Départ

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Aube tombait.

Ses mains n'empoignaient plus les brins d'herbe grasse jusqu'à être striées d'un vert fluorescent. Des griffures de désespoir. Des blessures de perte. Elle ne pouvait plus lever les yeux vers la fourberie de la lune, son sourire dément, et ses acolytes argentés. La brise même n'était plus la même.

Elle ne portait plus l'angoisse.

Aube flottait.

Ce n'était pas vraiment une chute. Plutôt une transition au-dessus de laquelle aucune ombre d'appréhension ne planait. Cette silhouette monstrueuse avait été déchiquetée par ses yeux à la lueur d'acier. Aube avait poignardé la masse sombre du regard, l'avait torturée par sa brillance, pour finir par l'achever de splendeur éclatante. Elle était depuis bien longtemps partie dans un hurlement de dépit. Un hurlement qui résonnait encore dans ses oreilles, bourdonnait comme un rappel infini à cette vague de cruauté radieuse qui avait un jour saisi ses iris. 

Aube n'avait plus rien à perdre.

Et c'était ce qui nourrissait sa flamme intérieure. Rien ne pourrait plus l'atteindre maintenant qu'elle avait terrassé ses démons. Aube était invincible. Et Aube ne s'empêchait plus de chatoyer, même si cela lui rappelait un vide qu'elle ne pouvait combler. Son corps était l'instrument du soleil, il voyait naître le jour sans jamais assister à son épanouissement. Il explosait sous la tension lumineuse bien avant. Ainsi, Aube ne côtoyait jamais Aurore. Besoin insondable. 

Le manque lui grignotait le cœur, le paralysait petit à petit, inexorablement, afin qu'elle ne ressente plus rien. La lumière l'avait faite assassin. L'embrasement l'avait rongée. Et il la tuait dans de grandes étincelles de feu. Aube n'avait plus rien de son flamboiement initial. Elle n'était plus qu'une coquille vide, anéantie par son essence même. 

Lumière meurtrière.

Aube abattue.

Tranquillement, les compteurs se remettaient à zéro. Avec un trou dans le cœur en prime. Cadeau tombé du ciel. Petit néant à remplir. Absence qui rongeait les bords de la plaie. Purulente. 

Aube en vie.

Alors, Aube migrait. Arrachée à son gazon, elle tombait dans le noir. Elle traversait les strates de l'espace solaire, elle transperçait les vies humaines pour atterrir sur un trottoir. Tout en douceur. Le cœur au bord des lèvres, déjà presque consumé. 

Alors, le soleil la frappa. En plein poumon. Elle suffoqua, tandis que sa propre lumière se rebellait contre celle de l'astre diurne. Sa trachée se contracta, se ratatina pour l'empêcher de respirer, envahie par un bouchon scintillant. Ses doigts si pâles se détachaient dans l'atmosphère grise. Des éclairs de pureté qui déjà commençaient à être souillés par les couleurs. Gris. Bleu. Orange. 

Elles s'étendaient sur ses mains, à mesure que la pluie tombait et obstruait sa vision. Ses cheveux ne rayonnaient plus. Blanc mouillé, blanc terne. Sa lueur se tarit, elle inspira un grand coup l'air pollué de la route. Sa peau avait trouvé une teinte acceptable aux yeux des mortels. Un blanc estompé. Une âme atténuée. Des yeux opacifiés.

Une flamme vacillante.

Aube fut percutée par une voiture lancée à vive allure.

Et Aube fut emportée par les ténèbres, qui appliquèrent une souillure indélébile à son âme. 

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