Aube

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Elle était étendue dans l'herbe grasse. Elle attendait. La lune la noyait d'une lumière crue et blafarde qui faisait briller sa peau immaculée. Seule la courbe délicate de sa bouche refusait la pâleur. Dans l'atmosphère placide, elle diffusait une ombre vermeille brûlante, seule tache de couleur sur l'étendue de blanc.

Elle attendait.

Et pour s'occuper, elle défiait la lune. Ses yeux gris tranchaient les cieux en direction de l'astre nocturne, acérés comme la pointe effilée d'un diamant. Deux poignards qui étincelaient dans la nuit. Deux pierres aux reflets d'acier.

Et la lune lui répondait. Elle déversait à flots une nitescence qui la frappait, cisaillait ses côtes, arrachait ses boucles platine. Aube exhalait sa douleur. Elle tremblait d'un désir non assouvi, qui déchirait ses entrailles. À chaque expiration, ses poumons se tordaient sous le supplice d'une lune meurtrière, ses mains agrippaient l'herbe glacée, dans un spasme torturé. Aube chatoyait dans la plaine assombrie. Elle rayonnait de désespoir, sous l'œil goguenard de la lune. Sa peau se parait d'une lueur puissante, comme si ses cellules accueillaient des soleils. Une multitude de soleils.

Et la lune se retirait. Pendue au milieu d'une mer d'encre, elle riait. Un rire dément, qui remontait des entrailles de la terre, s'accrochait un vent, frappait les troncs des arbres afin qu'ils résonnent de son écho menaçant. Peu à peu, elle s'estompait, et la mer s'asséchait, l'encre s'évaporait dans l'infini.

Et Aube flamboyait. Tous ses pores exhalaient une lumière brûlante. Une lumière teintée de larmes. Aube attendait. Mais Aube savait. Elle arriverait trop tard.

Dans un effort suprême, traversée de part en part par un aiguillon de souffrance pure, qui se déversait dans ses veines et remplaçait le sang, elle se leva. Elle regarda vers le bout du champ, ses yeux déchirèrent la brume opaque de clarté, et elle la vit enfin.

Alors, le combat final s'engagea. Aube lutta contre le halo qui forçait, tambourinait, mordait, hurlait de le laisser s'échapper. Aube ressentit chacune de ses attaques, chacune de ses brûlures appliquées contre son cœur comme une marque ardente, chacune de ses morsures qui tentaient de percer sa peau. Aube suintait la blancheur. Aube exhalait la douleur.

Et Aurore courrait. Elle volait par-dessus les herbes jusqu'à en perdre son âme. Aurore bondissait, mue par son désir, et sa peur d'apercevoir Aube s'éteindre.

Mais Aube ne s'éteignait pas. Et c'était bien là tout son malheur. Non, Aube explosa, tout simplement. Elle fut vaincue par une gerbe de lumière, sans un bruit, mais dans une déflagration aveuglante. Et lorsque l'atmosphère redevint colorée, lorsque le blanc s'estompa enfin, Aurore s'effondra dans l'herbe, à bout de souffle. 

Une larme dorée roula sur sa peau.

Elle avait échoué.

Une fois de plus.

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