait comme avant.
Ceux qui n'ont pas d'enfant ne peuvent comprendre.
Un pauvre gamin de cinq ans qui n'a pas ému ces monstres froids que sont les assureurs qui fleurtent avec des pratiques barbares. Qu'importe la vie d'un petit d'homme?
Pour ces types l'argent est un métier pas un sacerdoce. Pourtant, un assureur est mandaté par ses clients souscripteurs pour couvrir les risques de la vie en cas de besoin. Dans le cas de Christelle ce n'était pas un besoin mais une nécessité absolue, une bouffée d'oxygène. Mais les sirènes du destin ont fait dire au banquier que celui-ci n'était que l'auxiliaire d'une fatalité dont il ne pouvait entraver la marche impitoyable.
L'établissement bancaire où Christelle avait souscrit une assurance sur les risques quotidiens lui avait opposé une fin de non-recevoir. Le banquier, un homme gros et gras au visage rond et joufflu, suant à grosses gouttes derrière un ventilateur qui brassait de l'air chaud, il parlait en fixant ses clients par dessus ses lunettes rondes, affirmant de manière péremptoire que la jeune femme ne possédait pas de contrat d'assurance, ce qui n'était pas la vérité aux dires de la jeune femme. Christelle était persuadé d'avoir conclu avec la banque une assurance qui la protégerait, elle et ses enfants des risques de l’existence. Mais comme chacun sait, les banquiers joufflus vous imposent un parapluie les jours de canicule et vous le reprennent quand il pleut des cordes.
Pourtant, la situation devint intenable pour la mère de famille et elle n'avait que son assureur vers qui se tourner. Il lui fallait juste un filet de sécurité, ne serait ce que pour pallier aux soins annexes de son garçon, ceux qui ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale, des soins parfois couteux qui étaient hors de portée de son portemonnaie.
Non, l'homme d'argent persistait dans son refus de lui accorder un premier secours.
Il n'y avait aucune trace de son contrat d'assurance.

Que faire?

Lorsque Christelle reprit connaissance, elle était dans un lit d'hôpital sans savoir encore qu'elle venait de tutoyer le pire. Des hommes en blouses blanches étaient à son chevet. Des hommes bienveillants. Une bienveillance qui n’était pas de nature rassurante. Christelle avait la phobie de la blouse blanche. La première pensée fut pour ses enfants.
La psychologue lui avait dit:
-Ne craignez rien, vos enfants sont entre de bonnes mains!
Les psychologues, ces artilleurs que l'on envoie en première ligne sur le front d'une catastrophe pour adoucir une âme meurtrie quand on peine à soigner le corps.
Alors elle se remit en mémoires la scène terrible de l'incendie de cette nuit là.
La pensée qu'il y avait encore deux autres enfants à sauver la plongea dans une terrible angoisse. L'idée qu'elle pourrait les perdre à jamais la rendait folle de désespoir. C'était une course panique contre la montre. Il fallait faire vite. Le feu se propageait. L'épaisse fumée noire devenait dangereuse et pour elle et pour ses enfants. Par chance, la chambre de la fillette située en face de celle des garçons où le feu s'était déclaré était encore épargnée. Damien avait réussi du haut de ses huit ans à mettre Émilie sur la fenêtre et criait au dehors en donnant l'alerte. Voyant ses enfants au bord de l'abîme, instinctivement et sans penser à rien, guidée par une puissante volonté de protéger sa chair, la jeune femme prit la main des enfants puis les poussa vers la porte au milieu d'une fumée qui devenait de plus plus noire, mortelle.
Elle se mit à chercher ses dernières paroles adressées à ses enfants, ses derniers souvenirs alors qu'elle était dans le couloir de l'appartement en feu. Elle se souvient du salon être à son tour dévoré par le feu de l'enfer, sans doute après un appel d'air lorsqu'elle a ouvert précipitamment la chambre de la fillette. Elle se souvient d'avoir mis ses enfants hors d'atteinte des fumées toxiques près de la porte d'entrée restée ouverte par précaution. Seul, Michel a eu moins de chance.
Sentant ses forces l'abandonner, le corps las de respirer une fumée qui lui brûlait la gorge et les poumons, elle s'était effondrée. Évanouie.
Adrien de saint-Alban
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Sonio

Albert et Léon
Les faux frères
Ont ils tord ou raison ?
10h - Avenue Jean Jaurès
Devant deux cafés express...
Bonjour Albert !
Comment vas tu Léon ?
Bien ça va , ça vient !
Trois fois rien
La routine
J'ai un nouveau chien
À cause de Micheline
Et toi Albert ?
Même refrain ?
Toujours avec le petit Robert
À portée de la main
Avec tes mots croisés
Tes lunettes dorées
Ta montre en plaqué
Ton costume croisé
Tes pompes en cro-cro
Tu en fait un peu trop !
Tu cherches à m'épater ?
...
Mon pauvre Léon
Depuis 68 tu rêves encore de faire la Révolution !
Tu n'as pas encore compris ?
Appris ?
Réfléchit ?
À quoi cela a servi ?
Même en lisant l'Huma
La société ne changera pas !
Finit le temps des barricades
Des grandes tirades
Des escapades
Des rigolades ...
Les pavés du boulevard saint Michel
La philo avec Murielle
Les riches ont des lingots d'or
Toi tu rêves encore ?
Tu sais :'
La lutte des classes
Travailleuses
Travailleurs
Les grands discours
Du grand soir
Du bon soir
On en à fait le tour
La révolution d'octobre
Le communisme
L'idéologie du Marxisme
Le mur de Berlin
Tintin !
On à donné
Mais Albert , ton capitalisme
Hé !
Manque pas de réalisme
Il écrase les petits en leur laissant des
Miettes...
La grosse part du gâteau
Chapeau !
C'est pas mieux
Mon vieux !
Dring ! le téléphone
Sonne ...
Excuse moi
Il à pas de quoi...
Je te dépose quelque part ?
Avec ma jaguar
Heu ! oui
Avenue Foch , chez la comtesse
Ma maîtresse .





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Défi
Ranne Madsen
Quinze minutes.
Une entreprise originale, un lieu de paix et de sérénité, une porte ouverte à plus de sécurité et de stabilité pour toutes ces femmes au métier si dévoyé.
Quinze minutes.
Un recueil de témoignages, les voix de celles et ceux qui ont vu ce rêve fleurir puis flétrir. Un récit sans narrateur, ou plutôt avec une multitude de narratrices et narrateurs. Une histoire qui aurait pu finir bien.
Quinze minutes.
L'histoire du quart d'heure de gloire et du quart d'heure de chute qui a bouleversé la vie de dizaines de personnes. Et détruit la vie d'une d'entre elles.

-Écrit dans le cadre du défi "Grandeur et décadence"-
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