Chapitre 42: Libération

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Il n'y avait bien évidemment personne derrière lui. La voix était proche, mais il la connaissait. Depuis tout petit, il l'avait entendue, la voix de ses désirs les plus inavouables, la voix qui l'amenait à faire des choix. Peu à peu, il avait fini par se persuader que c'était peut-être cette petite voix que tous les autres appelaient "Dieu". Et maintenant, plus que l'entendre, il pouvait la sentir, elle et son désir ardent, brûlant tout sur son passage. Une seule phrase allait désormais le guider: "Libére-moi".

- Libéreeee-moooiii....

Libéreeee-leeee...

Brise le sceau, découvre la vérité...

La voix se faisait plus forte à mesure qu'il avançait. Au creux de sa paume, la main le guidait vers son destin. Dans l'obscurité la plus absolue, il ressentit sa présence. La voix était plus puissante qu'elle ne l'avait jamais été. Des regards se posaient sur lui, s'en allaient puis revenaient, fixaient intensément dans le noir, "Lui". La seule chose qui semblait exister pour de vrai.

Écho contempla les ombres, le contempla "Lui", la forme d'existence parfaite. Il n'avait qu'une seule question à poser:

- Toi, tu es capable de me la montrer, n'est-ce pas ? La Vérité.

- Libééééreeee-leeeee...

La main d'Écho saisit les ténèbres et tout se remit à tourner. Une lumière scintillante envahit le noyau de la Terre, la grotte éclata, tourbillonna...

Et les fléaux furent libérés.

Inondations

La Terre fut engloutie, déchirée, lacérée par les flots déchaînés. Craquelée, disséminée, arrachée à sa propre peau. Ses pores inondés, noyés par des pluies incessantes. Explosée de l'intérieur, sanguinolente, sa surface anéantie, son corps annihilé. Sa force écrasée par celle, incommensurable, des lames d'eaux qui s'abattirent en ce jour sinistre, annonçant le commencement du chaos.

Disparitions

Les survivants disparurent, les uns après les autres, sans laisser de trace de leur existence vaine. Sans laisser rien derrière eux, rien d'autre qu'une désolation extrême. Celle de la perte de quelque chose à laquelle on ne pensait jamais avoir à dire Adieu. Celle qui enbrase et détruit les âmes. Celle qui fait se rendre compte que l'être humain n'est pas éternel.

Incendies

Et les flammes jaillirent, comme pour prouver que rien n'était terminé, qu'il ne s'agissait que du prologue. Une mise en bouche avant le spectacle final. La sécheresse s'étendit au monde entier, la Terre se transformant en un volcan débordant de haine, détruisant toute vie se présentant à elle, elle mit en pièces tout espoir de seconde chance. La fin était inévitable.

Illusions

Priéres et cris de désolation, pleurs incessants. Psaumes répétés en boucle et en boucle, sans cesse. Voir l'invisible, toucher l'intangible, parler aux disparus, et disparaître à son tour. Confus, sans haut ni bas, éparpillées aux quatres coins d'un monde sphérique, les existences.

Peur

Les orbites noirs des profondeurs de l'inconnu fixèrent chaque être vivant, scrutèrent, à l'affût, épièrent, la faille. La porte d'entrée vers l'angoisse, la crainte de ce qui suivra. Le corps qui devient rigide, dur comme la pierre, se recroquevillant sur lui-même, terrorisé. L'âme détruite, brisée en mille morçeaux, Les éclats d'horreur blessant les autres.

Colère

La vie ? N'avait plus aucun sens. Le responsable ? Qui était-il, que voulait-il, que croyait-il ? Comment pouvait-il se le permettre ? Le sang bout, la rage s'intensifie, mais la colère reste froide, dénuée d'émotions, seulement nécessaire. Il ne manquait plus qu'une chose à déterminer, sa direction.

Folie

Les corps, les yeux figés dans une expression indescriptible. Les âmes, détruites depuis longtemps, corrompues, noircies comme le charbon. Je tue, je meurs, j'existe, je vis, je détruis, j'anéantis, je susurre... Les mots de folie, ceux qui rendent le monde si beau.

Mort

Des cadavres. À perte de vue. Car l'Homme n'a jamais été immortel. Un monde d'une pâleur extrême, jonché d'âmes. Égarées et égarantes, fin d'une ère.

Oubli...

Il n'aura fallu que neuf jours.

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