Chapitre 4: La marée haute (partie 1)

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La marée montait...

Je regardai ma montre: 19h00 pile.

Et pourtant, personne n'était dehors. Je me dépêchai alors de rejoindre mes deux frères avant qu'ils ne tournent au coin de la rue et disparaissent de mon champ de vision. Une fois à leur hauteur, je leur signifiai de se dépêcher avant que la marée monte. Nous étions encore à quelques minutes de marche de chez nous, et la pluie tombait déjà à son intensité maximale. Chaque parcelle de terre sous nos pieds était entièrement mouillée, et nous ne progressions que très lentement, les pieds à moitiè enfoncés dans la boue. Il n'y avait toujours pas un chat dans la rue, et cela était loin de me rassurer. J'avais la sensation d'être constamment en danger de mort... Comme si un prédateur tapi dans l'ombre n'avait plus qu'à refermer sa mâchoire salivante autour de mon cou. J'en avais presque la certitude, j'avais l'impression d'être observé, mais pourtant, toujours personne à l'horizon, et c'était loin d'être rassurant.

Perdu dans mes pensées, le chemin m'avait paru court, car déjà, nous étions arrivés à destination. Notre père nous avait sûrement vus de loin, car il se tenait sur le seuil de la porte, et nous faisait signe de vite nous mettre à l'abri. Lui qui avait pourtant l'habitude des marées hautes du Vas ne pouvait que cacher son inquiètude derrière un sourire de facade qui n'était que très peu rassurant. Nous savions tous que cette marée haute n'allait pas être comme les autres, c'était comme un pressentiment, une sensation de danger imminent... A force de vivre sur cette île, nous avions fini par comprendre l'entièreté des changements climatiques de cette dernière, mais seulement, ce jour-là, la vitesse du vent que nous avions enregistrée était sans commune mesure avec celles des autres jours. Le vent, déjà violent ce matin, augmentait encore et encore en intensité, c'était du jamais vu !

Mais maintenant que nous étions à l'intérieur, je comptais bien me relaxer un peu, et aussitôt dit, aussitôt fait ! Je plongeai en direction de mon canapé, et m'allongeai alors de tout mon long entre les coussins et les couvertures. Maintenant bien installé et bien au chaud, je saisissai la télécommande sur l'accoudoir, et j'allumai la télé. Un plaisir vraiment simple, mais aussi tellement réconfortant ! Je m'apprêtais alors à basculer sur une autre chaîne pour regarder mon programme préféré du moment, quand mon père se glissa derrière la télévision, et d'un geste brusque, débrancha le câble, tout en s'exclamant:

"Pas question ! L'orage est de plus en plus proche, et si jamais l'eau entre à l'intérieur de la maison... Enfin bref ! Je suppose que tu n'as pas envie de mourir comme ça Alexandre !

- D'accord..." répondis-je avec une mine dépitée

Me voyant ainsi sans occupation, je me dirigeai vers mes frères, qui étaient en train de construire un château de cartes. Bien décidé à le faire tomber, je fis d'abord plusieurs tours de la structure, histoire de l'examiner, tout en affichant un intérêt feint pour celle-ci. Après avoir trouvé le point parfait, je m'accroupis, et soufflant d'un coup sec, j'entraînai la chute de toutes les cartes minutieusement arrangées, sans exception. Je me relevai, et dans un élan de victoire, je m'écriais "Strike !", sous le regard consterné de mes deux jumeaux.

"Alexandre, arrête d'embêter Timéo et Thomas, ils ne t'ont rien fait ! ordonna ma mère depuis la cuisine.

- Pfff... Je peux jamais rien faire... répliquai-je.

- Va dans ta chambre, je suis sûre que tu trouveras une occupation ! intima-t-elle, ce qui mit fin à la conversation.

Alors, traînant mes chaussons sur le sol dans un bruit affreux pour montrer mon extrême mécontentement, je me dirigeai vers ma chambre en soupirant.

L'instant d'après, j'ouvrai la porte, et tout en regardant le sol, je continuai à avancer, lentement mais sûrement, jusqu'au moment ou je me heurtai violemment contre quelque chose. Pourtant, il ne me semblait pas avoir mis un objet quelconque dans le passage, et surtout d'une taille assez grande pour que ce soit ma jambe entière qui ressente la douleur du choc...

Alors, je relevai lentement, très lentement la tête, dans un silence inquiètant, et peu à peu, je me mettais à distinguer la forme que me semblait avoir à peu près l'objet. Toujours lentement, je voyais maintenant la moitiè de la chose, et mes dents commencaient à se serrer et à trembler frénétiquement. Je savais déjà ce qui se trouvait alors devant moi dans la chambre, mais je voulais tout de même essayer, tenter ma chance... Si ça se trouve, ce n'est que mon imagination qui me joue des tours, pensai-je alors. Mais malheureusement,plus j'en voyais, plus mes certitudes se trouvaient fondées. Oui, au moment même ou je relevais entièrement la tête, je me retrouvai nez à museau avec un loup ! Cet énorme bestiau au pelage gris me regardait lui aussi, et semblait étonné de ma présence en ces lieux. Tout ce que j'avais à faire c'était de rester calme, surtout de ne pas paniquer ! Les loups ne sont pas des prédateurs naturels de l'humain, je le savais. Il n'y a qu'en cas d'extrême faim qu'ils se décident à nous attaquer. Il fallait donc juste ne pas bouger, tout en espérant de tout mon coeur qu'il n'ait pas un petit creux.

Cependant, continuant de m'observer, la bête semblait perdre de son étonnement, et commençait à me regarder d'une toute autre manière. De la bave ruisselait le long de sa machoîre, et ses crocs acérés sortaient un tout petit peu de sa bouche, dans un rictus menaçant. Et malheureusement, je ne pus m'empêcher de réprimer un cri d'horreur, quand je le vis commencer à recourber ses pattes arrières pour se mettre dans une position d'attaque imminente. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand le loup, qui avait semblé plus terrifié encore que moi, avait, en réaction à mon cri, sauté par la fenêtre qui se trouvait grande ouverte. C'était sûrement par là-même qu'il était entré à l'intérieur !

C'est alors que ma mère, sans doute alarmée par le cri, fit irruption dans ma chambre, et au même instant, je me jetai dans ses bras, avant de déblatérer une suite de mots incompréhensibles. Encore chamboulé par l'évènement, je repris mon calme, et expliquai dans les moindres détails la rencontre surprenante à ma mère. Après que j'aie fini, elle ne semblait bizarrement pas même quelque peu étonnée, et pour toute réponse, elle me fit un énorme câlin et chuchota: "Comme tu as du avoir peur, mon enfant... Repose-toi autant que tu veux dans mes bras. Je suis ta maman, ne l'oublie pas, je serai toujours là pour toi, mon enfant...

Après avoir fermé la fenêtre, nous retournâmes au salon, et nous rejoignîmes le reste de la famille. Dehors, c'était le déluge, mais le plic-ploc de la pluie tombant sur les tuiles du toit avait quelque chose de rassurant. Soudain, venant briser le silence, un hurlement de loup démultiplié s'éleva dans la nuit, et presque en même temps, quelqu'un toqua à la porte. Mon père se précipita alors pour aller ouvrir. Effectivement, aujourd'hui, nous attendions la visite de Fabien, un maraîcher de l'île voisine. Il était censé venir dans l'après-midi, mais apparemment, il avait eu du retard.

Mais étonnement, ce n'était pas lui qui se trouvait là sur le pas de la porte, en train de discuter avec mon père. Non, il s'agissait en fait d'une femme en tenue orientale d'un rouge éclatant, contrastant avec son visage au teint livide, presque d'outre-tombe... Elle ouvrit alors la bouche sur deux rangées de dents plus blanches les unes que les autres, si blanches qu'elles en étaient repoussantes. Puis, elle dit:

"Fabien devrait arriver d'une minute à l'autre, et si nous discutions un peu en l'attendant, histoire de faire plus ample connaissance !"

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